Éric Dupond-Moretti, Marcel Campion du barreau ! par Mohamed Sifaoui

DARK

 

En l’espace d’un mois, j’ai entendu – ou lu – à quatre reprises l’avocat d’Abdelkader Merah, le désormais Marcel Campion du barreau, qualifier ses contradicteurs de « merde ». Outre ma personne, car, selon lui, ayant écrit un livre avec Abdelghani Merah, par ailleurs témoin de l’accusation, je ne méritais rien de mieux comme qualificatif, il ne cesse de viser, avec le même propos fleuri, ceux qui osent apporter une critique, non pas à ses qualités, réelles ou supposées, d’avocat, mais, en vérité, à son comportement durant le procès et en marge de celui-ci.

Le prétendu défenseur des grands principes qui, entre deux rots, fait la leçon urbi et orbi, le plus souvent devant un auditoire complaisant et acquis, car séduit par les beaux parleurs, ces fameux rhétoriciens au verbe haut, creux et vulgaire, qui, à défaut d’exposer des arguments, parlent comme des soudeurs en rut, fort, toujours plus fort, histoire de mieux compenser toutes leurs lacunes. Bref, avec la même élégance langagière, le maître en éructation a violemment invectivé publiquement au moins deux de ses confrères (parties civiles) durant le procès devant les portes du palais de justice. Les passants se demandaient s’il s’agissait d’un ivrogne en manque, d’un justiciable fraîchement condamné ou d’un jeune paumé ayant égaré son téléphone. Non ! non ! Circulez, c’est juste un ténor du barreau hystérique. Mais pas d’amalgame !

Les ténors du barreau n’ont pas tous cette posture vulgaire ni ce comportement indécent…

 Lire qu’Éric Dupond-Moretti donne aussi désormais des leçons de modestie donne envie tout simplement de rire. 

D’aucuns l’auront constaté : le bonhomme a un problème avec la défense contradictoire. Et il a cette fâcheuse tendance à se comporter comme un adolescent égocentrique et gâté ne supportant pas la frustration. On dit aussi que c’est un syndrome qui touche parfois les parvenus. Mais nous ne sommes pas là pour aider le personnage à faire sa psychanalyse. J’ai toujours pensé que ceux qui s’évertuent à saboter leur propre talent, et donc à se saborder, avaient surtout des problèmes à régler d’abord avec eux-mêmes. En effet, c’est ce qui rend son personnage tout simplement désagréable. D’ailleurs, les journalistes sont soit de son côté, nés pour l’encenser et lécher son incommensurable talent, soit ses pires ennemis. Toujours cette vie en noir et blanc !

Il est désagréable, non pas parce qu’il choisit systématiquement la polémique et refuse tout échange serein, non pas parce qu’il peut répondre sèchement à ses contradicteurs, non pas parce qu’il gueule plus que Marcel Campion. Non, le problème de ce personnage, c’est la forme. Cette propension à aller vers le vulgaire et à délaisser tout classicisme dès qu’une situation le contrarie. Il ne faut surtout pas titiller son ego. Alors, lire qu’il donne aussi désormais des leçons de modestie donne envie tout simplement de rire.

Aujourd’hui, le roi du rot et de la gesticulation s’en prend à Bernard-Henri Lévy. Et toujours dans les mêmes termes. Toujours ce même langage fleuri qui vient ponctuer le verbe constipé de notre personnage.

Alors oui, je sais que la mode – y compris chez certains journalistes – consiste à taper sur BHL. Y compris sans arguments ! C’est chic de taper sur BHL. Tout Rouletabille s’en trouverait ainsi du bon côté. En plus, les réseaux sociaux, une armada d’internautes, les trolls, les conspirationnistes, les antisémites, du soralien au dieudonniste, en passant par les islamistes, et quelques twittos aiment ça. Taper sur BHL, ça rapporte du buzz. Du clic. Taper sur BHL, c’est devenu presque un acte de résistance. Les clients de quelques avocats – dont quelques-uns de notre sujet – adorent d’ailleurs ceux qui tapent sur BHL. Et ce n’est pas nouveau. Il est devenu, malgré lui, un peu comme ces blagues indémodables qui ne font plus rire personne, mais qu’on ressort quand on n’a plus rien d’intéressant ni d’intelligent à dire.
 Une chemise ouverte et blanche, c’est quand même scandaleux ! Bienvenue dans les débats essentiels de notre époque ! 

De plus, quelque part, BHL fait partie, aux yeux de notre avocat et de certains de ses clients, des personnalités infréquentables. Et pour cause : il a soutenu les Bosniaques quand ils se faisaient massacrer dans l’indifférence, les démocrates algériens, alors découpés en morceaux par les hordes du GIA, les Libyens de Benghazi faisant face à la mitraille et à l’artillerie de Kadhafi – on ne peut pas lui pardonner ça ! –, les Kurdes résistant face à Daech, mais aussi devant les dictateurs. Bref, BHL est infréquentable parce qu’en s’engageant sur tous ces fronts – causes inconnues de notre avocat –, il oublie de boutonner sa chemise. Une chemise ouverte et blanche, c’est quand même scandaleux ! Bienvenue dans les débats essentiels de notre époque !

