« Le Serment de Tobrouk » vu par l'un des siens (un texte de Gilles Hertzog).

bhl et gilles hertzog libyeTout est parti d’un oeil magique, dont BHL et moi-même, profanes en la matière, ne soupçonnions nullement le pouvoir de métamorphose et qui allait en faire le mémorial vivant de cette aventure libyenne.

Il s’agit d’un appareil photo numérique dit « 5 D », d’ultime technologie, qui bascule à volonté, sur simple pression d’un bouton, en caméra vidéo « full HD », d’une qualité exceptionnelle.

BHL part début mars 2011, via l’Egypte, pour la Libye en guerre, accompagné d’un reporter-photographe, Marc Roussel, accrédité par Le New York Times Syndicate pour un reportage-photos qui devait accompagner le reportage écrit de BHL lui-même.

Marc Roussel enchaîne les prises de vue et, de temps à autre, selon les circonstances, l’humeur du moment, bascule en caméra, pour le plaisir, par réflexe, sans idée préconçue, sans même nous en aviser. Il finit, un soir de Benghazi où nous sommes un peu libres, par montrer ses images. BHL s’étonne de leur qualité, de leur force. L’idée d’un film commence alors à germer. Puis, compte tenu des événements que nous vivons, des personnages que nous rencontrons, des lieux où nous sommes admis, l’idée se précise, puis s’impose – jusqu’à ce jour de mai, à Paris, où le projet de film est pleinement repris à son compte par BHL.

Seul regret rétroactif : ne pas avoir eu d’emblée cette idée et avoir laissé « filer » certaines scènes poignantes ou importantes.

Grâce à cet appareil, de cinéma donc, d’une parfaite légèreté, d’une parfaite discrétion, en rien intrusif, qui permet de filmer sur le vif, dans l’action, en mouvement, et partout, sans nulle préparation ni anticipation, sera emmagasiné un flot d’images, prises sur le vif, et qui engendreront, au final, un film à la première personne, aussi vécu, aussi personnel qu’un Journal d’écrivain.

Un producteur, François Margolin, entrera alors dans le projet, s’y identifiera au point de se joindre désormais à nous, sur le terrain, jusqu’au terme de l’aventure.

Un film de ce genre se raconte mal. Il relève à la fois du documentaire et du cinéma « pur ». Il mélange l’archive brute qu’est l’événement filmé en direct avec l’archive historique. Il mêle les images du présent et du passé. Il passe de l’information à la réflexion, du contexte immédiat de la guerre, de la chronologie fidèle des événements, à l’Histoire que ces événements rappellent. Il va de la politique aux souvenirs personnels, à la mémoire du narrateur.

Lequel narrateur n’est autre que BHL, dont le commentaire en voix off donne une dimension littéraire à ce déroulé en images de la guerre de Libye et de l’intervention occidentale, telles qu’il les a soutenues et accompagnées sept mois durant. Un film à la fois très politique et très subjectif. Le film d’un intellectuel engagé. Un film où l’activisme politico-diplomatique et militaire d’un écrivain se donne pleinement à voir.

Car les images, plus encore qu’un livre, s’imposent. Voir et entendre les principaux protagonistes politiques et militaires libyens de cette guerre de libération, tout comme les grands responsables occidentaux, s’entretenir avec BHL, engager sur le vif une action ensemble, ou évoquer leur propre rôle ou le sien, a quelque chose d’assez impressionnant.

Le film se passe pour l’essentiel en Libye, de la Cyrénaïque au djebel Nefoussa et Tripoli. Mais il transite par l’Elysée, nous emmène à New York, à Istanbul, Dakar, Washington ou Londres.

Le montage du film, dû à Vojta Janiska pour l’image et à Laurent Jaïs pour le son, durera cinq mois.

On énumérera quelques scènes de ce film inclassable, qui devrait faire date en matière de récit de guerre, où, comme c’est la loi du genre, récit et vécu ne font qu’un.

La scène décisive ou BHL propose tout de go au Président d’un CNT aux abois devant l’offensive de Kadhafi sur Benghazi, d’appeler l’Elysée et de faire reconnaître le CNT par la France.

Le téléphone qui suit, à Sarkozy.

La marche nocturne dans les ruines de Misrata, la ville-martyre encerclée par Kadhafi.

Les visites aux avant-postes sur les fronts d’Ajdabiya et d’Abdul Raouf.

Les palais souterrains de Kadhafi.

L’arrivée de BHL sur la Place Verte de Tripoli libérée, au milieu des tirs de joie des kalachnikov.

L’entretien avec Hillary Clinton, au Département d’Etat à Washington ; avec David Cameron dans la salle du Conseil des Ministres, à Downing Street.

Les archives de la 2ème D.B. et le serment, à Koufra, en 1941, de libérer la France.

La ronde des pieds autour du cadavre de Kadhafi à la morgue de Misrata.

Le cimetière français de Tobrouk et le serment, au petit matin, des six protagonistes français et libyens du film de ne pas se séparer avant la victoire de la démocratie.

C’est cette scène qui donne son titre au film.

Gilles Hertzog

Photo : Avril 2011,  au siège de l’état-major des forces libyennes libres, Bernard-Henri Lévy attend Abdel Fatah Younès. (c) Marc Roussel.


Tags : , , , , , , , , ,

Classés dans :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>