La Guerre d'Espagne


La Guerre d’Espagne


Les dates-clefs de la guerre d’Espagne

1931 : Le roi d’Espagne Alphonse XIII, espère une victoire des monarchistes aux élections municipales. Mais, les républicains gagnent les élections, il est contraint à l’exil. La Seconde République espagnole est instaurée le14 avril. Débute une période de grande instabilité.

1933 : En novembre, les élections générales font de la CEDA (Confédération des Droites Autonomes) le premier parti des Cortes. En décembre, la gauche tente de commencer à constituer un front uni de toutes les organisations ouvrières anti-fascistes qui se répand, non seulement en Espagne, mais dans toute l’Europe.

1934 : Le 1er octobre, trois ministres de la CEDA entrent au gouvernement. Des insurrections éclatent à Madrid et en Catalogne. L’ordre est vite rétabli. Mais dans les Asturies les mineurs, organisés en soviets se soulèvent. C’est la « Commune espagnole » ou « la Révolution d’octobre ». Le gouvernement envoie à Oviedo la Légion étrangère, commandée par, entre autres, le général Franco. La répression est terrible : mille morts, vingt mille arrestations.

1935 : La participation de la CEDA au gouvernement républicain est renforcée. Différents généraux sont placés à des postes? (avec l’appui de la Phalange, parti créé par le fils du dictateur Primo de Rivera), des monarchistes (y compris les carlistes), des catholiques, de tous les officiers de droite et d’extrême-droite.

1936 : Les crises successives des gouvernements conduisent, en février, à des élections. La victoire revient à la gauche. Toute l’Espagne est submergée par un déferlement de violence, où l’on voit les phalangistes affronter les socialistes et les anarchistes. Le 13 juillet, l’assassinat de José Calvo Sotelo, député de la droite monarchiste, met le feu aux poudres. Les conjurés avec, à leur tête, le général Franco, décident de lancer l’offensive le 17 au Maroc, le 18 dans la métropole. Le 5 août, les troupes du Maroc, menées par Franco, traversent le détroit de Gibraltar, passent en Andalousie et se dirigent vers la capitale, tandis que les généraux Queipo de Llano et Mola occupent rapidement une grande partie de l’ouest et du nord du pays. L’armée républicaine est constituée surtout par les milices ouvrières du Front populaire (que viendront épauler d’importantes « Brigades internationales »). Le 14 août, les forces nationalistes opèrent une jonction entre leur front nord et leur front sud. L’Espagne se retrouve divisée, l’est restant fidèle aux républicains. Des colonnes sont formées pour reconquérir les terres prises par ceux qu’on n’appellera plus que «les franquistes ». La plus célèbre est celle commandée par l’anarchiste Buenaventura Durrutti. Des répressions sauvages s’abattent sur la population. En novembre, Franco attaque la capitale, sur laquelle il lance quatre colonnes (on qualifiera de « cinquième colonne » les franquistes infiltrés, en armes, dans Madrid).

1937 : Le 20 janvier, le Comité de non-intervention commence son contrôle des volontaires étrangers. Le 18 mars, les républicains sont victorieux à Guadalajara. Le 26 avril, l’aviation allemande bombarde la petite ville basque de Guernica. Début mai, des luttes intestines déchirent le camp républicain.

1938 : Les républicains, qui ont pris Teruel le 8 janvier, y sont battus le 22 février. Le 13 mars, la France rouvre ses frontières au transit d’armement vers l’Espagne républicaine, début d’une valse hésitation qui durera une année, au cours de laquelle les frontières seront tour à tour rouvertes puis refermées. Les forces franquistes atteignent, le 15 avril, la Méditerranée à Vinaroz. Le territoire espagnol est alors coupé en deux. Le 18 octobre, retrait officiel des Brigades internationales. Le 15 novembre, retrait des forces républicaines sur l’Ebre, après trois mois de piétinement, alors que les franquistes commencent leur offensive sur la Catalogne.

1939 : Le 26 janvier, Franco entre dans Barcelone. Le 4 février, prise de Gérone. Le 5, début de la répression franquiste. L’armée républicaine cherche refuge en France, ainsi que des milliers de civils. Le 26 mars, début de la reddition de l’armée républicaine. Les troupes franquistes pénètrent, deux jours plus tard, dans Madrid. Le 30 mars, reddition de Valence. Les nationaux occupent maintenant la totalité du territoire espagnol. On évaluera à 380000 le nombre de victimes humaines durant la guerre civile.

Bernard-Henri Lévy et la guerre d’Espagne

Le tragique de la guerre d’Espagne hante Bernard-Henri Lévy depuis sa jeunesse. D’où vient cette hantise ? D’un père magnifique, qui lui montra le chemin de la rectitude morale et du devoir. Et il y a cette angoisse : quand on ne peut répondre à une question sur un fait majeur du XXème siècle pour la simple raison que l’on n’était pas né lorsque les faits qu’on interroge se sont déroulés, quand on se demande comment, si on avait été là, on aurait réagi, il s’avère indispensable de se mettre soi-même à l’épreuve. Cette guerre perdue reste, comme il l’exprime dans la Guerre sans l’aimer, l’un des grands moments de l’histoire de ses pères (et de ses pairs), c’est-à-dire des écrivains antifascistes des années trente qui, trouvant là l’occasion de ne plus se contenter de se battre avec des mots, se sont jetés dans l’action avec l’espoir chevillé au cœur de modifier le cours des choses injustes, et, dans la guerre, avec la certitude que cette guerre-là était juste, bref ont fait « la guerre sans l’aimer », selon la belle formule d’André Malraux. Voilà le thème essentiel, non seulement du livre de Bernard-Henri Lévy sur le printemps libyen, mais de toute la vie d’un intellectuel qui s’est engagé volontairement dans des conflits aux issues improbables, mais à chaque fois pour que triomphe, ici ou là, le désir des hommes de bonne volonté d’abattre le totalitarisme qui les nie et de recouvrer leur pleine et entière liberté.

