Romain Gary

Romain Gary

Ecrivain, cinéaste et diplomate.

Les dates-clefs de Romain Gary

8 mai 1914 : Naissance à Wilmo (aujourd’hui Vilnius), en Lituanie, de Roman Kacew, d’origine juive ashkénaze.
1926 : Mina, la mère de Roman, divorce d’avec son mari, Arieh Leib Kacew, lequel officialise aussitôt sa vieille liaison avec une femme de dix sept ans sa cadette et qui lui a donné deux enfants hors mariage. Roman reniera ce père qui l’a abandonné. Il ira jusqu’à se prétendre le fils illégitime d’Ivan Mosjoukine, célèbre acteur du muet.
1928 : Après avoir séjourné à Varsovie, Mina et son fils s’installent à Nice. Elle dirige un bel hôtel-pension, le Mermonts ; lui, fréquente le lycée Gambetta. – Liaison avec une juive hongroise, Ilona Gesmay, qui selon certains fut le grand amour de la vie de Gary.
1934 : Roman débarque à Paris afin d’y poursuivre ses études de droit commercial. – Il publie des nouvelles dans Gringoire, qu’il quittera lorsque l’hebdomadaire affichera des partis pris fascistes et antisémites.
1935 : Il devient citoyen français.
1937 : Il obtient sa licence de droit ainsi que son brevet de préparation militaire.
1938 : Il rencontre André Malraux, qui l’encourage à écrire. – Affecté à l’Ecole de l’air d’Avord, il n’accède pas au grade d’officier en raison de sa judéité et de sa naturalisation.
1940: Décidé à passer en Angleterre, Roman s’envole de Bordeaux pour Alger. Puis il se rend à Casablanca, d’où un cargo l’emmène à Glasgow. Il s’engage dans les Forces aériennes françaises libres (FAFL).
1943 : Il est rattaché, en Grande-Bretagne, au Groupe de bombardement Lorraine. Lui qui, dès son arrivée à Nice, a francisé son prénom et s’est fait appeler Romain, il adopte le patronyme de Gary, mot qui, en russe, signifie : «Brûle!». Affecté à la destruction des bandes de lancement de V1, il est blessé au cours d’un bombardement.
1945 : Il épouse à Londres la journaliste et future biographe Lesley Blanch. – Peu après la publication d’Education européenne, il reçoit d’Albert Camus une lettre élogieuse qui le rend « malade de joie ». – Le Quai d’Orsay ayant été ouvert aux anciens de la France libre, il entame une carrière de diplomate qui le conduira d’abord à Sofia, puis à Berne, New York, en Bolivie.
1948: De retour de Sofia, Gary végète un long moment au Quai d’Orsay . Il enrage de constater que Louis Jouvet le mène en bateau, lui demandant de remanier sans fin la pièce qu’il a tirée de son roman Tulipe.
1949: Nommé à Athènes, il est récusé par l’ambassadeur.
1952 : Insuccès des Couleurs du jour.
1955 : Nouvelle nomination (à Londres) et nouveau refus sans appel de l’ambassadeur de France. Gary tombe en dépression.
1956 : Il est nommé consul de France à Los Angeles. – Le prix Goncourt lui est décerné pour Les Racines du ciel , qu’il adaptera pour John Huston. Il désavouera le film.
1958 : Il publie L’Homme à la colombe sous le pseudonyme de Fosco Sinibaldi et s’attelle à deux autobiographies-fictions : Lady L et La Promesse de l’aube.
1959 : Il rencontre Jean Seberg et son mari François Moreuil. Il affirmera plus tard, dans La Nuit sera calme, avoir travaillé, en ces années-là et sans en être crédité, à une vingtaine de scénarios, notamment pour John Ford, Henry King, Nunnally Johnson. Il figure au générique du Jour le plus long, où il eut, semble-t-il, un simple rôle de conseiller.
1960 : Gary achète le révolver avec lequel, vingt ans plus tard, il se suicidera. Il quitte ses fonctions de consul général de France à Los Angeles. Jean Seberg divorce d’avec François Moreuil. Peter Ustinov réalise Lady L, d’après le roman éponyme.
1962: François Périer crée à Paris le rôle-titre de Johnnie Cœur, première pièce de l’auteur à être jouée. Mauvais accueil critique. Naissance d’Alexandre Diego, le fils de Jean Seberg et Romain Gary. Gary aurait été chargé alors d’une mission secrète auprès de l’OAS par le général Charles Feuvrier, un de ses compagnons de la FAFL.
