Dominique Strauss-Kahn, question de principe

DSK et Anne SinclairVous nous demandez tous, la réaction de Bernard-Henri Lévy au coup de tonnerre déclenché par le New York Times révélant que les accusations contre Dominique Strauss-Kahn pourraient s’effondrer dans les heures qui viennent et se sont même, sans doute, déjà effondrées. Bernard-Henri Lévy vient de s’exprimer sur RTL. Ecoutez-le.

Mais, surtout, à vous tous qui suivez ce site, à vous tous qui suivez les prises de position de Bernard-Henri Lévy, j’ai envie de dire : relisez juste l’article qu’il publiait le 26 mai. Son deuxième article. Vous pouvez relire aussi le premier. Mais lisez surtout celui-ci, le deuxième, dont je suis sûre que Bernard-Henri Lévy  n’a, aujourd’hui, pas un mot à retrancher ou à ajouter.

Exceptionnellement je le remets, ci- après, en actualité.

Liliane Lazar

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Affaire Strauss-Kahn, question de principe

Je maintiens qu’arguer d’une épreuve qui serait « la même pour tous » est une fumisterie doublée d’une hypocrisie car il n’y a pas, pour tous, à la sortie de tous les commissariats américains, les mêmes haies de chasseurs d’images envoyant, dans le monde entier, les clichés de leur homme menotté, déjà déconsidéré – cette égalité de traitement est une illusion d’égalité, qui dissimule une iniquité.

Je maintiens qu’en donnant de Dominique Strauss-Kahn cette image avilie, puis en insistant lourdement sur son enfermement dans le quartier de la prison de Rikers Island réservé aux détenus porteurs de maladies transmissibles et en assortissant sa remise en liberté, enfin, de conditions dignes d’un chef de la mafia et, là encore, inutilement blessantes, on a fait comme s’il était déjà coupable et on a donc porté atteinte au principe, pilier de toute justice, de la présomption d’innocence.

Je maintiens que les tabloïds qui, dès la première minute et avant que l’on sache rien de sa version des faits ni même des faits tout court, ont traité Strauss-Kahn de « pervers » (Une du Daily News), se sont indignés de sa remise en liberté (New York Post : « le crapaud s’en est tiré ») et se sont fait l’écho de rumeurs invérifiées, toujours à charge et qui changeaient toutes les deux heures (départ précipité… billet acheté à la sauvette… air stressé…) se sont érigés en juges à la place des juges – ce qui est une infraction, de nouveau, aux plus élémentaires règles de droit.

Je maintiens que l’on a vu se mettre en place, autour du présumé innocent Strauss-Kahn, un tribunal de l’Opinion qui, contrairement à l’autre, ne s’embarrasse ni d’indices, ni de preuves, ni de témoignages contradictoires – et je maintiens qu’il est trop bruyant, ce tribunal, trop spectaculaire, trop puissant, pour ne pas exercer, le moment venu, une terrible influence sur l’autre, le vrai, celui qui s’attachera à établir les faits, rien que les faits : les Etats-Unis redoutent et sanctionnent, à juste titre, les pressions sur les témoins ; que dire de cette autre pression, non moins délictueuse, qu’exercent, sur les juges, les procureurs autoproclamés de la presse à scandale et, hélas, dans la foulée, de la presse en général ?

Je maintiens que participent de la même logique de pression sur la justice les mots qui sont employés et qui font dire, par exemple, « la victime » au lieu de « la présumée victime » quand on parle d’une jeune femme dont on ne sait rien puisque la police – c’est déjà ça ! – préserve son anonymat et dont tout le travail des avocats, puis du tribunal, sera de valider ou non l’accusation : si vraiment cette jeune femme est déjà « la » victime, alors Strauss-Kahn est déjà « le » coupable, et cela signifie que la messe est dite, qu’il n’y plus besoin de grand jury – ou plutôt si, mais pour la forme, comme chambre d’enregistrement de ce que la meute aura décidé.

Je précise au passage, à l’intention de celles et ceux qui semblent croire que la lutte contre la banalisation du viol passe par la pulvérisation des droits de la défense, que je tiens le viol, et la tentative de viol, pour des crimes ; que la présumée victime aura droit, si le crime est avéré, non seulement à cette « compassion » qu’invoquent, soudain, en boucle, les démagogues espérant se mettre en règle avec la toute puissante Opinion, mais à une réparation doublée, pour le coupable, d’un châtiment ; mais je maintiens : primo que, pour le moment, tant que la justice n’a pas fini son travail de reconstitution, confrontation, vérification des points de vue, « la » victime n’est qu’une présumée victime – et, secundo, que, dans l’hypothèse où le supposé coupable apparaîtrait finalement innocent, il serait, lui, pour le coup, et sans réparation possible, la victime de toute l’affaire.

Je maintiens que ceux qui s’étonnent que l’on ne prenne pas, par principe, le parti de la « femme pauvre et immigrée » contre l’« homme blanc, riche et arrogant » censé l’avoir violée, sont en train de réinventer une justice de classe à l’envers – non plus, comme autrefois : « salauds de pauvres, les riches ont toujours raison » mais : « salauds de riches, c’est la parole des pauvres qui est sacrée ». Ce préjugé-ci est aussi révoltant, ni plus ni moins, que le précédent ; ce renversement rappelle, en France au moins, la tristement célèbre affaire de Bruay-en-Artois où l’on vit, au début des années 1970, un notaire décrété coupable, parce que bourgeois, d’un crime dont on s’avisa ensuite, une fois le vent d’hystérie tombé et sa vie ruinée, qu’il ne l’avait, en réalité, pas commis ; et il fait, ce rappel, froid dans le dos.

