Pierre Drieu La Rochelle

Pierre Drieu La Rochelle

Ecrivain.

Les dates-clefs de Pierre Drieu La Rochelle

3 janvier 1893: Naissance à Paris de Pierre Drieu La Rochelle dans une famille bourgeoise très marquée par la religion chrétienne, le nationalisme et les soucis d’argent. Drieu se dira l’enfant mal aimé d’un couple désuni.
1899 ou 1900 : A l’âge de six ou sept ans, il tente de se tuer avec un couteau « pour faire l’expérience de la mort », ainsi qu’il le racontera, en 1921, dans Etat civil. A peu près dans le même temps, il commet son premier «meurtre » : celui de sa poule Bigarette.
1913 : Après son échec à l’examen de sortie de l’Ecole libre des sciences politiques, il est de nouveau tenté par le suicide.
1914 : Il part pour la guerre, qui vient d’être déclarée, avec l’espoir d’y devenir un homme et Zarathoustra dans son bagage. Mais il est vite désenchanté. Après une marche de cinq jours en direction de Charleroi, et alors qu’il est au repos dans une grange, il décide de se supprimer. Il en est empêché par l’arrivée inopinée d’un camarade.
1916 : Lors d’une permission à Paris, il y fait la connaissance de Louis Aragon.
1917 : Il épouse Colette Jeramec, fille d’un riche homme d’affaires et sœur de son ami André tombé à 20 ans sur le champ de bataille de Charleroi.
1919 : Amèrement déçu par la guerre moderne, fidèle reflet selon lui de la société industrielle, il flirte, une fois démobilisé, autant avec le nationalisme de Charles Maurras qu’avec la Révolution telle que l’entendent alors les Surréalistes. Il collabore à Littérature, revue créée par André Breton, Louis Aragon et Philippe Soupault.
1921 : Il divorce d’avec Colette Jeramec, qui lui lègue une forte somme d’argent.
1922 : Il pointe la « décadence » de son pays dans Mesure de la France.
1924 : Il caricature le surréaliste Jacques Rigaut, compagnon de ses nuits parisiennes, dans La Valise vide, l‘une des nouvelles de Plainte contre inconnu. Il lui reproche ce qu’il se reproche déjà à lui-même : l’abus d’alcool, un probable échec littéraire, de boiteuses relations avec les femmes.
1925 : Dans la NRF, Drieu publie un article intitulé La Véritable erreur des surréalistes, où il accuse ses anciens amis d’avoir choisi l’est contre l’ouest. Ce différend idéologique n’est qu’une des causes de la rupture brutale avec Aragon survenue au même moment.
1927 : En février, il lance, avec Emmanuel Berl, un « cahier politique et littéraire », Les Derniers jours. Il y annonce une autre révolution, « qui ne sera accomplie ni par le Capitalisme ni par le Communisme ». En août, il convole en deuxième noces avec une jeune Polonaise, fille d’un banquier désargenté, Olesia Sienkiewicz , de laquelle il divorcera six ans plus tard.
1929 : Début de sa liaison avec Victoria Ocampo. Jacques Rigaut, qui proclamait : « Le suicide doit être une vocation », se tire une balle de revolver dans la bouche. Drieu s’accuse aussitôt du deuxième « meurtre » de sa vie, notant dans son agenda : « Rigaut, je t’ai tué. J’aurais pu te prendre sur mon cœur pour te réchauffer. » Il se fustige de la même façon dans Adieu à Gonzague, qui ne sera publié qu’après sa mort.
1931 : Il entre dans le comité de rédaction de la revue Sur (Sud), qu’a fondée à Buenos Aires Victoria Ocampo et où sa signature voisinera avec celles de Borges, Malraux, Fondane, Artaud et Heidegger. Il écrit le roman Le Feu follet, inspiré du suicide de Rigaut, et la pièce Gille (sans s), transposition théâtrale de sa brouille avec Aragon.
1932 : Il fait en Argentine une tournée de conférences sur le thème : l’Europe va-t-elle mourir ?
1934 : En janvier, lors d’un voyage à Berlin, il est fasciné par la jeunesse nazie. A Paris, il assiste et participe à l’émeute du 6 février. Il se convertit résolument au fascisme, ayant « attrapé dans la quarantaine l’antisémitisme comme d’autres le diabète » (Emmanuel Berl).
1936 : Il adhère au PPF (Parti Populaire Français) du communiste dissident Jacques Doriot.
1938 : En désaccord avec l’attitude pro-munichoise de Doriot, il quitte le PPF.
1939 : Il écrit Gilles, roman-somme où il retrace son parcours littéraire et politique, et commence, alors qu’éclate la Seconde Guerre, le journal qu’il tiendra jusqu’à sa mort.
1941 : Il assure, avec l’accord de l’occupant, la direction de la NRF en zone occupée.
1942 : Il renoue avec Doriot et persiste à revendiquer un hitlérisme en lequel il croit de moins en moins.
1943 : Il fait libérer du camp de Drancy son ex-épouse Colette Jeramec. Il accepte d’être le parrain des deux fils de Josette Clotis et André Malraux.
1945 : Il renonce à s’engager dans la brigade Alsace-Lorraine sous un faux nom, ainsi que le lui proposait Malraux. Il refuse également de s’enfuir en Suisse. Il se cache à la campagne d’abord, puis à Paris, dans un appartement de Colette Jeramec. Là, il poursuit l’écriture de son roman Les Mémoires de Dirk Raspe, inspiré de la vie de Vincent Van Gogh, qui restera inachevé, et étudie la pensée orientale. Le 15 mars, après deux tentatives avortées, il avale trois tubes de somnifères et ouvre le robinet du gaz. Il laisse pour ses amis et particulièrement pour André Malraux et Victoria Ocampo un écrit testamentaire qui s’achève sur ces mots : « Je serai bien heureux de mourir en pleine conscience, de mon plein choix, en homme. »