1963 : En avril Gary divorce d’avec Lesley Blanch ; en octobre il épouse Jean Seberg.
1965 : Dans Pour Sganarelle, Gary pose la question : « Est-il licite d’écrire des romans après Auschwitz ? »
1966 : Voyage en Pologne de Gary, qui ne reconnait pas la Varsovie où il a séjourné, dans son adolescence, avec sa mère. De même, le ghetto en ruines qu’il a arpenté en 1946 n’existe plus. Il conçoit le personnage de Gengis Cohn, son double, survivant de la Shoah et dépositaire d’un monde à jamais disparu.
1967 : Gary tourne, d’après sa nouvelle, Les Oiseaux vont mourir au Pérou, avec Jean Seberg dans le rôle de l’épouse frigide-nymphomane d’un mari « hors d’usage » joué par Pierre Brasseur.
1968: Assassinat de Martin Luther King, fondateur d’un mouvement pour la promotion des gens de couleur auquel Jean Seberg adhère depuis l’âge de 14 ans.- Gary renonce à défiler sur les Champs-Elysées avec les gaullistes. Il donne à Life Magazine un article intitulé : A mon Général : Adieu avec amour et colère. Il est impuissant à aider Jean Seberg, tombée sous l’emprise d’un activiste noir, Hakim Abdullah Jamal, dont elle est amoureuse et qui l’exploite financièrement au nom de la cause qu’il défend.
1969 : Publication d’Adieu Gary Cooper, où l’auteur stigmatise la « tribalisation » d’une jeunesse fuyant la société de consommation et la guerre du Vietnam.- Jules Dassin réalise La Promesse de l’aube, une trahison absolue selon Gary.
1970: Romain Gary et Jean Seberg divorcent. Chien blanc, contre tous les racismes. Campagne calomnieuse, montée par le FBI, contre Jean Seberg, qui attend un enfant du ministre de l’Education des Black Panthers, Raymond Masai Hewitt. Première tentative de suicide de Jean Seberg. Son bébé meurt peu après la naissance. Gary intente accuse le FBI d’être responsable du décès de la petite Nina., dont il dit être le père. Il assiste à l’enterrement du général de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises.
1971: Gary écrit une nouvelle autobiographie romanesque, Europa, qui sera brocardée par la presse parisienne.
1972 : Gary tourne Kill, film-manifeste contre la drogue et ceux qui en font commerce. C’est aussi un douloureux portrait de Jean Seberg.
1973 : Le bon accueil fait aux Enchanteurs fait oublier à Gary les critiques acerbes dirigées contre le cycle Frère Océan.- Il écrit avec François Bondy un faux entretien, La Nuit sera calme, axé sur cinq thèmes : amour, diplomatie, littérature, politique, Europe.
1974 : Les Têtes de Stéphanie, sous le pseudonyme de Shatan Bogat. – Puis, sous celui d’Emile Ajar : Gros-Câlin.
1975 : La Vie devant soi, deuxième ouvrage de Gary à paraître sous le pseudonyme d’Emile Ajar, remporte le prix Goncourt. Il est porté à l’écran par Moshé Mizrahi, avec Simone Signoret dans le rôle de Madame Rosa.
1979 : Le film de Costa-Gavras Clair de femme, tiré du roman de Gary, n’a, pas plus que le livre, la faveur des critiques en France. Jean Seberg est retrouvée morte, le 8 septembre, enroulée dans une couverture à l’arrière de sa voiture. Le rapport de police conclut au suicide.
1980 : Les Cerfs-volants, parus la veille du 40ème anniversaire de l’appel du 18 juin, exaltent la notion de patriotisme, qui est amour des autres, opposée à celle de nationalisme, qui est haine des autres. Le 2 décembre, Romain Gary se tire une balle dans la bouche. Il a laissé un mot où il a écrit, entre autres : « Aucun rapport avec Jean Seberg. Les fervents du cœur brisé sont priés de s’adresser ailleurs. On peut mettre cela évidemment au compte d’une dépression nerveuse. Mais alors il faut admettre que celle-ci dure depuis que j’ai âge d’homme et m’a permis de mener à bien mon œuvre littéraire… »
1981 : Publication, à titre posthume, de Vie et mort d’Emile Ajar, où Gary donne le détail de l’affaire, lui qui, de son vivant, avait refusé de baisser le masque. Chien blanc, film de Samuel Fuller, sort dans l’indifférence générale.

