Bhl, le printemps arabe et le photojournalisme (par Gilles Hertzog)

BHL en LibyeIl y a le téléphone portable. Devenu, de Rangoon au Caire, de Pékin à Tripoli, instrument de liberté entre les mains de tous et de chacun, arme blanche des acteurs de l’événement, des foules révoltées, appel des damnés de la terre et de la guerre à tous leurs frères humains au loin, arme blanche d’insurrection, agitateur de conscience.

Photos volées, vérités révélées, crimes dévoilés, quand, dernier exemple en date, il y a trois semaines, les sbires de Kadhafi, trois jours durant tirèrent sur la foule désarmée à Benghazi. Les mêmes massacres, il y a quinze ans ? Pas une image ; le monde n’en aurait rien su ou, en tous cas, rien vu, sinon, peut-être, des mois plus tard. Au hasard, au mieux, d’un cliché sans légende envoyé comme une bouteille a la mer, au péril de sa vie, par un survivant anonyme. Ou retrouvé sur la dépouille d’une victime oubliée sous les décombres. Ainsi Srebrenica, juillet 1995, Bosnie.

Et puis, il y a le photographe. Il y a d’abord le photographe de guerre, au cœur du feu, au plus près de cette chose hideuse, folle et de l’inhumanité qui frappe les civils. La photo pour la photo. La photo choc, la photo symbole, la photo-manifeste, la photo pour l‘Histoire, la photo qui immortalisera la mort, la chute, la souffrance, qui vous anéantira, vous révoltera, vous émouvra. Capa, les photographes en première ligne au Vietnam, sur la colline des Hommes perdus, terrés avec les G.I. de Danang, dans l’enfer de à Beyrouth, Françoise Demulder. Les trompe-la-vie-trompe-la-mort.

Et puis, il y a les photo-journalistes. Ils font, appareil en main, du journalisme visuel. Ils regardent, observent, notent, comprennent, restituent. L’œil écrit. S’ils étaient seuls sur le terrain, sans leurs confrères de la presse écrite, leurs photos, parfois, pourraient presque prendre la relève. Sans eux, sans leurs « illustrations » qui n‘en sont pas, un texte de journaliste, aussi évocateur soit-il, serrerait-il l’événement au plus près, reste infinitésimalement lettre morte, avec, quelque part, logé en lui, un point aveugle on ne sait où. Une seule photo suffit pour changer tout.

C’est tout l’art des quelques photo-journalistes français, hier de Gamma, Sipa et autres agences de légende aujourd’hui disparues ou devenues l’ombre d’elles-mêmes, derniers rescapés de la fonte de ce métier magnifique, dont la presse, leur seul débouché, leur seul asile, elle-même se détourne chaque jour un peu plus, pris de vitesse qu’ils sont, tous deux, par le cameraman télé en direct pour les News du 20 H.

Parmi cette race en voie de disparition, deux hommes ont, depuis trente ans presque le premier et une décennie le second, entre autres mille et une missions solitaires et reportages photographiques de par le monde, accompagné Lévy dans ses engagements sur le terrain et ses combats politiques. Ils s’appellent, le premier, Alexis Duclos, le second, Marc Roussel. Ce sont de bons, de grands photographes. Ce sont plus que des photographes. Ce sont deux journalistes. Ils écrivent la prose, le bruit et la fureur du monde. Leurs photos sont sœurs de nos mots.

Libye, Egypte, Tunisie, ils étaient là avec nous.

Gilles Hertzog


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Un commentaire

  • marc roussel dit :

    Merci Gilles,

    Ton billet vient seulement d’être publié, c’est pourquoi je n’avais pu le lire avant (…!!) et t’adresser les remerciements et félicitations qui conviennent.
    Amitiés vagabondes,
    Marc

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