François-René de Chateaubriand


François-René de Chateaubriand


Ecrivain et homme politique

Les dates-clefs de François-René de Chateaubriand

4 juillet 1768 : Naissance, à Saint-Malo, du vicomte François-René de Chateaubriand, onzième et dernier enfant d’Apolline Jeanne Suzanne de Bédée et de René-Auguste de Chateaubriand, qui fut corsaire, pêcheur de morue et négrier.
1785 : François-René, qui se destinait à une carrière de marin pour se conformer à la tradition familiale, prend finalement un brevet de sous-lieutenant au régiment de Navarre. Deux ans plus tard, il sera capitaine.
1788 : Il vient à Paris, où il fréquente le milieu littéraire.
1789 : Il participe aux Etats généraux de Bretagne et assiste à la prise de la Bastille. Il prend en horreur les violences de la Révolution française.
1791 : Il s’embarque pour le Nouveau Monde où, pendant un an, il parcourra les forêts d’Amérique du Nord.
1792 : Il épouse Céleste de La Vigne-Buisson, descendante d’une famille d’armateurs de Saint-Malo. Il rejoint l’armée des émigrés à Coblence, ce qui vaut à sa jeune femme d’être arrêtée et emprisonnée. Blessé au siège de Thionville, il est rapatrié à Jersey. Fin de sa carrière militaire.
1793 : Il se réfugie à Londres où, durant sept années d’exil, il vivra très chichement.
1797 : Il publie son premier ouvrage, un essai sur les révolutions anciennes et modernes. Il y expose sa douloureuse situation d’exilé.
1800 : Retour de Chateaubriand à Paris, où il dirige Le Mercure de France. La mort de sa mère et celle d’une de ses sœurs le ramènent à la foi catholique. Il raconte, dans Atala, l’histoire d’une vierge chrétienne qui préfère mourir plutôt que de trahir sa foi en épousant un Indien.
1802 : Il publie Le Génie du christianisme, succès de librairie qui assoie sa gloire. Il rencontre le grand amour de sa vie : Madame Récamier.
1803 : Il est nommé par Bonaparte secrétaire d’ambassade à Rome.
1804 : Révulsé par l’exécution du duc d’Enghien, il démissionne de son poste. Il s’attachera dès lors à dénoncer la tyrannie napoléonienne.
1806 : Il s’embarque pour l’Orient avec sa famille. Il parcourt la Grèce, la Turquie, l’Asie Mineure, la Palestine, l’Egypte.
1811 : Il met en chantier Les Mémoires d’outre-tombe, dont la rédaction prendra trente ans. Il est élu à l’Académie française, au siège du régicide Marie-Joseph Chénier. Ayant, dans son projet de discours de réception, trop attaqué les positions de son prédécesseur, il n’aura le droit d’occuper son siège qu’à la Restauration.
1814 : Il acclame le retour des Bourbons sur le trône. Il publie son pamphlet De Bonaparte et des Bourbons. Pendant les Cent-Jours, Louis XVIII le nomme ministre de l’Intérieur. Chateaubriand rejoint le roi à Gand.
1815 : Après la chute de l’Empereur, Chateaubriand devient ministre d’Etat et pair de France.
1816 : Dans La Monarchie selon la Charte, il stigmatise la modération du gouvernement : il est rayé de la liste des ministres d’Etat. Il passe du côté des « ultras ».
1820 : Les ultras accédant au pouvoir, il est nommé ministre de France à Berlin.
1822 : Il participe, en tant que plénipotentiaire, à la décision de l’Alliance d’intervenir en Espagne où règne la guerre civile entre les troupes du gouvernement constitutionnel et celles des royalistes extrémistes. Il est nommé ministre des Affaires étrangères.
1823 : L’expédition espagnole, que Chateaubriand appellera « ma guerre d’Espagne », se conclut par la prise de la ville de Cadix.
1824 : Mécontent du rôle joué par Chateaubriand dans l’affaire d’Espagne, Villèle, le chef du gouvernement, le congédie brutalement. Passant au parti libéral, Chateaubriand devient le défenseur acharné de la liberté de la presse.
29 mai 1825 : Il dénonce l’inertie de Villèle devant l’insurrection des Grecs contre les Turcs.
7 août 1830 : Il refuse de prêter serment au roi Louis-Philippe.
1834 : Devenu orléaniste, Chateaubriand complote avec la duchesse de Berry contre Louis-Philippe. Il est arrêté, jugé, puis acquitté.
1848 :Tocqueville a raconté que, lors des journées de février, Chateaubriand, reclus, avait demandé ce qui se passait : « On lui apprit qu’on venait de renverser la monarchie de Louis-Philippe ; il dit : « C’est bien fait » et se tut. Quatre mois après, le fracas des journées de juin pénétra jusqu’à ses oreilles et il demanda encore quel était ce bruit. On lui répondit qu’on se battait dans Paris et que c’était le canon. Il fit alors de vains efforts pour se lever en disant : « Je veux y aller », puis il se tut et cette fois pour toujours, car il mourut le lendemain. » Ainsi s’en alla celui qui se disait « républicain par nature, monarchiste par raison et bourboniste par honneur ».