Citations de Bernard-Henri Lévy sur la guerre d’Espagne

« Jeudi 28 avril (Aveu). Qu’est-ce qui peut bien unir trois hommes embarqués dans une aventure pareille ? Qu’est-ce qui, à demi-mot, scelle leur accord fondamental ? Nous sommes, Gilles (Hertzog), Marc (Roussel) et moi, dans le hall du Tibesti, à Benghazi, l’avant-dernier soir de notre dernier séjour. C’est l’heure du dernier verre, avant de monter se coucher, quand tout a été dit, absolument tout, fors les confidences essentielles. Et nous nous apercevons qu’une chose, oui, nous rassemble. Une chose dont nous ne nous sommes jamais parlé mais qui, soudain, saute aux yeux. Le souci de la Libye libre, d’accord. Le goût, au-delà de la Libye, de l’aventure et de l’action, bien sûr. Mais, en amont de tout cela, lui faisant pour ainsi dire socle, une passion plus secrète et dont nous découvrons, en l’évoquant que c’est elle qui, à la fin des fins, a décidé de nos raisons d’être ici et scellé notre amitié. Cette passion, c’est l’Espagne. Je veux dire la guerre d’Espagne. Cette guerre dont je vais expliquer, dans quelques semaines, au musée du Prado de Madrid, que Jorge Semprun l’appelait toujours « notre guerre » et que c’est ainsi que, moi aussi, une génération plus tard, et de façon encore plus imaginaire, je continue aussi de l’appeler.
Moi, donc, c’est normal : père oblige – le jeune André Lévy fuyant, à dix-huit ans, son Algérie natale pour aller, à Barcelone, rejoindre les Brigades internationales. Gilles idem – je le sais depuis toujours: l’histoire si belle, et dont il a fait un livre, de Paul Hertzog et Marcelle Cachin, ses parents, médecins sur France-Navigation, la compagnie qui, jusqu’au dernier jour ou presque, transporta d’URSS en Espagne des armes pour les Républicains puis, à l’été 39, quand la défaite fut consommée, accompagna des milliers de Républicains au Chili. Mais la surprise c’est que Marc Roussel, que je connaissais à peine, nous apprend qu’il est dans le même cas, exactement le même : non pas fils mais petit-fils de Républicain et pour le reste, le même schéma, la même ombre portée, le même modèle héroïque qui, lui aussi, l’a façonné ( son grand-père, Nicolas Campos, Espagnol exilé en France mais qui revient, fin 1936, lui aussi dans les Brigades – Barcelone encore ; défense de Madrid ; bataille de l’Ebre ; et incarcération, pour finir, dans l’un de ces camps à ciel ouvert où la belle République française, à l’hiver 1939, « concentra » les Rouges qu’elle avait laissés tomber et qui passaient maintenant les Pyrénées pour fuir les colonnes infernales de Franco). Et la surprise c’est que, lui aussi, fonctionne, comme nous deux, à la mémoire tutélaire et à l’imaginaire héroïque : est-il dans une tranchée d’Ajdabiya ? ce sont les récits de la bataille de l’Ebre qu’il a en tête et les premières pages d’Hommage à la Catalogne d’Orwell qui lui font prisme ; s’engage-t-il avec moi, avec nous, dans l’aventure d’un film sur la Libye libre ? lui vient, et ne le lâche plus, le modèle Sierra de Teruel de Malraux ou celui du groupe d’artistes qui, autour d’Hemingway et de Dos Passos, produisent Terre d’Espagne de Joris Ivens ; etc.
(…)
Et on fait, à trois, la somme de ce qui, dans cette situation libyenne, dans ce que nous vivons, ici, maintenant, au jour le jour, ressort et se voit mieux à la lumière du paradigme espagnol. Tout est là. Le grand partage, le seul qui compte, entre ces deux sortes de contemporains : ceux qui croient en l’Histoire et ceux qui n’y croient pas ; ceux qui croient en la littérature et ceux qui n’y croient pas non plus ; ceux qui résistent à cette leucémie de la mémoire qui est la grande maladie d’aujourd’hui et ceux qui, comme le mauvais prophète du Livre d’Isaïe, exhortent l’humanité à ne plus « se souvenir d’autre fois », ne plus « songer aux choses passées » ; ceux qui, pour le dire encore autrement, ont la nostalgie de la grandeur et ceux qui l’ont perdue. » (La Guerre sans l’aimer – Journal d’un écrivain au cœur du printemps libyen, pp. 305-307)


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Un commentaire

  • Gentit dit :

    Cher Monsieur Lévy, Lors des évènements de Libye, votre intervention en faveur du peuple de ce pays a été déterminante, et vous aviez raison de le faire.
    Nous assistons au massacre du peuple Syrien, et je m’ étonne de votre silence sur ce peuple, exterminé, pour qui vous ne semblez pas porter l’ intérêt moral, d’aide et de soutient, que vous aviez manifesté pour le peuple Libyen.
    Pourquoi ?

    Bien cordialement.

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