Covid 19 : « Je crains les valeurs européennes ne reculent et que la Chine instrumentalise la crise pour faire avancer ses ambitions planétaires » (The Spectator)

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Bernard-Henri Lévy est un homme hanté. Le philosophe français, qui m’a parlé de Paris, m’a confié qu’à 20 ans, en 1968, une pandémie de grippe a éclaté à travers le monde, tuant environ un million de personnes. « C’était au moins aussi grave que la pandémie d’aujourd’hui, mais sans la même réaction. »
Il voit notre réponse au coronavirus de deux manières, positive et négative. « C’est une bonne nouvelle que notre respect de la vie ait augmenté et que nous voulons avant tout sauver la vie. » Il appelle cela « un progrès indéniable pour la civilisation. Et pour cela, nous devons être vraiment heureux ».
Mais l’inconvénient est «la réaction excessive, le type d’hystérie collective qui entoure ce phénomène». Le premier impact a été d’ordre géopolitique. «Les grands événements sont complètement supprimés de nos écrans mentaux. Je ne sais pas ce qui se passe en Syrie ou chez les chrétiens du Nigeria. La destruction d’Idlib me préoccupe autant aujourd’hui [qu’avant]. Mais je me sens un peu seul à ce sujet. Toutes ces terribles tragédies ont disparu de nos écrans. »
Il craint que les valeurs européennes ne reculent et que la Chine instrumentalise la crise pour faire avancer ses ambitions planétaires .
« Un plan pour devenir le Power Number One. » Cette peur se cristallise dans un aphorisme: « Quand les démocrates s’en moquent, les despotes s’en soucient. »
Il pense que les groupes d’intérêt veulent nous inciter à croire que le virus est un agent politique avec un manifeste. « Comme si le virus avait une intention, comme s’il aidait à créer une nouvelle société. »
Il puise les preuves de ces sophistications à travers tout le spectre politique. «J’entends des Américains d’extrême droite qui disent:« le virus est un émissaire de Dieu envoyé pour mettre de l’ordre dans la société ». Et les Verts et les anti-mondialistes sont également coupables de suggérer que le virus a été «envoyé par un dieu séculier» pour promouvoir leurs intérêts.
Pour lui, cette rhétorique est «stupide, dégoûtante et dangereuse». Pourquoi stupide? «Un virus ne calcule pas. Il n’y a aucune intelligence dans un virus. Il n’ya rien de plus aveugle qu’un virus. »
Pourquoi dégoûtant? «Parce que cette façon de moraliser une tragédie est dégoûtante. Je vois toutes ces forces essayer de profiter de la pandémie, essayer de pousser leur agenda, pour dire que cette pandémie prouve quelque chose. Cela me fait peur. »
Il est préoccupé par le fait que la profession médicale a été sanctifiée sans son consentement. «Nous devons laisser les médecins et les infirmières faire ce qu’ils font, c’est-à-dire combattre le virus avec un grand héroïsme, sans mettre sur leurs épaules un esprit historique dont ils ne veulent pas. Et ceux qui sont malades n’en ont pas besoin non plus. »
Mais il craint davantage que l’État n’utilise le virus pour accroître ses pouvoirs de surveillance. « Nous savons tous que le suivi des applications, si cela se produit, doit être fait avec beaucoup de soin car c’est très dangereux. »
S’il est optimiste, cela vient du fait que les virus disparaissent également. Il cite la maladie de la transpiration « sweating sickness » ou « Sudor anglicised » , qui s’est propagée à Tudor en Angleterre au XVIe siècle et s’est résorbée naturellement sans intervention scientifique. «Je n’ai jamais oublié qu’une pandémie fait partie de l’histoire humaine, elle fait partie de la tragédie de l’histoire humaine. Ce n’est rien de nouveau. »
Il a terminé notre conversation sur une note de stoïcisme teintée de colère. «Ceux qui sont morts – 17 000 en France, 13 000 en Angleterre – dans chaque cas une tragédie humaine.
Mais bas les pattes ces hommes et ces femmes qui tentent d’annexer ces souffrances à leurs saloperies politiques et idéologiques.
Bernard-Henri Lévy sera en conversation ce soir à 19.30 heure française , interviewé par Bryan Appleyard du Sunday Times, dans le cadre de REPOST! les nouveaux séminaires en ligne et en direct lancé par le think tank the Hexagon Society.
Tous les profits seront réversés au National Trust Emergencies pour aider les victimes du Coronavirus.

 


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