La Géorgie


La Géorgie


Ce pays du Caucase (69000 kms² et 4,4 millions d’habitants) se trouve sur la ligne qui sépare l’Europe de l’Asie. Il est entouré de la Russie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Turquie. Capitale : Tbilissi. Annexée par la Russie impériale au début du XIXème siècle, la Géorgie devient indépendante en 1918, intègre l’Union soviétique en 1921, redevient indépendante en 1991.

Les dates-clefs de l’histoire de la Géorgie de 1988 à 2008

4-9 avril 1988 : Les Géorgiens manifestent pacifiquement à Tbilissi pour demander l’indépendance de leur pays, Ossétie du Sud et Abkhazie comprises. Ils sont brutalement réprimés par les forces soviétiques. De nombreux Ossètes et de nombreux Abkhases s’inquiètent d’une Géorgie indépendante.
Juillet 1989 : De violents incidents entre Géorgiens et Abkhazes éclatent à Soukhoumi. Ils sont stoppés par l’entrée dans la ville de troupes soviétiques.
1990 : La République socialiste soviétique de Géorgie est dissoute. Zviad Gamsakhourdia devient président du Parlement de Géorgie. Le Soviet Suprême d’Ossétie du Sud ayant, de son côté, transformé le statut de « région autonome » de l’oblast  en celui de « république autonome », le Parlement géorgien réagit en supprimant le statut d’autonomie de l’oblast d’Ossétie du Sud. Le nationalisme dur, quasi-fasciste, de Gamsakhourdia, nationaliste dur, menace de conduire contre les Ossètes «une armée de 200.000 hommes ».
1991 : Le 9 avril, la Géorgie proclame son indépendance. Gamsakhourdia est le premier président démocratiquement élu d’une ex-république soviétique. Les affrontements armés en Ossétie du Sud tournent à l’avantage des sécessionnistes grâce au soutien des troupes soviétiques. A son tour, l’Ossétie du Sud proclame, en novembre, son indépendance.
1992 : Début janvier, à Tbilissi, le Parlement est envahi par d’anciens collaborateurs de Gamsakhourdia et celui-ci est exilé. Le nouveau président du Parlement, Edouard Chevardnadzé, poursuit la guerre en Ossétie du Sud. Un cessez-le-feu est signé en juin, qui prévoit la mise en place d’une force tripartite russe, géorgienne et ossète de maintien de la paix. A cette guerre qui semble finir va succéder un conflit avec les Abkhazes qui, le 23 juillet, proclament leur indépendance. En août,  le gouvernement géorgien envoie 3000 hommes en Abkhazie.
1993 : En juillet, une trêve est conclue avec les Abkhazes. En septembre, Chevardnadzé affronte un troisième soulèvement : celui des partisans de Gamsakhourdia. Les Abkhazes en profitent pour rompre la trêve. A la fin de l’année, les séparatistes contrôlent l’Abkhazie à l’ouest de Soukhoumi. Ils se livrent à un « nettoyage ethnique » des Géorgiens présents sur leur territoire. La Géorgie se rapproche politiquement de la Russie, qui lui fournit des renforts pour combattre les partisans de Gamsakhourdia. Victoire des forces géorgiennes en novembre.
Novembre 1995 : Chevardnadzé, quoique très impopulaire pour sa corruption, devient président de la République.
Avril 2000 : Il est réélu président de la République avec 80% des voix.
Novembre 2003 : Chevardnadzé démissionne suite à la Révolution des Roses, essentiellement menée par Mikhaïl Saakachvili, ancien ministre de la Justice dans son gouvernement.
2004 : En janvier, Mikheil Saakachvili est élu président de la République avec plus de 96% des suffrages exprimés. Il doit faire face aussitôt à la sécession de la République autonome d’Adjarie, menée par le leader pro-russe Aslan Abachidze, dont il qualifie le clan de « bande de criminels, de meurtriers et de trafiquants de drogue » ». Démission d’Abachidze en mai. En août, la guerre reprend en Ossétie.
2005 : Une tentative d’assassinat a lieu à Tbilissi contre le président Bush, de passage en Géorgie, et le président Saakachvili.
2006 : Fin juillet, c’est l’Abkhazie qui gronde à nouveau. Mais les forces de police géorgiennes désarment la milice qui a rallumé l’incendie.
2008 : Réélu président, Saakachvili lance une opération militaire en Ossétie du Sud. La Russie intervient immédiatement. Après l’avancée rapide de ses forces et le bombardement de plusieurs villes géorgiennes, Dimitri Medvedev annonce que son armée restera sur ses positions jusqu’à stabilisation de la situation. La médiation de Nicolas Sarkozy conduit à un plan de paix, signé par les dirigeants d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, puis par ceux de la Géorgie et de la Fédération de Russie. Medvedev reconnaît l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. Saakachvili, dénonçant une « annexion », rompt toute relation diplomatique avec la Fédération de Russie que de leur côté, les chefs d’Etat de l’UE menacent, si elle ne retire pas ses troupes de Géorgie, d’une  suspension des pourparlers sur l’accord de partenariat stratégique.

