BHL sans masque – Entretien de B. H. Lévy avec J. Vebret – Le Magazine des livres Mars 2010 (Extrait)

MdL5-couv(V5) (Page 1)Je ne connaissais pas Le Magazine des Livres dont mes amis parisiens me disent qu’il est un magazine de haut niveau qui se situe quelque part entre Lire et Le Magazine Littéraire. Mais je dois dire que je suis heureuse de le découvrir et de le faire découvrir à ceux des familiers de ce site qui, comme moi, ne le connaitraient pas non plus. Tout y est passionnant,  depuis le  » noir génie d’Alexandre Dumas  »  jusqu’au  » Valéry dans tous ses états  » en passant par  l’enquête sur le plagiat ou la série de « bonnes feuilles » dont l’éclectisme témoigne d’une ouverture d’esprit qui se fait rare dans un Paris balkanisé en chapelles et en sectes rivales. Mais ce qui nous intéresse, ici, le plus c’est évidemment l’ensemble sur Bernard-Henri Lévy. Cet ensemble (qui fait la couverture du magazine) est constitué, d’abord, d’un long entretien, sans complaisance ni compromis, avec le directeur, Joseph Vebret, qui m’a confié un petit texte où il s’explique sur sa rencontre avec l’auteur de « De la Guerre en philosophie » ; et puis, ensuite, d’un long texte de Fred Vargas où celle-ci, généralement avare de ses apparitions médiatiques, nous parle de son lien avec BHL noué dans le feu de l’affaire Battisti. Pour toutes ces raisons j’invite instamment mes lecteurs à se plonger dans ce magazine et, comme moi, à apprendre à le connaître. Il est disponible dans tous les kiosques. Bonne lecture !
Liliane Lazar
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« Qu’un intellectuel se fasse piéger par un canular éventé aurait presque tendance à me le rendre sympathique ; à montrer qu’un philosophe n’est finalement qu’un homme comme les autres, avec ses faiblesses, ses défauts, ses qualités, cette part d’intime, de secret, de non-dit qui lui permet aussi d’appréhender et d’expliquer le monde. Rien de plus normal que les médias s’emparent de « l’affaire » pour stigmatiser l’ouvrage renfermant vers la fin cinq lignes coupables de faire référence à un auteur qui n’existe pas – ou qui plutôt existe à travers un autre, car quoi qu’on en dise, Botul existe, au même titre qu’Émile Ajar et même Don Juan, Emma Bovary ou Lafcadio, auxquels on a fait dire beaucoup de choses sans pour autant que cela déclenche une telle réaction en chaine.

Loin de moi l’idée de voler au secours de Bernard-Henri Lévy ; il a les moyens de se défendre seul. Mais simplement constater le systématisme des attaques depuis trois décennies, la part de mauvaise foi qui accompagne parfois, souvent, l’hallali, la forme vilipendée au détriment du fond, et, comme le souligne fort justement Josyane Savigneau dans Le Monde du 16 février 2010 (dont le titre résume à la fois la situation et le personnage : « BHL contre Bernard-Henri Lévy »), « la manière dont on se saisit de telle ou telle erreur pour invalider tout le travail et toute la pensée de quelqu’un ». Ou encore, comme le dit Bernard-Henri Lévy, cette « volonté de ne pas lire les livres », cette « haine de la pensée ». Que l’on déteste, ou que l’on adhère à la démarche de BHL, force est de constater chez certains une volonté de faire comme si ses livres n’existaient pas.

Parce qu’il est aussi un écrivain en quête de sens à travers la littérature (lire à ce sujet son approche de Romain Gary dans Pièces d’identité, recueil de textes passé à la trappe dans la déferlante Botul), et dans ma propre quête de sens à travers l’acte fondateur du désir et du besoin d’écrire chez les écrivains, j’ai eu à cœur de m’éloigner des revues de presse pour approcher l’homme en direct, poser mes propres questions, forger ma propre opinion. Et voici le résultat. »

Joseph Vebret – Le magazine des Livres

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Extrait de l’entretien de Bernard-Henri Lévy et de Joseph Vebret.