Les œuvres-clefs de Romain Gary

Education européenne ( Calmann-Lévy, 1945)
Tulipe (Calmann-Lévy, 1946)
Le Grand vestiaire (roman, Gallimard, 1949)
Les Couleurs du jour (roman, Gallimard, 1952)
Les Racines du ciel (roman, Gallimard, 1956)
L’Homme à la colombe (sous le pseudonyme de Fosco Sinibaldi, Gallimard, 1958)
La Promesse de l’aube ( roman, Gallimard, 1960)
Johnny Cœur (pièce, Gallimard,1961)
Gloire à nos illustres pionniers (nouvelles, Gallimard, 1962)
Lady L (roman, Gallimard, 1963)

Frère Océan :
1) Pour Sganarelle, Recherche d’un personnage et d’un roman (essai, Gallimard,1965)
2) La Danse de Gengis Cohn (roman, Gallimard, 1967) ;
3) La Tête coupable (roman, Gallimard, 1968)
Les Oiseaux vont mourir au Pérou (film,1967)

La Comédie américaine :
1) Les Mangeurs d’étoiles (roman, Gallimard,1966)
2) Adieu Gary Cooper (roman, Gallimard,1969)

Chien blanc (roman, Gallimard,1970)
Les Trésors de la mer Rouge (récit, Gallimard,1971)
Kill (film,1971)
Europa (roman, Gallimard, 1972)
Les Enchanteurs (roman, Gallimard,1973)
La Nuit sera calme (récit, Gallimard,1974)
Les Têtes de Stéphanie (sous le pseudonyme de Shatan Bogat, roman, Gallimard,1974)
Gros-Câlin (sous le pseudonyme d’Emile Ajar, Mercure de France, 1974)
Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable (roman, Gallimard, 1975)
La Vie devant soi (sous le pseudonyme d’Emile Ajar, (Mercure de France,1975)
Pseudo (sous le pseudonyme d’Emile Ajar, (Mercure de France,1976)
Clair de femme (roman, Gallimard, 1977)
Charge d’âme (roman, Gallimard,1977)
La Bonne moitié (théâtre, Gallimard,1979)
L’Angoisse du roi Salomon (roman, Mercure de France,1979)
Les Cerfs-volants (roman, Gallimard,1980)
Vie et mort d’Emile Ajar (à titre posthume, Gallimard,1981)