Cela étant dit, j’ai constaté – et ce n’est pas la première fois – que tous ceux qui n’avaient pas d’arguments à opposer à l’intellectuel avaient cette fâcheuse manie qui les amène à convoquer en majesté Botul et… toujours la fameuse chemise blanche. L’avocat peut dire ce qu’il veut, mais BHL a été, au cours de ces dernières années, de tous les vrais combats en essuyant les attaques et injures de tous les ennemis et adversaires de la démocratie. C’est vrai que l’avocat était occupé, pendant ce temps-là, à s’essayer au cinéma. C’est en raison de cet engouement pour l’écume des choses, probablement, que notre « acteur » cherche à théâtraliser toutes les situations et à transformer en spectacle, à son seul profit, y compris des histoires les plus dramatiques où des gamins de 3, 6 et 8 ans, parfois avec une tétine à la bouche, sont tués par la barbarie islamiste, dénoncée par BHL depuis plusieurs années et indirectement aujourd’hui défendue parfois, durant le procès Merah, par le maître en éructation. Oui, l’avocat est toujours partant quand il s’agit d’assister tout ce qu’il peut transformer (ou se transformer) en spectacle. D’ailleurs, même Dark Vador a eu le privilège de l’avoir comme défenseur. Oui ! Oui ! C’est très sérieux, le Marcel Campion du barreau a réussi à faire acquitter le méchant de la guerre des étoiles de toutes les charges retenues contre lui. Gratuitement ? Ce n’est pas le propos ! Gardons en tête que pour une fois, le spectacle n’était pas à la cour d’assises, mais au Grand Rex. On peut comprendre pourquoi il arrive que le forain en robe d’avocat mélange un peu les deux.

 En démocratie, même les salauds ont droit à une défense. Y compris à une défense de qualité. Mais pas gratuitement. 

Le conseil d’Abdelkader Merah – il a ce mérite – fait au moins l’effort de ne pas utiliser les mêmes « arguments » que son client. Il a eu la classe de ne pas rappeler que BHL était juif. Ouf ! L’honneur est (presque) sauf. Oui, il y a des pas qu’on ne franchit pas même lorsqu’on défend un islamiste antisémite. Parce que la mère de l’avocat n’est pas la mère d’Abdelkader. Ni la grand-mère, d’ailleurs. Celle du premier est bien différente de celle du second. Selon ses dires, elle aurait même caché des juifs durant la guerre. Oui, il y a des familles comme ça : la grand-mère cache des juifs et le petit-fils se dit fier de défendre gratuitement le mentor et l’idéologue du tueur d’enfants juifs.

Peut-être que la nervosité persistante de l’avocat tire aussi sa source de cette contradiction. Et peut-être qu’elle tient finalement aussi à son incapacité à assumer cette nouvelle image de défenseur – bénévole dit-il – d’un vrai salaud. Mais rappelons-le pour être clairs : en démocratie même les salauds ont droit à une défense. Y compris à une défense de qualité. Mais pas gratuitement en revanche. Car la gratuité déclarée et assumée n’est pas, dans ce cas, un acte de générosité ni une démarche chevaleresque, mais perçue, bel et bien, comme un acte militant et un acte de soutien en faveur du salaud. Pourquoi la gratuité d’ailleurs (aujourd’hui, l’intéressé parle d’une presque gratuité) quand on sait que les jeunes du quartier des Izard, celui des Merah – et surtout les dealers – ont fait plusieurs quêtes, dès l’arrestation d’Abdelkader, pour lui assurer une défense de qualité ? C’est la règle dans certains quartiers. Il n’y a rien de honteux à voir un avocat se faire payer des honoraires, y compris par le pire des salauds ou par les amis des pires des salauds. Ne dit-on pas que chaque peine mérite salaire ? À moins que le Marcel Campion du barreau n’ait pas voulu engorger une vieille « pompe à fric ! »

Mais retenons que l’avocat a réussi une véritable performance grâce à un jeu d’acteur assuré à travers l’espace médiatique. Dans le procès Merah, il y a 7 morts, dont 3 enfants, 2 blessés et plusieurs centaines de traumatisés. Mais on a l’impression qu’il n’y a qu’une seule et vraie victime : Éric Dupond-Moretti !

Cet avocat était respectable. Mais ça, c’était avant. Depuis qu’il exhibe sa fierté à défendre gratuitement un malfaiteur islamiste, il a choisi parfois d’avoir le même langage que son client et, à l’évidence, il s’est voulu les mêmes ennemis aussi. Et tout ça gratuitement !

BHL a, une fois de plus, joué malgré lui son rôle de révélateur. Il lui arrive de révéler des salauds ou des antisémites. Là, il a révélé un ancien secrétaire de la conférence qui a voulu se transformer en secrétaire de la scatologie !

On était prévenu : tout est jeu chez Marcel Campion !

Mohamed Sifaoui est le directeur de la rédaction du magazine « Contre-Terrorisme »

Photo : Éric Dupond-Moretti, défenseur de Dark Vador lors du procès qui s’est tenu au Grand Rex le 14 décembre 2015. Il l’avait défendu gratuitement, comme il l’a fait pour Abdelkader Merah. © Thomas Samson / AFP
 


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