Bernard-Henri Lévy et la Géorgie

En 1989, Bernard-Henri Lévy se trouve, pour les besoins du tournage de la série télévisée Les Aventures de la liberté, à Tbilissi où, un an plus tôt, une manifestation pacifique en faveur de l’indépendance a été brutalement réprimée par le Kremlin lorsque la nouvelle de la chute du Mur s’y propage comme une traînée de poudre. En avril 2008, il adresse, avec André Glucksmann, une lettre ouverte à la chancelière Angela Merkel et au président Nicolas Sarkozy pour leur demander de « ne pas bloquer le rapprochement de la Géorgie et de l’Ukraine avec l’OTAN ». Dès la nouvelle du déclenchement de la guerre voulue par les séparatistes abkhazes, ossètes et leurs soutiens russes, il retourne en Géorgie. Il en ramènera un reportage qui paraîtra dans Le Monde et écrira, de nouveau avec André Glucksmann, un article soulignant les enjeux de la décision qu’avait alors à prendre l’Union européenne vis-à-vis de son « grand voisin » russe et qu’effectivement elle prit.

Citation  de Bernard-Henri Lévy sur la Géorgie

«Les Géorgiens se sont retirés d’Ossétie du Sud, territoire que la loi internationale place – rappelons-le tout de même – sous leur juridiction. Ils se sont retirés des villes avoisinantes. Convient-il qu’ils se retirent aussi de leur capitale ? La vérité est que l’intervention de l’armée russe hors de ses frontières, contre un pays indépendant, membre de l’ONU, est une grande première depuis plusieurs décennies – très précisément, depuis l’invasion de l’Afghanistan. (…) Et c’est un monde nouveau, avec de nouvelles règles, qui risque d’apparaître sous nos yeux.
Qu’attendent l’Union européenne et les Etats-Unis pour bloquer l’invasion de la Géorgie, leur amie ? Verra-t-on Mikhaïl Saakachvili, leader pro-occidental, démocratiquement élu, viré, exilé, remplacé par un fantoche ou pendu au bout d’une corde ? L’ordre va-t-il régner à Tbilissi comme il a régné à Budapest en 1956 et à Prague en 1968 ? A ces questions simples, une réponse, une seule, s’impose. Il faut sauver, ici, une démocratie menacée de mort. Car il n’en va pas seulement de la Géorgie. Il en va aussi de l’Ukraine, de l’Azerbaïdjan, de l’Asie centrale, de l’Europe de l’Est, donc de l’Europe.
Commençons donc par énoncer clairement qui est l’agresseur : la Russie de Vladimir Poutine et de Dimitri Medvedev, ce « libéral » fameux et inconnu censé pondérer le nationalisme du premier. Rompons, ensuite, avec le régime de la tergiversation et des vessies prises pour des lanternes : les 200.000 tués de Tchétchénie, des « terroristes » ; le sort du Caucase Nord, une « affaire intérieure » ; Anna Politkovskaïa, une suicidaire ; Litvinenko, un ovni…Et admettons enfin que l’autocratie poutinienne, née par la grâce des attentats obscurs qui ensanglantèrent Moscou en 1999, n’est pas un partenaire fiable, encore moins une puissance amie. De quel droit cette Russie-là, agressive, menaçante et de mauvaise foi, est-elle encore membre du G8 ? Pourquoi siège-t-elle au Conseil de sécurité de l’Europe, institution vouée à défendre les valeurs de notre continent ? A quoi bon maintenir les lourds investissements, notamment allemands, du gazoduc sous la Baltique pour le seul avantage – russe – de court-circuiter les tuyaux qui passent par l’Ukraine et par la Pologne ? Si le Kremlin persiste dans son agression caucasienne, ne convient-il pas que l’Union européenne reconsidère l’ensemble de ses relations avec son grand voisin ? Il  a autant besoin de vendre son pétrole que nous de l’acheter. Il n’est pas toujours impossible de faire chanter un maître-chanteur. L’Europe, si elle trouve l’audace et la lucidité de relever le défi, est forte. Sinon, elle est morte. ( SOS Géorgie ? SOS Europe  , article coécrit avec André Glucksmann, paru entre les 12 et 18 août dans Libération, The Huffington Post et Il Corriere della Sera, repris dans Pièces d’Identité)


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