C'est officiel | Houellebecq et BHL, proclamés «ennemis publics»

C'est officiel | Houellebecq et BHL, proclamés «ennemis publics» Idées noires et chemises blanches, ils signent un hold-up littéraire.

Ennemis Publics. C’est le coup éditorial de la rentrée. Un livre à quatre mains signé Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy et concocté dans le plus grand secret. On pensait à Carla Bruni-Sarkozy ou Frédéric Beigbeder. C’est finalement l’écrivain désabusé et l’intellectuel propre sur lui qui rejouent les liaisons dangereuses et livrent quelques confidences… Possibilité d’une idylle ou relations (à particules) élémentaires?

Du point de vue du marketing, c’est une première. Depuis des semaines, la publication annoncée d’un livre tiré à 150 000 exemplaires, dont on ne connaissait ni le titre ni les auteurs, agitait le sérail de l’édition. Jusqu’à ce que Fammarion Grasset ne révèle mi-septembre la composition du mystérieux tandem: Michel Houellebecq, romancier provocateur, nihiliste, convaincu que tout le monde lui en veut, et Bernard-Henri Lévy, philosophe à la mèche impeccable, attaqué, dit-il, «comme peu d’écrivains le sont».

A priori, tout les oppose. BHL, alias Monsieur Arielle Dombasle, grand bourgeois défenseur des droits de l’homme. Houellebecq, l’apôtre du désastre qui revendique ses origines prolétariennes. Mais les «ennemis publics» autoproclamés se révèlent complices en privé et ces six mois de correspondance, échangée de janvier à juin 2008, ne manquent ni d’émotion, ni de sincérité.
Le duo joue les têtes de Turcs: «Pourquoi nous ?» «Pourquoi tant de haine?» «Tout, comme on dit, nous sépare – à l’exception d’un point, fondamental: nous sommes l’un comme l’autre des individus assez méprisables», écrit Houellebecq.
L’exercice serait vite grotesque si les auteurs ne livraient rapidement quelques confidences, des souvenirs d’enfance, pour éclairer leurs personnalités. BHL, endurci sur «ce champ de bataille qu’est concrètement, dans le détail, la scène littéraire ou philosophique». Houellebecq, fragile, facilement blessé, qui s’emporte bassement contre les «cloportes», les «micro-parasites» (tous journalistes connus) qui l’attaquent.
Les plus belles pages sont celles qu’ils consacrent à leurs pères respectifs. Deux hommes «en retrait», qui préféraient rester dans l’ombre, et dont les fils râlent aujourd’hui contre les retours de flamme d’une notoriété qu’ils ont passionnément cherchée.
Quand les duettistes prennent la plume, l’échange prend forcément une tournure philosophique et chacun y va de ses références littéraires (Flaubert, Baudelaire, Malraux, Romain Gary…). La posture des écrivains maudits s’effrite rapidement et laisse place au dialogue de deux érudits, parmi les rares intellectuels français du moment prisés à l’étranger.
Un livre qui, comme le note Houellebecq, parle aussi de l’époque: «Lorsqu’un pays est fort, et sûr de lui même, il accepte sans broncher de la part de ses écrivains n’importe quelle dose de pessimisme. La France des années 1950 supportait sans broncher des gens comme Camus, Sartre, Ionesco ou Beckett. La France des années 2000 a déjà du mal à supporter des gens comme moi».
Un style réaliste, donc.

Ennemis Publics, Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy, Flammarion Grasset, 330 pages, 20 euros
Disponible à partir du 8 octobre 2008


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