Les œuvres-clefs de François-René de Chateaubriand

Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes, 1797
Atala, 1801
Le Génie du christianisme, 1802
Les Martyrs, 1809
Itinéraire de Paris à Jérusalem, 1811
De Buonaparte et des Bourbons, 1814
De la monarchie selon la Charte, 1816
Les Aventures du dernier Abencérage,1826
Les Natchez,1827
Voyages en Amérique et en Italie1827
Vie de Rancé, 1844
Mémoires d’outre-tombe, posthume, 1849-1850

François-René de Chateaubriand et Bernard-Henri Lévy

Roland Barthes admirait, chez le jeune Bernard-Henri Lévy, « une manière d’écrire, de mesurer, de placer les antithèses, d’intervenir dans le texte, où il y a du Rousseau et même du Chateaubriand ». Il lui écrivit : « A des idées importantes – que l’on situera, à coup sûr, dans le champ de la politique – vous (donnez), chose rare, le grain d’une écriture ». Comment mieux dire la double ambition que Chateaubriand transmit, entre autres, à Bernard-Henri Lévy ? Double ambition que pointa également un Mauriac: « Chateaubriand et Lamartine, Benjamin Constant et Victor Hugo, pour ne nommer que les plus illustres, ont-ils perdu ou gagné à ne pas se désintéresser de leur nation et de son histoire ? (…) Aujourd’hui , l’une des œuvres les plus hautes, celle de Malraux, est née de l’engagement d’un jeune être dans ce combat spirituel et sanglant qui oppose à la fois le corps et l’esprit. Certes, une œuvre comme la sienne transforme la politique ; il n’empêche que la politique pénètre la condition humaine, au point que c’est se condamner au néant, et singulièrement pour un romancier, que de prétendre l’ignorer. » Est-ce un hasard si l’on trouve réunies ici, sous la plume de Mauriac, deux des figures tutélaires de Bernard-Henri Lévy Chateaubriand et Malraux ?

Citations de Bernard-Henri Lévy sur François-René de Chateaubriand

« Dimanche 3 avril (Céline ou Chateaubriand ?). – Dîner avec Charlie Rose et Arianna Huffington. Admettons, leur dis-je, que j’aie joué ce rôle ( le rôle du juif fauteur de guerre tel que le dénonçaient les pamphlets de Céline. NDLR). Admettons que j’aie, en effet, pesé pour aider à décider de cette guerre (de Lybie). Il y a un précédent d’un écrivain français déclenchant une guerre. Un seul. C’est un précédent énorme, évidemment. Et il n’est pas question de comparer. Mais l’intéressant est qu’il n’a rien à voir, ce cas, avec les idioties antisémites qui dégoulinent en France et aussi, il faut bien le dire, aux Etats-Unis. Ce précédent, c’est celui de Chateaubriand devenant ministre des Affaires étrangères pour déclencher la guerre d’Espagne, l’autre, la sienne, celle de 1823 et du rétablissement de Ferdinand VII sur son trône. Qu’il n’y ait pas de quoi se vanter (rendre son trône à un « petit-fils de Saint Louis » n’est pas la préfiguration rêvée pour le droit d’ingérence) est une chose. Et que les motivations de Chateaubriand (sauver les monarchies européennes, écraser le spectre de la Révolution et, au passage, gagner au finish son bras de fer avec Napoléon) ne soient pas très sympathiques, c’est évident. Mais le fait est là. Il l’a voulue, cette guerre, depuis le congrès de Vérone. Il l’a pensée comme l’une de ses œuvres. Et quand Villèle, qui est un peu le Juppé de l’époque, découvre le pot aux roses, quand il s’aperçoit que son ministre se fiche du problème de « conversion des rentes » (l’équivalent, pour l’époque, de notre problème de « dette souveraine ») sur lequel son gouvernement risque d’être mis en minorité et pour lequel il a besoin de la solidarité de tous ses ministres, il est trop tard, la guerre est finie, et celui que Maurras appellera « l’oiseau rapace et solitaire, amateur de charniers » a augmenté les Mémoires d’outre-tombe de quelques-unes de leurs meilleures pages. » (La Guerre sans l’aimer – Journal d’un écrivain au cœur du printemps libyen, pp. 166-167)


Tags : , , , , , ,

Classés dans :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>