Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Son actualité

Sakineh: Bhl décrypte la diabolique mascarade d’hier soir (entretien, pour le JDD, avec Plana Radenovic)

Le Journal du Dimanche

IRAN-EXECUTION-RIGHTSLa chaîne d’Etat iranienne Press TV a démenti vendredi matin l’information selon laquelle Sakineh aurait été libérée hier. Quel est votre sentiment sur ce faux espoir?

Je suis comme tout le monde: triste, déçu, accablé. Mais je suis, aussi, écœuré par cette manipulation incroyable, cette cruauté, cette mascarade. Les partisans de Sakineh sont effondrés, ce matin. Mais imaginez Sakineh elle-même. Imaginez l’état de son fils, emprisonné lui aussi. Celui de Houtan Kian, leur avocat. Tout cela est proprement abject.

Sur votre site, vous avez publié hier, à 21h15, un article intitulé: « Sakineh: Le doute ». Qu’est-ce qui vous a fait douter, alors que le Comité anti-lapidation, suivi par les médias, annonçaient la libération de Sakineh?

Nos amis en Iran. Le réseau de blogueurs iraniens avec lesquels la Règle du Jeu (le site de Bernard-Henri Lévy, ndlr) est en contact permanent. Tous nous disaient, dès le début de la soirée: « faîtes attention; ces photos sentent, sinon le montage, du moins la mise en scène ». Je les ai juste écoutés. Je leur fais confiance depuis le début de cette affaire. J’ajoute, aussi, que 30 ans de combat antitotalitaire m’ont donné une certaine expérience de la guerre de propagande et de ses méthodes. Les nazis faisaient des simulacres d’exécution. Les « fascislamistes » de Téhéran font des simulacres de libération. C’est l’inverse et c’est la même chose.

« Possible que les Iraniens (…) soient en train de jouer avec nos nerfs », écrivez-vous sur votre site. Pour quelle raison le feraient-ils, selon vous?

Deux raisons. Primo, nous ridiculiser – nous balader, donc nous ridiculiser. Secundo, prendre la température; vérifier si la cause de Sakineh nous tient toujours à cœur; si le sujet est toujours brûlant; quel est, en quelque sorte, son prix symbolique aujourd’hui. De ce côté, ils ont dû être déçus. Et je dirai même que c’est le seul côté positif de cette soirée de folie et d’ignominie. Ils ont pu vérifier qu’en France, en Europe, dans le monde entier, nous étions toujours aussi nombreux à avoir Sakineh au cœur et à voir en elle le symbole de la liberté et de l’égalité des femmes en Iran.

Sakineh est toujours prisonnière, malgré les appels répétés, de votre part notamment, à sa libération. Que comptez-vous faire de plus? Pensez-vous que votre mobilisation peut porter ses fruits?

Il faut continuer. Plus que jamais continuer. Vous savez, c’est un serment que je me suis fait. Une sorte de défi et, en même temps, d’acte de foi. Et, à cet acte de foi, s’associent tous mes amis de la Règle du Jeu, toute cette rédaction ardente que pilote Maria de França et qui est en veille permanente, depuis plus de six mois maintenant, autour du cas de cette femme. Nous ne nous démobiliserons, nous ne relâcherons l’effort que lorsqu’elle sera libre.

Bernard-Henri Lévy
Propos recueillis par Plana Radenovic

Photo : Sakineh avec son fils Sajjad pendant l’odieuse mise en scène des bourreaux iraniens.

Pour sauver Sakineh – signez la pétition – cliquez ici

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