Mise en ligne intégrale prévue le 15 avril 2010

Bernard-Henri Lévy SANS MASQUE

Joseph Vebret : Évacuons tout de suite l’affaire Botul. Comment expliquez-vous que depuis plus de trente ans et trente-six livres, on vous « cherche » encore ? Sur la forme plus que sur le fond, d’ailleurs…
B.-H. Lévy
: Parce que sur le fond, il n’y a pas beaucoup de reproches à me faire. Quand on regarde bien, je me suis finalement assez peu trompé. Je ne me suis pas trompé sur le communisme. Je ne me suis pas trompé sur le fascisme à la française et sur Le Pen. Je ne me suis pas trompé sur le Pakistan. Je ne me suis pas trompé sur l’islamisme radical. Je ne me suis pas trompé sur l’analyse de la volonté de pureté, donc des intégrismes. Je n’ai pas écrit d’hommage à la révolution iranienne. Je n’ai pas fébrilement cherché de pizzerias à Pristina. Je n’ai pas chanté les louanges de quelque dictateur que se soit, jamais. Eh bien voilà. C’est peut-être parce que, sur le fond, il n’est pas facile de me faire des reproches que l’on m’en fait sur des points de détail tels que celui que vous évoquez. L’un est lié à l’autre. C’est peut-être quand quelqu’un n’a pas dit trop de bêtises sur le fond qu’on lui cherche noise sur la forme. Classique…

Vous dites être le symptôme d’un climat général – populisme, hostilité aux élites, anti-intellectualisme. Ce climat a-t-il évolué ou est-ce le même depuis trois décennies ?
Je crois que c’est de pire en pire et que la volonté de ne pas lire grandit. Il me semble, si vous préférez, que le désir de se débarrasser des livres est de plus en plus vif. Aujourd’hui, on ne brûle plus un livre par le feu mais par le buzz. Mais le désir de brûler, le désir d’effacer les livres, le désir de ne pas les lire, le désir de faire, tout simplement, comme s’ils n’existaient pas est peut-être plus vif aujourd’hui qu’il y a trente ou quarante ans. Et encore ! Je ne suis qu’un cas parmi d’autres, beaucoup d’autres, et qui sont autrement plus importants que le mien…

Vous vous positionnez comme un philosophe de terrain, allant là où il se passe quelque chose qui doit être dénoncé. Peut-être est-ce la médiatisation liée à cette démarche qui dérange vos détracteurs…
Attendez. Il y a, quand même, un point d’ordre. Ce n’est pas moi, que je sache, qui oblige les journaux à s’intéresser à moi. Prenons votre exemple. Vous êtes là, devant moi. D’où vous est venue l’idée de venir me voir ? Quelqu’un a-t-il fait pression sur vous ? Et si oui, qui ? Quand ? Comment ? Vous savez bien que ce n’est pas le cas. Mais reste entière, alors, la question de savoir pourquoi tant de journalistes dépensent tant d’énergie à dire que je ne mérite pas une seconde d’attention ; pourquoi ils sont si nombreux à me tendre le micro afin de pouvoir me dire, ensuite, que je parle trop.

On pourrait penser que vous pouvez être vous-même provocateur et que vous cherchez le buzz : votre portrait dans Le Point par Christine Angot, le livre avec Michel Houellebecq, comme de parler de stigmates…
Ce n’est pas moi qui ai raconté cette histoire de stigmates. Et, concernant Christine Angot, je ne suis pas directeur du Point. Je suis très heureux de cet article. Et il a été l’occasion, pour moi, d’une vraie rencontre d’écrivains. Mais je vous précise quand même que, non seulement ce n’est pas moi qui, encore une fois, ai demandé l’article, mais que je n’en ai même pas eu l’idée. Pour mettre les points sur les i, c’est du romancier Christophe Onot-Dit-Bio, par ailleurs directeur adjoint du magazine, qu’est venue l’initiative…

Vous avez tout de même une certaine influence au Point
Arrêtons avec l’influence ! Les journaux font ce qu’ils veulent. Et comme ce ne sont pas des entreprises philanthropiques, ils font, plus exactement, ce qui leur semble conforme à leurs intérêts et de nature à intéresser leurs lecteurs. Point. C’est quand même bizarre qu’il faille passer tant de temps, même chez vous, à rappeler cette évidence… Après, vous me parliez de quoi ? Oui, Michel Houellebecq. Mon livre avec Michel Houellebecq comme autre « provocation » dont je me serais rendu coupable. Allons ! Pas vous, là non plus ! Pas ici ! On n’en est quand même pas au point où, quand deux écrivains se rencontrent, se parlent, s’écrivent, et essaient d’aller au fond des choses, le seul mot qui vient à l’esprit est celui de « provocation »…

Mise en ligne intégrale prévue le 15 avril 2010


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