Françoise Giroud

Françoise Giroud

Journaliste, écrivaine et femme politique.

Les dates-clefs de Françoise Giroud

21 septembre 1916 : Naissance à Lausanne (Suisse) de Léa France Gourdji, fille de Salih Gourdji, leader progressiste qui a fui sa Turquie natale parce qu’elle est l’alliée de l’Allemagne, et d’ Elda, originaire de Salonique, tous deux juifs mizrahim.
1917 : Après un séjour aux USA, durant lequel il a débattu du sort de l’Europe à la Ligue des nations, Salih Gourdji rejoint sa famille à Paris.
1919 : Salih Gourdji meurt d’une complication de la syphilis à l’hôpital de Ville-Evrard.
1930 : Léa France, qui voit sa mère se débattre dans les soucis financiers, travaille dans une librairie parisienne.
1932 : Elle abandonne définitivement ses études pour entrer à la SEDIF, société de production cinématographique dirigée par Onessim Lucachevitch. Elle sera, jusqu’en 1939, assistante, notamment d’Yves Mirande (pour Baccara) et d’Alexandre Esway (pour Education de prince), ou script girl, notamment de Marcel Pagnol (pour Fanny) et de Marc Allégret (pour Sous les yeux d’Occident, d’après Conrad).
1936 : Elle noue une amitié avec Antoine de Saint-Exupéry pendant le tournage de Courrier Sud de Pierre Billon.
1937 : Elle est script-girl sur La Grande illusion et rédige quelques dialogues avec l’assentiment de Jean Renoir.
1940 : Suite à la promulgation des lois anti-juives, elle déclare sous la foi du serment être aryenne.
1942 : Elle donne un fils, Alain, à Elie Nahmias, directeur d’une société pétrolière, qu’elle ne peut épouser, la famille de celui-ci s’indignant du fait qu’elle a « répudié » son origine juive. Ayant obtenu un droit de travail sous le nom de Françoise Giroud, elle participe à l’adaptation de L’ Honorable Catherine de Marcel L’Herbier. Elle continuera d’écrire des scénarios de films jusqu’aux années 80 pour, entre autres, Baroncelli , Becker, Dassin, Grangier, Allégret (Marc), Girod, Leroy.
1943 : Françoise Giroud, couverte par le chef de Libération-Sud, tente de sauver des camps de la mort sa sœur Djénane, arrêtée par la Gestapo. Elle n’y parvient pas mais retrouvera Djénane, par hasard, après la guerre, à une station de bus.
1944 : Elle est elle-même arrêtée et incarcérée durant quatre mois à Fresnes.
1945 : Elle est engagée par Hélène Lazareff en tant que rédactrice en chef d’un nouveau magazine féminin, et même féministe : Elle, qu’elle ne quittera que neuf ans plus tard.
1946 : Elle épouse Anatole Eliacheff, cousin germain d’Onessim Lucachevitch.
1947 : Naissance de sa fille, Caroline Eliacheff. Antoine et Antoinette, film de Jacques Becker, scénario et dialogues : Françoise Giroud, remporte, à l’issue du premier festival de Cannes, le Grand prix du film dramatique et d’amour.
1951 : Françoise Giroud rencontre Jean-Jacques Servan-Schreiber, fils du co-directeur des Echos et éditorialiste au Monde, alors marié à la romancière Madeleine Chapsal. Coup de foudre.
1953 : Le 16 mai paraît le premier numéro de L’Express, hebdomadaire politique et culturel créé par JJSS et Françoise Giroud dans le but de soutenir Pierre Mendès-France. Françoise Giroud aura des responsabilités dans la direction du journal pendant plus de vingt ans. Début de son amitié avec François Mitterrand.
13 novembre 1954 : On lit dans L’Express : « En proclamant que l’Algérie c’est la France, nous affirmons un but ou un désir. Mais est-ce une réalité ? » L’Algérie sera, dans les années qui viennent, la grande affaire de L’Express.
1956 : Les « conjurés de L’Express » (JJSS, F. Giroud, Simon Nora) s’allient avec François Mitterrand et avec Jacques Chaban-Delmas pour promouvoir la candidature de Mendès à la présidence du Conseil. Mais c’est Guy Mollet qui devient chef du gouvernement.