Les œuvres-clefs de Pierre Drieu La Rochelle

Presque tous les ouvrages de Pierre Drieu La Rochelle furent publiés par Gallimard. Seules sont mentionnées ci-dessous les éditions autres que Gallimard.
Interrogation (poèmes,1917)
Fond de cantine (poèmes,1920)
Etat civil (récit autobiographique,1921)
Mesure de la France (essai, préface de Daniel Halévy, Grasset, 1922)
Plainte contre inconnu (nouvelles, 1924)
L’Homme couvert de femmes (roman,1925)
La Suite dans les idées (essai, Au Sans Pareil, 1927)
Le Jeune Européen (essai, 1927)
Blèche (roman, 1928)
Genève ou Moscou (essai, 1928)
Une femme à sa fenêtre (roman, 1930)
L’Europe contre les patries (essai, 1931)
Le Feu follet (roman, 1931)
Drôle de voyage (roman, 1933)
Journal d’un homme trompé (nouvelles, 1934)
La Comédie de Charleroi (nouvelles, 1934)
Socialisme fasciste (essai, 1934)
Beloukia (roman, 1936)
Doriot ou La Vie d’un ouvrier français (essai, Editions populaires françaises, 1936)
Rêveuse bourgeoisie (roman, 1937)
Avec Doriot (essai, 1937)
Gilles (roman paru en édition censurée en 1939 et en intégrale en 1942)
Chroniques politiques (articles, 1943)
L’Homme à cheval (roman,1943)
Charlotte Corday et Le Chef (pièces de théâtre, 1944)
Les Chiens de paille (roman, 1944)

Publications posthumes :
Récit secret suivi de Journal 1944-1945 et d’Exorde (textes autobiographiques,1951)
Histoires déplaisantes (nouvelles, 1963)
Adieu à Gonzague (récit autobiographique, 1963)
Sur les écrivains (textes critiques, 1964)
Les Mémoires de Dirk Raspe (roman inachevé, 1966)
Révolution nationale (articles, Editions de l’homme libre, 2004)
Notes pour un roman sur la sexualité (2008)
Textes politiques 1919-1945 (Editions Krisis, 2009)
Lettres d’un amour défunt -Correspondance 1929-1945 avec Victoria Ocampo (Bartillat, 2009).

