Bernard-Henri Lévy: «S’il y a un choc en Europe, c’est entre nationalistes et libéraux de droite comme de gauche» (L’Opinion)

SARAJEVO

Au sortir d’une campagne menée dans toute l’Europe contre les populistes, le philosophe Bernard-Henri Lévy mise aujourd’hui sur le réveil d’une majorité silencieuse qui veut avancer vers une Europe plus intégrée.

Commencée le 5 mars à Milan, la tournée de Bernard-Henri Lévy et de son spectacle « Looking for Europe » qui l’a vu se rendre dans toutes les grandes villes du « vieux continent ​» touche à sa fin. Lundi et mardi, le philosophe se produira au théâtre Saint-Antoine, à Paris, avant de terminer son périple à Londres le 22 mai. C’est-à-dire à la veille du jour où les Britanniques devront finalement se rendre aux urnes pour les élections européennes en dépit de leur vote en faveur du Brexit.

Au sortir d’une campagne contre les populistes, menée depuis plus de deux mois sur le terrain, le philosophe Bernard-Henri Lévy en dresse le bilan pour l’Opinion.

Que tirez-vous de cette expérience ?

L’accueil a été très généreux dans toutes les salles où j’ai dit et performé ce texte. J’ai senti, chaque fois, dans le public, une vraie envie de se battre. Le grand parti européen des Européens de cœur et de conviction est bien plus important qu’on ne le pense ! C’est une majorité silencieuse, intimidée peut-être par les braillards populistes, mais qui n’attend qu’une occasion pour s’exprimer. Je sors de cette tournée plus optimiste que je ne l’étais au départ.

 Résumeriez-vous la situation européenne comme Emmanuel Macron à un choc entre nationalistes et progressistes ?
Je n’utiliserai pas ces mots. Mais on assiste, en effet, à un choc entre deux blocs. Les nationalistes ne sont pas seulement nationalistes mais aussi souverainistes et parfois fascisants, comme le nouvel ami estonien de Madame Le Pen. Il y a là une vraie famille politique qui est en train de s’organiser et de faire campagne. Et il y a, en face, une force, non pas progressiste, mais libérale. Oui, je sais que le mot libéral est devenu mal famé et qu’on ose à peine le prononcer. Mais c’est pourtant un beau mot. Et c’est, surtout, la réalité. Des libéraux de gauche comme de droite qui croient à la liberté politique et économique ainsi qu’à la nécessité, pour leur pays, de continuer à jouer un rôle dans l’histoire – voilà ce qui s’oppose au populisme galopant. Au fond, qu’est-ce qu’être Européen aujourd’hui ? C’est refuser de devenir esclave des Chinois. C’est résister à l’impérialisme poutinien. C’est se défendre contre l’islamisme radical. Et c’est avoir compris que, pour se défendre contre ces empires-là, la meilleure solution est d’avancer fortement vers une Europe plus intégrée.
Vous avez rencontré tous les leaders de la droite populiste, que cela soit l’Autrichien Sebastian Kurz, le Hongrois Viktor Orban ou le Tchèque Andrej Babis. Quel effet vous ont-ils fait ?
J’ai l’impression, hélas, que pire de tous c’est Madame Le Pen ! Elle embarrasse même certains d’entre eux comme Viktor Orban. Nous avons avec le Rassemblement National l’un des partis populistes les moins fréquentables.
Les autres vous paraissent plus ouverts ?
Non. La ligne politique, le cynisme ne sont pas moindres. Mais peut-être sont-ils idéologiquement moins construits. Viktor Orban, par exemple, est un autocrate. Mais ce n’est pas un fasciste. Andrej Babis est une caricature de populiste avec sa haine de l’intelligence, son mépris de la démocratie, de la loi et de ses règles, mais ce n’est pas non plus un fasciste. Et c’est la même chose pour Sebastian Kurz ou Volodymir Zelinski : ce sont des vrais populistes, avec la jeunesse en plus, mais ils n’ont pas la violence des Le Pen. D’ailleurs la jeunesse… C’est encore une autre histoire. Il y a deux manières d’être jeune en politique. Il y a ceux qui ont de la mémoire – c’est Macron. Et ceux qui n’en ont pas – c’est Kurz.
Comment jugez-vous le débat européen en France ?
Je suis content que la campagne ait enfin démarré. Il était temps. Car je me sentais un peu seul du côté des pro-Européens ! L’, elle, a commencé depuis longtemps. J’ai d’ailleurs passé mon temps, dans ce périple, à croiser les Le Pen, Salvini ou Bannon. Mais les libéraux étaient aux abonnés absents. Jusqu’aujourd’hui. Nathalie Loiseau et François-Xavier Bellamy font une belle campagne. Et Raphaël Glucksmann retrouve des accents de son père. Il était temps.

Classés dans :, ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>