1957 : L’Express publie Lieutenant en Algérie de JJSS et dénonce la torture qui est systématiquement pratiquée sur le terrain par l’armée française (affaires Henri Alleg et Maurice Audin). A la sortie du film Les Tricheurs de Marcel Carné, Françoise Giroud lance l’expression « Nouvelle Vague ».
1958 : Dissensions à l’intérieur de L’Express à propos du général de Gaulle . François Mauriac menace de s’en aller. Suite à une grossesse extra-utérine, Françoise Giroud perd l’enfant qu’elle attendait de JJSS ainsi que l’espoir d’en avoir jamais un autre.
1959 : Elle défend Mitterrand dans l’affaire de l’Observatoire.
1960 : JJSS s’étant éloigné d’elle, elle fait une tentative de suicide.
1961 : Elle reprend sa place à L’Express, tandis que Mauriac s’en retire.
1962 : Elle est de ceux qui s’opposent à la révision constitutionnelle proposée par le général de Gaulle.
1963 : Elle commence une analyse, qui durera trois ans, avec Jacques Lacan. Elle rencontre l’avocat Georges Kiejman. Elle transposera leur liaison dans Mon très cher amour. Elle soutient Mitterrand en vue de la prochaine élection présidentielle.
1966 : Rencontre avec l’éditeur Alexandre Grall, qui sera son dernier compagnon.
1968 : Elle croit aux mouvements étudiants et ouvriers qui annoncent, pense-t-elle, un monde nouveau.
1971 : Une nouvelle crise à l’Express, destinée à « destituer » JJSS, provoque de nombreux départs. Françoise Giroud devient la vraie patronne du journal. Elle y initie une enquête sur l’avortement. Son fils Alain disparaît en montagne. Son corps sera retrouvé deux mois plus tard.
1972 : Après la condamnation à mort de Buffet et Bontemps, elle fait campagne pour l’abolition de la peine capitale.
1974 : Valéry Giscard d’Estaing, élu président de la République, nomme JJSS ministre des Réformes (il ne le restera que quinze jours) et , malgré l’opposition du Premier ministre Jacques Chirac, Françoise Giroud secrétaire d’Etat à la Condition féminine. A ce poste, elle prendra « cent et une mesures » en faveur des femmes (mise en place de droits propres aux femmes, lutte contre les discriminations, ouverture des métiers dits « masculins », etc).
1975 : Le nouveau Premier ministre Raymond Barre propose à Françoise Giroud le secrétariat d’Etat à la Culture. Elle restera deux ans à ce poste.
1977 : A la demande de Valéry Giscard d’Estaing, elle se présente à la mairie du XVème arrondissement de Paris. Elle est battue, suite à une fausse et humiliante polémique autour de sa médaille de la Résistance. Elle ne peut revenir à L’Express, vendu à James Goldsmith et où Raymond Aron s’oppose à sa réintégration.
1978 : Elle raconte son expérience au gouvernement dans La Comédie du pouvoir. Giscard l’ayant dite « incontrôlable », elle écrit : « Incontrôlable, donc inadaptée à la vie politique , où l’on ne joue jamais sa partie isolée, sauf à la perdre, où l’on doit chasser en meute, comme un sanglier. Je suis un chasseur solitaire. » Elle commence une autre vie davantage tournée vers la littérature.
1979 : Elle qui avait désiré devenir médecin se voue à l’action humanitaire. Elle se joint à Bernard-Henri Lévy, Jacques Attali, Maria-Antonietta Macchiocchi, Gérard Hertzog, Marek Halter, Jean-Christophe Ruffin et quelques autres pour créer l’ Action internationale contre la faim.
1984 : Elle aide à mourir son compagnon Alex Gall, atteint d’un cancer de la gorge.
1990 : Dans Leçons particulières, elle fait le bilan des enseignements qu’elle a reçus des personnes qui ont compté pour elle.
1997 : Elle publie un nouveau livre autobiographique : Arthur ou Le Bonheur de vivre.
1999 : Elle signe un appel pour l’euthanasie.
16 janvier 2003 : Lors de la première du spectacle de Jérôme Savary La Belle et la toute petite Bête avec son amie Arielle Dombasle dans le rôle principal, elle tombe dans l’escalier de l’Opéra-Comique. Elle décède trois jours plus tard, à l’âge de 86 ans.

