Charles Péguy

Charles Péguy


Poète, essayiste, journaliste et éditeur français

Les dates-clefs de Charles Péguy

7 janvier 1873 : Naissance à Orléans.
1879-1885 :Etudes primaires à l’annexe de l’Ecole normale d’instituteurs du Loiret, puis à l’école professionnelle. Péguy suit dans le même temps les cours de catéchisme de l’abbé Cornet, chanoine de la cathédrale d’Orléans.
1891-1894 : Ayant obtenu son baccalauréat, il prépare le concours d’entrée à l’Ecole normale au lycée Lakanal, à Sceaux, puis au collège Sainte Barbe. Il abandonne toute pratique religieuse. Il est reçu à l’ENS le 31 juillet 1894. En octobre, le capitaine Dreyfus est arrêté pour trahison. Révolté par l’antisémitisme ambiant, Péguy se joindra dès le début de l’Affaire au mouvement dreyfusiste. Il signera ensuite tous les appels de L’Aurore pour un procès en réhabilitation. Socialiste convaincu, il est par ailleurs décidé, comme il l’écrit à son ami Paul Collier, à « faire l’émeute » contre une bourgeoisie gouvernementale alliée « à toutes les forces d’oppression dites conservatrices : les Eglises, la banque, la grande industrie, le haut commerce, les armées ».
1897 : La librairie de La Revue socialiste publie, le 15 août, sa profession de foi intitulée De la cité socialiste. Péguy se reprochera plus tard d’avoir adhéré à la théorie d’un progrès linéaire issu de la révolution sociale. En décembre, publication, également à la librairie de La Revue socialiste, de sa première pièce, violemment anticléricale et antimilitariste : Jeanne d’Arc.
1898 : Il est l’un des fondateurs de la librairie socialiste Bellais, qui servira de quartier-général au parti dreyfusiste.
1900 Suite à la quasi-faillite de la librairie Belais, il se sépare de ses associés Lucien Herr et Léon Blum ; passe à l’anarchisante Revue blanche, où ses articles critiques sur le parti socialiste sont censurés ; fonde Les Cahiers de la Quinzaine. Ces Cahiers, qui perdureront quatorze années, publieront, outre Péguy lui-même, Bergson (Introduction à la métaphysique), Romain Rolland, Anatole France, André Suarès, Julien Benda, Daniel Halévy, Bernard Lazare, etc…. La cause arménienne y sera défendue dès les massacres pré-génocidaires.
1902 : Péguy s’oppose à la réforme scolaire.
1907-1908 : Il revient au catholicisme, c’est-à-dire à la nature créée par Dieu, à la dignité du travail et de la famille (« Le père de famille, aventurier du monde moderne »), à la patrie, à la foi en une république généreuse et ouverte.
1913 : Après avoir soutenu Jaurès, il le renie pour son pacifisme : « Dès la déclaration de guerre, la première chose que nous ferons sera de fusiller Jaurès. »
1914 : Lieutenant de réserve, il part en campagne en août, dès la mobilisation. Il quitte son amie Madame Favre en lui confiant : « Je pars soldat de la République, pour le désarmement général et la dernière des guerres. » De ses hommes de la 19ème compagnie, il dit : « Avec eux, on va refaire 93 ! ». La veille de la bataille de la Marne, il est tué d’une balle dans le front. Il avait écrit, dans La Chanson du roi Dagobert : «  La mort frontale / au front touchera, / Mort pariétale/ Au crâne luira.»

Les œuvres-clefs de Charles Péguy

Premier article dans La Revue socialiste et première pièce (Jeanne d’Arc), 1897
Notre patrie, essai, 1905
Le  Mystère de la charité de Jeanne d’Arc, théâtre, 1910
Notre jeunesse, souvenirs, 1910
Le Porche du mystère de la deuxième vertu, poésie, 1912
L’Argent, essai, 1913
La Tapisserie de Sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc, poésie, 1913
La Tapisserie de Notre-Dame, poésie, 1913
Eve, poésie, 1913
Note sur M. Bergson et la philosophie bergsonienne, philosophie, 1914
Note sur M. Descartes et la philosophie cartésienne, philosophie, posthume, 1914
Clio, dialogue de l’histoire et de l’âme païenne, essai, posthume, 1931
L’Argent 2, essai, posthume, 1932
Véronique, dialogue de l’histoire et de l’âme charnelle, essai, posthume, 1972
Œuvres poétiques complètes, posthume, Bibliothèque de la Pléiade, 1975
La Chanson du roi Dagobert, poésie, posthume, 1985
Œuvres en prose complètes, posthume, trois volumes, Bibliothèque de la Pléiade, 1987-1988-1992

