«Peshmerga» de BHL : à tous égards, un film de combat (La Règle du Jeu)

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Dimanche après-midi, avait lieu la projection de Peshmerga de Bernard-Henri Lévy au Cinéma Publicis à Paris. Les quatre cent personnes qui formaient une salle comble ont pu redécouvrir ce film de guerre, ce documentaire presqu’en direct sur le combat des kurdes irakiens contre Daech entre 2015 et 2016, quand l’Etat islamique tenait non seulement Mossoul mais régnait sur la Syrie, et fomentait des attentats à Paris. Et à le revoir, dans le contexte tragique de l’offensive kurde au Rojava, c’est comme si le film était, par avance, mélancolique. La première scène, très frappante, de jeunes combattants qui courent sur les dunes, jusqu’au moment où l’un d’entre eux disparaît sous un panache d’explosion, avant d’en ressortir miraculeusement. Comme une image exacte de la situation des Kurdes – l’ardeur au combat, le cataclysme soudain, avant, il faut l’espérer de ressusciter enfin. Et puis, ce tragique général, personnage central du film, qui disparait brusquement au combat, mort sans prévenir. Oui, à la fois car les Kurdes semblent presque voués à cet art de la guerre qu’ils pratiquent depuis si longtemps (contre Saddam, contre leurs ennemis) et à la fois car cette lutte contre Daech est éprouvante, la tonalité presque inquiète du film s’accordait aux cœurs serrés de tous ceux qui, légitimement, sont grés aux Kurdes de leur sacrifice, et se trouvent par conséquent horrifiés de ce qu’il advient de leurs «cousins» syriens.

Mais le film est, bien sûr, à tous égards, un film de combat. Sa projection est nécessaire, pour dire et redire que le geste de Trump est un scandale, une faute morale et stratégique, et surtout un suicide. Les Kurdes ont vaincu Daech, aussi pour nous. Pour que les cinémas, les bars, les salles de spectacle parisiennes ne soient pas à nouveau des cibles. Et, si, heureusement, les Kurdes irakiens ne sont pas sous le joug des bombes, ce que l’on voit aussi dans le film, c’est que ce grand petit peuple n’est pas voué à errer de frontières en tyrans, entre Ankara et Bachar. Ode à la grandeur kurde, et piqûre de rappel pour un Occident oublieux, ingrat et cynique, tel qu’incarné par le locataire de la Maison Blanche : voilà Peshmerga.

Dans la salle, une foule mêlait amis du Kurdistan et badauds, grands journalistes de guerre et anonymes. A la fin de la projection, un échange s’installa entre le réalisateur, des spécialistes, les personnalités politiques venues voir ce témoignage, rétrospectivement douloureux, de la gloire des Kurdes. Ainsi, Nathalie Loiseau, président de la commission Sécurité et Défense du Parlement européen, a proposé que l’oeuvre soit montrée à Bruxelles, dans l’enceinte de l’assemblée. Car, justement, de «sécurité» et de «défense» européennes, il en est plus que question avec les Kurdes – nos alliés, et nos amis contre les terroristes de Daech, dont ils étaient des adversaires victorieux et des geôliers sûrs. Puisse l’Europe – qui verse beaucoup d’aide à la Turquie, et dont cette dernière espère encore beaucoup – se saisir de la question. C’est une exigence morale et politique. L’Union européenne va devoir bientôt voter son budget : peut-elle subventionner un régime qui massacre nos alliés ?

Le film va continuer sa route – en convaincant chaque fois son public, comme le fait un film : en ancrant des images dans les rétines et les mémoires de ses spectateurs. Il sera ce samedi 26 octobre à New-York – une autre ville frappée par les attentats islamistes, une autre ville qui doit beaucoup aux Kurdes, la ville de Trump, où il fit fortune, en bradant, avant un peuple héroïque, des appartements au rabais. La cause des Kurdes est urgente – et le cinéma est encore plus que jamais, un sport de combat.

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