Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

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Les (deux fois) dix Commandements à l’usage des paranoïaques expérimentés

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logo-egoiste-large1- Ne jamais engager la conversation avec un individu qui croit « vous avoir déjà vu quelque part ».

2- Se méfier des mains moites et, chez les hommes, des cheveux teints.

3- De tous les sens, l’odorat est le plus fiable. Reniflez donc, discrètement, l’interlocuteur afin de débusquer son idéologie secrète ou son tempérament dominant. L’haleine aillée  par exemple (ou oignonnée) signalera, de manière infaillible, un tempérament torve, agressif ou exagérément sûr de soi.

4- Surveiller le regard : s’il est fuyant, le pire est à craindre .  S’il est franc, redouter l’hypocrite.

5- Si l’individu préfère les chiens aux chats, ou traite les chats comme des enfants, tourner les talons sans tarder.

6- Se méfier des amateurs de trompette ainsi que des wagnériens et de ceux qui, d’une façon générale, croient que la musique peut tenir lieu de philosophie.

7- Non moins rédhibitoire est la sentence : « La femme est l’avenir de l’homme ».

8- D’une femme, au restaurant, qui hésite trop longtemps sur le menu et qui, lorsque vous finissez par lui conseiller, répond « où c’est j’vois pas » en le cherchant fébrilement sur la carte, redoutez une sensualité sans invention.

9- De toute façon, la règle est simple. Si l’individu est un homme, chercher ce qui lui reste de féminin – et inversement. L’affichage sexuel est, de tous les masques, le plus trompeur.

10- Sur l’enfance les choses sont plus compliquées encore. Vous entrez dans le regard de votre interlocuteur. Vous descendez lentement dans ses âges intérieurs. Si sa nappe phréatique d’enfance apparaît trop vite, vous coupez, également, le contact.

11- L’individu aux ongles manucurés est, d’ordinaire, post-kantien. Si ses doigts sont rongés jusqu’au sang, on a de bonnes chances d’avoir affaire à un nietzschéen de fraîche date. Dans les deux cas, danger.

12- Tout geste ample annonce une mégalomanie qui, fatalement, s’exercera aux dépens de qui ne s’en avise pas. Observons, en même temps, que la modestie de mouvement ne garantit rien.

13- Le tenant du politiquement correct est souvent un imbécile ou un peureux; son adversaire est toujours un salaud.

14- Si quelqu’un vous demande votre signe astrologique moins de quinze minutes après une rencontre, s’assurer sans tarder qu’il n’a pas un passé nazi.

15- Se méfier, pour les mêmes raisons, de qui vous dit, la main sur le cœur, n’avoir « jamais pu entrer dans Céline ».

16- Dans le même ordre d’idées, gare à la fascination du Tibet, des Templiers ou du yoga.

17- Une allergie revendiquée à Proust est toujours mauvais signe. De même, une insistance trop marquée à dire des romans de Joyce : “Ce sont mes livres de chevet”.

18- Quand un inconnu vous aborde en disant « j’aime beaucoup ce que vous faites » ou, pis, « continuez, on est avec vous », suspecter l’adversaire déguisé.

19- Fuir les écrivains qui tiennent un journal ou publient leur correspondance.

20- Si, à la mort d’un ami, un autre ami vous dit : « il ne reste plus que nous deux », fuyez.

Bernard-Henri Lévy

Un commentaire »

  1. Nous ne devons pas laisser DSK sans défense. La France doit intervenir et exiger voir les preuves des accusations contre notre compatriote. N’oublions pas qu’il entre les mains d’une machine qui ne s’est pas gêné pour tuer MLk, JFK, Allende, Ché Guevara, Torrijos, la jeunesse du Chili, Argentine,Uruguay… Etc Maintenant c’est au tour de DSK pour le remplacer par un de leur? Il faut dire non. On ne peut pas permettre que cet homme soit assassiné comme ça. S’il est coupable, hélas, mais il faut en être sûr que les preuves n’ont pas été fabriqués par ces salauds qui dirigent les États Unis d’Amérique, et qui assassinent.

    Commentaire par alloggio miguel angel — jeudi 19 mai 2011 @ 11:22

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