Romain Gary et Bernard-Henri Lévy

Bernard-Henri Lévy rencontre Romain Gary en 1977, peu après la parution de La Barbarie à visage humain . Mais, alors qu’il s’intéresse surtout au « mari de Jean Seberg, à l’ancien consul à Los Angeles, au personnage éminemment romanesque, au cinéaste des Oiseaux vont mourir au Pérou » (Pièces d’identité), Romain Gary, de son côté, ne lui parle que littérature, « à commencer par son Pour Sganarelle , cet essai énorme (…) qu’il venait de publier, où il pensait avoir réglé leur compte aux structuralistes, nouveaux romanciers et autres modernes et dont, pour être franc, je me fichais complètement. » (Id°) Bernard-Henri Lévy admire en Gary, outre le « journaliste extraordinaire, le cinéaste, le grand vivant, le diplomate de qualité, l’essayiste, le juif messianique », « le romancier de génie » (Id°). Il admire l’écrivain Gary pour les mêmes raisons qu’il admire l’écrivain Malraux : pour l’inextricable mélange, en eux, de littérature et d’action. Pour avoir aussi pratiqué le cinéma en hors-la-loi, en contrebandiers. Il s’inspire de leur exemple sur ce point :même si les deux films sont esthétiquement à l’opposé l’un de l’autre, celui de Malraux étant marqué par l’école russe, Lévy tourne Bosna ! en hommage à Sierra de Teruel . Il place ensuite son Jour et la nuit dans la lignée des Oiseaux vont mourir au Pérou, et surtout de Kill (critique de l’idéalisme dévoyé, plongée dans un cinéma populaire, autoportrait désenchanté, portrait en creux de l’épouse actrice). Il en paie le prix, ne récoltant, à la sortie du Jour et la nuit, qu’insultes haineuses, comme Gary à la sortie de Kill,. Mais ce qui captive le plus Bernard-Henri Lévy dans le cas Gary, c’est peut-être, c’est sûrement l’affaire Ajar. Pourquoi ? Parce que Gary a alors écarté de son œuvre l’encombrant moi social qui retenait le public de le lire. Et surtout aussi parce que, grâce à cette hétéronymie, il a réussi à se renouveler en profondeur, à retrouver l’enfant qu’il avait été et au sujet duquel il avait écrit qu’ « attaqué par le réel sur tous les fronts, refoulé de toutes parts, (se) heurtant partout à (ses) limites, (il avait pris) l’habitude de (se) réfugier dans un monde imaginaire et à y vivre, à travers les personnages qu’ (il inventait), une vie pleine de sens, de justice et de compassion. » Question d’école : Bernard-Henri Lévy a-t-il songé à Gary-Ajar en inventant au poète, dans Les Derniers jours de Charles Baudelaire, un double qui est aussi un imposteur ?

Citations de Bernard-Henri Lévy sur Romain Gary

« Je suis fasciné par ce romancier exemplaire, rêvant sa vie, vivant ses livres, à mi-chemin du texte et du geste, grand inventeur de ce que j’ai appelé un jour ( et le mot, pour moi, le caractérise si parfaitement !) des « gextes » magnifiques. Gary, en ce sens, frère de Malraux. Frère cadet, sans doute. Frère plus obscur et pathétique. Mais frère tout de même. Portant aussi haut que lui cet art extraordinaire du double fil doublement tressé : action et littérature, littérature et action, l’une à l’appui de l’autre, l’autre entrelacée à l’une. » ( Pièces d’identité, pp. 411-412)
« (Comme Malraux et comme Hemingway, Gary) aura fait la guerre sans l’aimer – exacte antithèse de tous les salopards qui, à la même époque, c’est-à-dire de 1914 à nos jours et à la Bosnie, l’auront aimée sans la faire. » (Mémoire vive- Questions de principe sept, p. 91)
« Gary. Eternellement le même. Eternellement un autre. » (Id°)
« Il a tout compris avant tout le monde. Il a vécu – ce qui s’appelle vécu – cette mécanique de la multiplication des moi. Je dirais même, si je ne craignais la grandiloquence, qu’il est allé au bout de cette logique comme d’autres au bout de la nuit et que c’est de cela, à la fin des fins, qu’il est mort. C’est ça, voilà. Il est mort quinze ans avant Debord, il a fabriqué Ajar quinze avant que les culs de plomb du clergé littéraire ne s’empare de la « société du Spectacle », mais il est, de tous les écrivains contemporains, celui qui a le mieux saisi et de l’intérieur ! dans sa chair ! – les lois de ladite société. » (Comédie, p. 203).

Photo 2 : Photo D.R., extraite du blog lespetitscaillouxblancs.over-blog.com


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