Charles Péguy et Bernard-Henri Lévy

« Bernard-Henri Lévy n’aime pas Péguy », note son biographe Philippe Boggio. Il faut distinguer de quel Péguy on parle. Car il y a au moins deux Péguy. Il y a d’abord le Péguy qui fut à l’avant-garde du mouvement dreyfusiste. Ce Péguy-là, BHL en respecte la fougue : il sait que ce sont Bernard Lazare, Lucien Herr,  Emile Zola et Péguy qui, assumant une « injure » que Barrès leur avait adressée, ont revendiqué le beau nom d’ « intellectuels ». En revanche, BHL n’apprécie guère, pour ne pas dire plus, le second Péguy, le socialiste révolutionnaire et contempteur de la modernité, le patriote délirant et nationaliste exacerbé, celui qui fit la guerre « en l’aimant », tel un Montherlant ou un Drieu et à la différence d’un Malraux, celui, enfin, qui exprima à quel point il  désirait son destin sacrificiel dans des vers aussi prémonitoires que discutables : « Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle/ Mais pourvu que ce soit dans une juste guerre ! » (Eve). Qu’est-ce qu’une guerre juste?. Au bout du compte, il faut tout de même entendre Philippe Boggio lorsqu’il conclut sur BHL, après avoir évoqué son soutien à Roman Polanski : « Il a gagné. Son combat néo-dreyfusard a payé. Lui qui n’aime pas Péguy n’a jamais été aussi proche de ce Péguy tant détesté que dans cette façon de s’emparer du cas d’un homme et de voir, à l’aune de ce cas, toutes les injustices, toutes les folies d’une société. »

Citations de Bernard-Henri Lévy sur Charles Péguy

« (Après leur victoire, les dreyfusards eux-mêmes,) ces militants fraternels, ardents, qui ont lutté au coude à coude pour la défense de leur martyr, commencent, maintenant qu’ils ont gagné, de retrouver leurs motifs de discorde et se livrent, à leur tour, la plus impitoyable des polémiques.

D’un côté, en effet, les bourgeois. Ou plutôt les embourgeoisés. (…) Tous ceux, autrement dit, dont le bon choix dreyfusard a fini par servir la carrière et qui règnent sur la Sorbonne en même temps que sur une République qui ne volera pas son nom de « République des Professeurs ».

De l’autre côté, les intraitables, les insoumis, tous ceux qui, comme (…) Charles Péguy dans sa boutique, enragent de voir la belle mystique dreyfusarde se dégrader en politique, et entendent maintenir, eux, la flamme des débuts. Le malheur étant que, emportés par leur rage, entraînés par cette haine pour leurs anciens camarades devenus les maîtres du pays, ils se laissent aller à parler comme leurs ennemis d’hier, Maurice Barrès en tête. A bas la démocratie ! dit maintenant Péguy. A bas le suffrage universel ! Vive l’énergie nationale! Vive l’instinct de la race ! Vive le tambour français ! Vive les canons français, fins et maigres comme des adolescents français ! Vive la guerre qui est devenue l’espérance de tous les vrais Français ! Pauvre Péguy, pauvre lieutenant Péguy qui y part, en effet, à la guerre, comme Apollinaire, la fleur au fusil, persuadé – c’est toujours lui qui parle – que « la première gloire est vraiment la gloire de la guerre ». Le voici dans la boue maintenant. Le voici sous ce feu que, dans sa démence nationale et guerrière, il avait égalé de ses vœux. Le voici exposé, à la tête de sa petite compagnie. Le voici par un après-midi de septembre dans cette plaine de la Brie, si peu semblable, s’en rend-il compte, à ces champs de blé brûlé dont il rêvait, et où s’illustraient jadis les soldats de l’ancienne France… » ( Dans la série télévisée Les Aventures de la liberté, cet extrait du commentaire écrit et dit par Bernard-Henri Lévy précède une brève évocation de la mort de Charles Péguy, tombé au champ d’honneur.)


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