Je maintiens qu’il n’y a, dès lors, et plus que jamais, qu’une urgence face à ce drame : faire taire les braillards ; protéger l’inculpé avec le même scrupule – mais comme on en est loin ! – que la présumée victime ; dénoncer cette curée, cet hallali, qui sont comme une peine anticipée et dont on découvre, tous les jours, comme dans une mauvaise téléréalité, une nouvelle péripétie (il y a quelques heures encore, cet hôtel, puis ce campus d’université, refusant d’accueillir Strauss-Kahn le paria et Sinclair la pestiférée) ; et laisser donc la justice faire, sereinement, son travail de vérité.

Dominique Strauss-Kahn est mon ami. Mais ce n’est pas l’ami que je défends : c’est un principe.

Bernard-Henri Lévy

(le Point du 26 mai 2011)

Photo : Dominique Strauss Kahn et Anne Sinclair arrivant au tribunal pénal de Manhattan le 6 juin (AFP, Stan Honda)


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6 commentaires

  • Elie dit :

    J’espère que dans Lepoint de la semaine prochaine vous réserverez quelques lignes à Bernard Debré afin qu’il paie le fait de « s’etre vautré dans le mensonge et la diffamation à l’égard de DSK.

  • ma dit :

    cet article m’avait émue,pcq j’ai profondément appréciée l’attitude de grand philosophe de BHL par rapport á cette terrible histoire d’injustice, sordide et fortement stéréotypée. BHL nous a démontré q la philosophie ce n’est pas seulement un moment intellectuel mais un engagement d’un homme envers un autre, c’est un mouvement envers l’humanité de ceux en qui on croit. je le félicite encore auj d’avoir eu ce courage q bcp ne l’ont pas eu au moment où DSK a eu besoin. de mon côté et en tant q femme féministe je fus plusieurs fois agressée verbalement parce q je défendais DSK et me posais des questions évidentes sur cette affaire…
    j’espère q le cauchemar s’arrête là cet après-midi, auj, pour DSK et sa famille et ses amis
    et mes félicitations encore une fois á BHL : votre geste fut une leçon de philosophie

  • Odile Martinez dit :

    Mon mari et moi-même sommes très très heureux d’apprendre cette excellente nouvelle aujourd’hui. Nous n’avons jamais douté de la crédibilité des affirmations de DSK et de son épouse et espérons de tout notre coeur qu’il retrouvera très bientôt sa dignité d’homme et que Anne Sinclair et sa famille vivent enfin le bonheur qu’ils méritent, après cette terrible épreuve.

  • Nina dit :

    Bonjour
    Oui monsieur Levy vous aviez enfin nous avions raison , et vous pouvez pas savoir comme je suis contente , ces derniers jous ja m’acharnais sur ces medias americain , et enfin presque libre , je souhaite qu’il puisse rentré rapidement en France , je ne suis pas socialiste ou de quel que parrtie que ce soit je soutiens l’homme, mais je le verrais bien quand meme ce présenter , je sais c’est un peut tot , mais je pense qu’il en a le droit et je suis sur qu’il pourrait apporté beaucoup au pays

    Bravo Monsieur Levy restez tel que vous etes avec vos convictions ne changez rien
    Nina

  • Daniel Borja dit :

    Une fois de plus, les événements démontrent – et de manière magistrale ! – que BHL avait raison, parfois bien seul contre la meute hurlante. Oui, les principes (les grands principes) doivent être les balises qui guident nos vies. Merci de nous le rappeler.

  • samuel dit :

    Bravo pour votre courage, et pour votre justesse,

    J’aimerai qu’il revienne dans la course à la présidentielle, dans l’intérêt général du pays,
    le porter sur le toit du monde,
    cet homme brillant, visionnaire, progressiste,
    si intelligent,
    avec ses faiblesses, certes, comme tout un chacun,
    J’aimerai qu’il revienne,
    pensées égoistes, pour le bonheur de tous nos proches, de nos enfants,

    N’oublions pas qu’à l’inverse de tous les autres hommes et femmes politiques,
    DSK n’a pas besoin d’un parti,
    Enfin, une pensée pour l’animateur Laurent Ruquier, drôle avant l’heure…

    Attendons encore quelques jours, et je suis convaincu d’un retour triomphal du couple Anne Sainclair & DSK

    J’aimerai qu’ils empruntent le chemin de l’Elysée,
    parceque je suis les gens, je suis le français des 57%, je suis celui qui croyait et qui croit encore au champion des sondages, parce que son talent mérite la présidence,
    Quelque soit sa décision,
    Quelque soit son chemin,
    Cet homme est libre,
    Dominique Strauss Kahn est libre,
    et bientôt, son retour sur un aéroport français sera célébré comme jamais auparavant.

    Enfin, merci à vous BHl pour votre liberté de penser, et pour l’espoir que vous avez relayé, aux frontières des convictions de chacun, au-delà des doutes,

    le prolongement de vote amitié

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