Les œuvres-clefs de Françoise Giroud

-Scénario et dialogues d’ Antoine et Antoinette, film de Jacques Becker (1947)
-Scénario de La Belle que voilà, film de JP Le Chanois d’après le roman de Vicki Baum (1949)
Le Tout-Paris (Gallimard,1952)
Nouveaux portraits (Gallimard,1954)
La Nouvelle Vague (Gallimard,1958)
-Dialogues de La Loi, film de Jules Dassin d’après le roman de Roger Vailland (1958)
Si je mens… (Stock,1972)
Une poignée d’eau (Robert Laffont,1973)
Ce que je crois (Grasset,1978)
La Comédie du pouvoir (Fayard,1979)
Une femme honorable, Marie Curie (Fayard,1981)
Le Bon plaisir (Mazarine,1983)
– Scénario d’Au Bon plaisir, film de Francis Girod tiré de son roman (1984)
Christian Dior (Editions du Regard,1987)
Alma Mahler ou L’Art d’être aimée (Robert Laffont,1988)
Ecoutez-moi (avec Günter Grass, Maren Sell,1988)
Leçons particulières ( Fayard,1990)
-Scénario de Marie Curie, une femme honorable, feuilleton TV de Michel Boisrond (1991)
Jenny Marx ou La Femme du Diable (Robert Laffont,1992)
Les Hommes et les femmes (avec Bernard-Henri Lévy, Orban,1993)
Journal d’une Parisienne (Seuil,1994)
Mon très cher amour… (Grasset,1994)
Cœur de Tigre (Fayard/Plon,1995)
Cosima la sublime (Fayard/Plon,1996)
Chienne d’année: 1995 – Journal d’une Parisienne, vol.2 (Seuil,1996)
Gais-z-et-contents – Journal d’une Parisienne ,vol.3 (Seuil,1997)
Arthur ou Le Bonheur de vivre (Fayard,1997)
-Auteur d’Anna de Noailles, documentaire télévisé d’Antoine Gallien (1997)
Deux et deux font trois (Grasset,1998)
Les Françaises (Fayard,1999)
La Rumeur du monde – Journal de 1997 et 1998 (Fayard,1999)
Histoires (presque) vraies (Fayard,2000)
C’est arrivé hier (Fayard,2000)
On ne peut pas être heureux tout le temps (Fayard,2001)
Profession journaliste – Conversations avec Martine de Rabaudy (Hachette,2001)
Lou, histoire d’une femme libre (Fayard,2002)
Les Taches du léopard (Fayard,2003)

Françoise Giroud et Bernard-Henri Lévy

Quand Bernard-Henri Lévy rencontre Françoise Giroud, au début des années 7O, il a à peine dépassé la vingtaine. Dès 1975, il rend hommage à la journaliste et co-fondatrice de L’Express en signant dans L’Imprévu , avec Michel Butel , un éditorial intitulé : Françoise Giroud ou la douceur de vivre avant la révolution. Mais, en 1986, alors qu’il accuse Mengistu, le « Négus rouge », d’utiliser les secours envoyés en Ethiopie pour déporter les dissidents, il s’oppose, au sein de l’AICF, à la même Françoise Giroud, qui lui donne tort avec violence, provoquant entre eux une brouille sévère. Ils se réconcilient quatre ans plus tard. En 1993, ils improvisent, autour de l’amour et du désamour, des échanges qui deviendront Les Hommes et les femmes. Enfin, c’est Bernard-Henri Lévy qui prononcera, le 22 janvier 2003, au Père-Lachaise, l’éloge funèbre de son amie.

