Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Son actualité

Cinq bonnes raisons de dévorer le dernier BHL (Atlantico, le 8 novembre 2011, article de MRY)

La Guerre sans l’aimer

logo atlanticoJ’ai lu le livre de Bernard-Henri Lévy, « La Guerre sans l’aimer » (Grasset, le 9 novembre). Il est passionnant pour cinq raisons.

1. C’est un page-turner, un polar, un mélange de John Le Carré et des Trois Mousquetaires. On va d’un dialogue surréel avec un aviateur de l’Otan qui menace de bombarder en route, par mer, vers Misrata à une rencontre à Paris avec Jean-François Copé ou des intellectuels syriens. On va d’une scène de guerre à une réunion nocturne à l’Elysée avec le Général Younès ramené par le philosophe à la chemise blanche dans son avion personnel. On découvre des portraits de feu Kadhafi et de son fils Sayf jamais lus ailleurs. C’est palpitant, c’est drôle, c’est inattendu, c’est bondissant, c’est bourré de rebondissements. Rien de philosophique, totalement accessible à tous.

2. C’est la première fois, à ma connaissance, qu’on nous permet de plonger ainsi dans les coulisses du pouvoir et même dans les coulisses du pouvoir par excellence qu’est le pouvoir militaire. Je ne vais pas entrer dans le détail car les récits valent le coup et ce serait dommage de vous priver du plaisir romanesque de la découverte. Mais, vous êtes dans la Control Room. Les décisions stratégiques et tactiques, les secrets d’Etat, vus de l’intérieur. On voit Sarkozy dialoguer avec Obama. On le voit dire de Silvio Berlusconi: « c’est à se demander s’il a encore un cerveau ». Mais, surtout, on est aux premières loges de la première vraie guerre menée par la France depuis 1940. En général, on attend 50 ans pour avoir ce genre d’Inside. Là, la position de témoin privilégié de BHL fait qu’on les a presque tout de suite.

3. Bernard-Henri Lévy a tous les défauts du monde, mais il est honnête. Je veux dire par là que, tout en étant de gauche, tout en ayant fait campagne pour Royal et en s’apprêtant à faire campagne pour Hollande, il est honnête avec Nicolas Sarkozy et même empathique. Il raconte le chef de guerre, ses doutes, ses décisions. Il dit comment, contrairement à Giscard selon le mot fameux de Raymond Aron, il a le sens de l’Histoire tragique. Un Nicolas Sarkozy complexe. Un Nicolas Sarkozy inattendu. Un Nicolas Sarkozy aussi loin des partis pris de ses adversaires. Que ce portrait vienne d’un adversaire politique est un bon signe pour la démocratie.

4. Ce livre raconte une incroyable aventure humaine, celle de ce philosophe romantique lui-même aux prises avec les tumultes de l’Histoire. Lévy a toujours aimé les guerres. A 20 ans, il répondait à l’appel d’André Malraux, l’un de ses modèles, pour voler au secours du Bangladesh, massacré par l’armée pakistanaise. A 40 ans, il tournait un film dans les tranchées de la guerre de Bosnie. Puis, on le retrouve aux côtés du Commandant Massoud, dans le Panchir. Là, aujourd’hui, il est sur les lignes de front de Libye, dans les tranchées encore. Il cite ses modèles qui sont les grands écrivains gaullistes et aviateurs, Romain Gary et André Malraux.

5. Et puis enfin, au-delà des révélations du livre sur la machine politique et la machine de guerre française, au-delà de la relation des nombreux entretiens avec le Président français et des révélations qui s’ensuivent, au-delà également du récit au jour le jour des évènements militaro-politiques en Libye, l’intérêt de cet ouvrage est le suivant : Pour la première fois dans la très longue histoire du rapport des intellectuels français au pouvoir politique, un intellectuel et un chef d’Etat ont eu partie liée. Ils ont fait œuvre commune, pour une action commune qui n’était rien de moins qu’une guerre ! La chose est absolument sans précédent dans les annales de l’histoire intellectuelle française, que ce soit pendant la guerre d’Espagne, la guerre d’Algérie ou les années Mitterrand. D’habitude, les intellectuels étaient des résistants contre les pouvoirs en place et contre leurs dérives (de Munich à la torture en Algérie et à l’abandon à Staline de l’Europe captive). Là, le renversement est de taille. Après Mitterrand refusant d’intervenir en Bosnie, après Chirac ne recevant pas Massoud, Sarkozy et BHL ont fait guerre « ensemble », en vue du renversement d’une dictature. Cette alliance-là, ce mélange de l’eau et du feu, est, aussi, sans précédent.

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