Le Pakistan


Le Pakistan


Les moments-clefs de l’histoire du Pakistan depuis son indépendance

1947 : Les Britanniques, confrontés aux conflits sanglants entre la communauté musulmane et les communautés sikh et hindoue, décident la partition du pays en deux états indépendants : 1) l’Inde, regroupant la population sikh et hindoue éparse sur toutes les Indes Britanniques ; 2) le Pakistan, faisant de même pour la population musulmane. Se pose la question du Cachemire dont le mahârâja veut être rattaché à l’Inde, alors que 78% de ses sujets sont musulmans – décision qui va provoquer une nouvelle partition et de nouveaux conflits.
1956 : Le Pakistan devient la première république islamique au monde.
1958 : Suite à une agitation dans l’ex-Bengale oriental, devenu une province du Pakistan, le général Ayub Kahn impose une dictature militaire.
1965 : La Déclaration de Tachkent signée, sous le contrôle des Soviétiques, par le président pakistanais et le premier ministre indien signifie l’abandon du Cachemire par le Pakistan.
1971 : Le Pakistan oriental déclare son indépendance sous le nom de Bangladesh. Il est vite occupé par l’armée pakistanaise. Une guerre éclair éclate, qui se termine par la reddition des troupes pakistanaises  à l’armée indienne venue au secours du Bangladesh. Elle fait des centaines de milliers de victimes civiles et dix millions de réfugiés.
1973 : Le socialiste Zulficar Ali Bhutto devient président, puis Premier ministre, ce qui lui donne le pouvoir exécutif. Il rétablit la démocratie dans le pays. Une constitution de type fédéral est promulguée.
1977 : Les élections générales sont remportées par le PPP d’Ali Bhutto, mais le parti adverse, le Pakistan National Alliance, conteste leur validité. Des émeutes s’ensuivent. La loi martiale est proclamée par le général Muhammad Zia-ul-Haq. Ali Bhutto est arrêté. Les partis sont dissous et l’on prend les premières mesures en vue d’instaurer un Etat islamique s’appuyant sur les mollahs. Une cour fédérale de la Charia est créée.
1979 : Condamné à mort à l’issue d’un procès truqué, Ali Bhutto est exécuté par pendaison.
1988 : En août, mort du président Zia dans un accident d’avion. En novembre, le PPP, à la tête duquel Benazir Bhutto a succédé à son père, gagne les élections législatives. Benazir Bhutto devient Premier ministre dans un contexte de tensions  grandissantes entre le Pakistan et l’Inde, le Pakistan et l’Afghanistan.
1990 : En août, Benazir Bhutto est démise de ses fonctions. En novembre, l’Islamic Democratic Alliance, de Nawaz Sharif, triomphe. Nommé Premier ministre, Nawaz Sharif renforce le statut de la charia.
1993 : Nawaz Sharif, accusé de corruption, entraîne dans sa chute le président Ghulam Ishaq Khan.  Les élections législatives consacrent le retour de Benazir Bhutto au poste de Premier ministre.
1996 : Benazir Bhutto doit céder la place à  Nawaz Sharif. Celui-ci travaille à abattre le président Leghari (qui tombera un an plus tard).
1997 : Le nouveau président, Muhammad Rafik Tarar, n’a qu’un poste honorifique. Nawaz Sharif abuse des pouvoirs qu’il a réussi à se faire octroyer : il limite au maximum la liberté d’expression des journalistes ainsi que les droits politiques des citoyens.
Octobre 1999 : Un coup d’état mené par le chef d’état-major des armées, Pervez Musharraf, renverse le régime.
2002 : Pervez Musharraf, qui s’est aligné pour des raisons économiques sur les positions anti-islamistes des USA, déclare qu’il sera intraitable avec le terrorisme. Suite à une attaque  sur le Parlement de Delhi, l’Inde mobilise des troupes sur sa frontière avec le Pakistan.
2007 : Benazir Bhutto, amnistiée, retourne d’exil. Elle est visée par un attentat à la bombe. Elle en réchappe, mais avec 140 tués autour d’elle. Elle accuse Musharraf.  Elle est assassinée. Des émeutes éclatent dès l’annonce de sa mort
2008 : Les élections législatives de février marquent le retour du PPP. Musharraf démissionne, Asif Ali Girdani est élu président.
Nuit du 1er au 2 mai 2011 : Les forces spéciales des Etats-Unis tuent Oussama Ben Laden au Pakistan, dans la résidence fortifiée où il se cachait. Le président Asif Ali Girdani se félicite d’une opération dont il n’a pas été prévenu. Beaucoup s’interrogent sur la présence du chef d’Al-Qaïda à proximité  d’une caserne abritant une brigade de l’armée pakistanaise.