Citations de Françoise Giroud sur Bernard-Henri Lévy

« Vendredi 19 février. Bernard-Henri Lévy vient travailler avec moi (sur Les Hommes et les femmes, ndlr). Tout amaigri par ses pérégrinations, il a l’air d’un beau chat noir affamé. Nous ne sommes pas satisfaits de notre premier chapitre, qui manque de vivacité. Ce dialogue que nous avons mené ensemble depuis l’été, est-il bon, est-il mauvais ? Divertissant ? Plat ? Stimulant ? Insignifiant ? Je n’en ai pas la moindre idée. Au moins y avons-nous pris plaisir. » ( Journal d’une Parisienne – 1993, vol.1, p.90)
« Jeudi 25 novembre. Les lieux et les choses n’intéressent pas Bernard-Henri Lévy. Il n’a de regard que pour les êtres humains. » ( Idem, p.378)
« Ecrit, pour L’Obs, un long article sur le journal de Bernard-Henri Lévy pendant la guerre en Bosnie. Le titre est beau : Le Lys et la cendre. Le livre a cette qualité particulière des journaux, où émotions et anecdotes sont enregistrées au jour le jour et non reconstituées de mémoire. Il est bourré de choses intéressantes. Et puis il est pathétique. Car c’est bien une histoire d’amour que BHL a vécue avec la Bosnie, ce sont les motifs les plus nobles qui l’ont engagé auprès de ce petit pays, c’est aussi, bien sûr, le désir non moins noble de faire l’histoire, comme d’illustres prédécesseurs parmi les intellectuels… Et c’est en vain qu’il s’est tant battu, en particulier contre Mitterrand qui lui disait : « Moi vivant, jamais, vous m’entendez bien, la France ne fera la guerre à la Serbie. » Maintenant, il voit le président Izetbegovic sous les traits d’un vaincu, et la petite Bosnie toute rabougrie défaite… Il n’a pas tort. » (Gais-z-et-contents – Journal d’une Parisienne, vol.3 ,p. 29).

Citations de Bernard-Henri Lévy sur Françoise Giroud

« Chère Françoise… Douce et terrible Françoise… revenue de tout mais de rien… S’étonnant d’être née mais pas de devoir mourir…Pessimiste, probablement désespérée – « recommencer ! ah non, la balance des douleurs est trop lourde !… » – et, en même temps, si vivante, indomptable… » (Mémoire vive – Questions de principe sept, p.235)
« On manque le mystère de cette femme si l’on ne mesure l’extraordinaire talent qu’elle aura mis, sa vie durant, à transformer sa névrose, son échec à s’aimer tout à fait, la distance intérieure qu’elle avait instaurée, en amour des autres, tous les autres, à commencer, bien entendu, par ceux qui ont la chance d’avoir été ses amis – « on ne guérit pas de son enfance », m’avait-elle dit, un jour, il y a longtemps, où elle me racontait l’histoire de ce père qui, à sa naissance, aurait crié : « je voulais que ce soit un garçon » ; mais on peut, de sa névrose, faire un destin ; on peut la convertir en lucidité et, de cette lucidité, faire l’énergie d’une bonté ; et c’est exactement cela qu’a fait Françoise Giroud. » (Récidives, p.673, discours prononcé au crématorium du Père-Lachaise le 22 janvier 2003).
« Je me souviens (…) de la Françoise engagée : je la vois à Sarajevo et à Sebrenica ; je la vois, à Paris, quand nous fondions l’AICF, puis dans nos manifestations pour la Bosnie ; nous étions trois pelés, deux tondus, à battre le pavé – mais Françoise, qui avait l’âge des honneurs et des considérations mandarinales, était toujours là, fidèle au petit groupe que nous formions, toute pâle, toute fragile. Il y avait de la colère chez cette Françoise. Il y avait de la révolte contre la France qui se couchait. Il y avait le souvenir inflexible des années de honte où elle s’était, elle, si bien conduite – jolie Françoise que j’imagine dans ce premier emploi d’ «agent de liaison» dans la Résistance : personnage délicieusement modianesque, petite ombre dans l’armée des ombres, efficace, obstinée. Mais il y avait aussi cette bonté. Il y avait – je veux en témoigner – ce souci de l’autre, cette compassion, cette émotion jamais en défaut face au scandale d’un visage outragé. » (Id°, p.674).


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