Pierre Drieu La Rochelle et Bernard-Henri Lévy

Bernard-Henri Lévy a scruté à plusieurs reprises la figure trouble de ce dandy perdu, en lequel cependant André Malraux saluait un homme courageux, chantre spirituel de la mort volontaire comme rachat de toutes fautes, y compris le manque de talent. Dès le moment où il interprète, dans le téléfilm Aurélien le rôle de Paul Denis, alias René Crevel, un autre thuriféraire du suicide, Bernard-Henri Lévy, pour lequel le roman d’Aragon est alors un maître livre, soupèse les frères ennemis, d’un côté l’auteur d’une œuvre aboutie, Aurélien, de l’autre celui du double de cette œuvre aboutie, son brouillon imparfait : Gilles. Du même coup lui sautent aux yeux les analogies et les correspondances qui existent entre les deux totalitarismes de l’époque, l’hitlérisme et le stalinisme. Depuis, Bernard-Henri Lévy n’a cessé d’analyser dans, entre autres, L’Idéologie française, la série télévisée puis l’essai Les Aventures de la liberté , Mémoire vive,Réflexions sur la guerre, le Mal et la fin de l’Histoire, le fascisme de Drieu, d’où il vient : de l’affaire Dreyfus ; d’un éloge délirant de la force, de la terre et des morts ; de la funeste influence d’un nationalisme revu et corrigé par Maurice Barrès, Charles Maurras, Georges Sorel, et consorts ; de la boucherie de 1914 ; de l’antiaméricanisme primaire de l’extrême-droite d’alors ; de l’éveil d’une Europe devant être « contre les patries », etc. Il a ainsi condamné fortement le courant intellectuel qui, de l’antisémitisme de Drumont à la xénophobie du Front national, a tissé selon diverses manières, sur la France des Lumières, une noire toile d’araignée, faite de discriminations et de violences de toutes sortes.

Citations de Bernard-Henri Lévy sur Pierre Drieu La Rochelle

« Dieu sait si je n’aime pas Drieu. Je n’aime pas son fascisme. Je n’aime pas sa littérature. Et, quant au regard qu’il porte sur la guerre, c’est Montherlant en pire : entre mille exemples, dans La Comédie de Charleroi, quelques pages avant le « à quoi sert de vivre si l’on ne se sert pas de sa vie pour la choquer contre la mort, comme un briquet », l’ « illumination » du chef fasciste « se levant d’entre les morts » et « d’entre les larves », découvrant « le bouillonnement de son sang jeune et chaud » et sentant en lui un homme, un vrai, c’est-à-dire « un homme qui donne et qui prend dans la même éjaculation ». Tout cela, oui, me déplaît. » (Pourquoi je ne m’aime pas aimant Drieu, in : Réflexions sur la guerre, le Mal et la fin de l’Histoire, p.176)
« Croit-on que Drieu, quand il joue « l’Europe contre les nations » et qu’il se retire, comme dit Gilles, « de l’ordre des nations », rêve d’un monde de nuées, d’une communauté sans odeur et d’une humanité réconciliée, par-dessus la glaise, en une république des esprits ? Ce qui frappe, dans Gilles justement ou dans Genève ou Moscou, c’est qu’on y retrouve, au contraire, rigoureusement inchangés, même si étendus au cadre européen, tous les fantasmes majeurs la race, la force, le sang du nationalisme de la terre.» (L’idéologie française, édition Livre de Poche, p. 192-193).
« (Mais) il y a le courage (de Drieu). Car il eut sans conteste une forme de courage. Le suicide final, bien sûr encore qu’il n’explique par définition pas la complaisance (…) dont il a joui de son vivant. Mais aussi, dans les mois qui précèdent, une façon d’assumer ses choix, et d’aller au bout de leur égarement, qui ne pouvait pas ne pas forcer l’estime. Tout est foutu, songe-t-il. Hitler a virtuellement perdu. On est (au moment où) les collaborateurs dans son genre ne songent qu’à s’enrôler dans ce qui va devenir la plus grande armée du pays : celle des résistants de la dernière heure. Or lui fait l’inverse. Dans l’épisode fameux où il fait demander à Malraux s’il l’accepte dans sa brigade, il se satisfait du oui et ne lui donne, bien sûr, pas suite. (…) Ce panache, faut-il le préciser ? n’excuse, à mes yeux, rien. Mais il explique bien des choses. Et je conçois qu’il y ait eu là un type de posture qui, aux yeux d’un Malraux ou d’un d’Astier de la Vigerie, contribuait à le sauver. » ( Les Aventures de la liberté, essai, p.130).
« Il est impossible de ne pas réentendre, dans le tumulte présent, l’écho de ces voix de Barrès, Maurras, Drieu dans la nouvelle crise des démocraties, les funestes séductions d’une certaine tradition fasciste. » (Mémoire vive, p.131).


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