Bernard-Henri Lévy et le Pakistan

En 1971, suite à l’appel d’André Malraux pour le Bengale libre, Bernard-Henri Lévy rencontre l’auteur de La Condition humaine et décide de partir pour le Pakistan oriental, non pour y combattre, mais pour y témoigner de la lutte d’un peuple martyr pour sa liberté. Il passe plusieurs mois dans ce pays (qui devient indépendant après la défaite des troupes pakistanaises), d’abord comme correspondant de guerre pour Combat, ensuite comme fonctionnaire chargé des problèmes de  planification auprès du premier président du Bangladesh, Mujibur Rahman. Même si cet ultime « engagement » de Malraux tourna au fiasco, BHL pense aujourd’hui que le grand écrivain avait compris « le caractère séminal de cette guerre du Bangladesh pour toutes les guerres modernes et postmodernes » . En 1973, de retour du Bangladesh, il publie Bangladesh, Nationalisme  dans la Révolution.
Trente ans plus tard, BHL retourne au Pakistan, sur les traces de Daniel Pearl, le journaliste pris en otage puis décapité par un groupe proche d’Al-Qaïda. Qui a tué Daniel Pearl ? paraît en mai 2003. BHL  définit l’œuvre comme un romanquête, mélange audacieux de grand reportage et de littérature. Il est resté ainsi secrètement fidèle à  sa double naissance à l’écriture et à l’engagement sous l’égide de Malraux et du Bangladesh.

Citations de Bernard-Henri Lévy sur le Pakistan

« J’ai passé des mois dans ce pays martyr (le Bangladesh), je lui ai consacré un livre, il m’a hanté pendant des années – or je le dis humblement mais fermement : André Malraux, sans quitter Paris ou en ne le quittant (…) qu’une fois éteints les feux de la guerre, a dit, en quelques phrases, puis en un ou deux discours et dans quelques lignes de préface (…), ce que j’ai mis, moi, vingt ans et plus à être capable de formuler.
J’étais, à l’époque, comme tous les intellectuels de ma génération, obsédé par la question du communisme et, en la circonstance, par la lutte à mort que se livraient les trois partis rivaux, plus ou moins prosoviétiques, ou plus ou moins pro-maoïstes, se disputant le delta du Gange et, au-delà, les deux Bengale.
Je déployais, dans cette perspective, et jusque dans mon livre des trésors d’ingéniosité dialectique – ou, d’ailleurs, antidialectique – pour essayer de comprendre et, à la fin des fins, de justifier l’injustifiable attitude des Chinois soutenant les bourreaux pakistanais et passant par pertes et profits d’une géopolitique illisible une révolte populaire que j’aurais rêvé de les voir appuyer.
En 1985 encore, au moment de la réédition du livre sous son nouveau titre des Indes Rouges, je l’augmentais d’une préface dont je vois bien, aujourd’hui, alors que je reviens une nouvelle fois, peut-être la dernière, rôder sur ce théâtre ancien où je suis, pour ainsi dire, né à la littérature et à la pensée publique, qu’elle continuait d’inscrire l’évènement dans un contexte qui faisait la part plus belle aux querelles idéologiques européennes qu’à ce qu’il a pu avoir de radicalement singulier. Alors que lui… Eh bien lui, Malraux, a tout de suite vu le caractère génocidaire d’une guerre qui venait de faire, selon les estimations, entre trois cent mille et trois millions de victimes. » (In : Dictionnaire Malraux, dirigé par Michaël de Saint-Chéron et Janine Mossuz-Lavau)
« Observateur des affaires pakistanaises depuis plus de trente ans (…), je n’ai cessé de voir le gouvernement de ce pays se dégrader et tendre vers le pire : que de chemin parcouru depuis le Zulfikar Ali Bhutto des années 70 jusqu’à la situation d’aujourd’hui ! quelle décadence pour que le pouvoir de ce pays ait pu tomber entre les mains de leaders militaires du type de Musharraf ! et qui, de surcroît, peut aujourd’hui dire si le pouvoir exécutif, dans ce pays, contrôle réellement les choses ? » ( La Question pakistanaise, in : Récidives)
« Le plus voyou des Etats voyous. (…) Voyou parce qu’ Etat nucléaire.. Voyou parce qu’au cœur, et au départ, des pires trafics en direction des pires Etats. Et voyou parce que, non content d’avoir les missiles, le Pakistan a les idées, les mots, les groupes militants qui vont avec et qui, seuls, sont en mesure de mettre le feu aux missiles. » (Karachi, pute et soumise, in : Récidives)


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