Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Son actualité

Premiers mots sur « Le Serment de Tobrouk » ( « Littell, BHL, Carrère : quand les écrivains témoignent du monde dans leurs livres ou leurs films », édito de Nelly Kaprièlan, Les Inrockuptibles , 16 mai 2012)

Les Inrocks, par Nelly Kaprièlan, pour Les Inrockuptibles

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Jonathan Littell se rend régulièrement dans les pays en difficultés, pour en témoigner dans de longs reportages – au Soudan, en Syrie, etc. Emmanuel Carrère a rendu compte de la Russie contemporaine dans des articles qui lui ont inspiré son livre Limonov, épopée russe d’aujourd’hui. Avant eux, il y eut un Jean Rolin, reporter et écrivain. Mais surtout un Bernard-Henri les inrocks 16-05-2012Lévy, qui aura rendu compte de ces guerres « oubliées », passant plus de trente ans à se rendre sur le terrain et dépassant le statut de témoin pour celui d’acteur, tentant en vain, jusqu’à la Libye, d’alerter l’Occident et de le faire intervenir – voir son documentaire sidérant, Bosna !, qui restera comme le film-témoin de ce que l’Occident peut avoir de pire dans sa lâcheté et son refus d’intervention (en l’occurrence en Bosnie). A noter qu’après son journal de Libye (La Guerre sans l’aimer, Grasset), le documentaire qu’il a réalisé sur le même sujet, Le Serment de Tobrouk, sera programmé à Cannes en sélection officielle (le 25 mai) comme un important manifeste politique prouvant qu’on peut tirer des leçons de l’histoire et agir – histoire, entre autres, de braquer le projecteur sur l’urgence d’une intervention en Syrie ! On a beaucoup écrit sur l’engouement des écrivains pour le réel, abandonnant le roman en faveur du récit. Rien de bien nouveau, pourtant : avant eux, les inévitables Joseph Conrad, Joseph Kessel, etc. A temps troublés, écrivains qui se font reporters, témoins, et in fine, quand personne ne bouge et rien ne change, acteurs au sens d’«agissants ». Libres et non inféodés à un quelconque pouvoir, autorisés de leur expérience et de leur  voix, ce sont eux qui, aujourd’hui, peuvent porter un coup fatal à l’indifférence.

Nelly Kaprièlan

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