BHL à Zohra Drif : la pénitence, c'est pour tout le monde !

BH MARSEILLEMarseille. Dimanche 1er avril. Nous sommes au cœur du débat qui « oppose » Bernard-Henri Lévy à  Zohra Drif, invitée, elle aussi, au colloque « Algérie : 50 ans après ».  Bernard-Henri Lévy réagit à ce que Zohra Drif qualifie de «  bombinette »: la bombe qu’elle a posée au Milk bar d’Alger, en 1956, et qui fit des dizaines de victimes.
« J’ai mal à l’Algérie quand elle traite ainsi sa mémoire, dit BHL ». Et il poursuit : « Vous noyez le poisson… La guerre contre des militaires, contre une occupation, contre une humiliation quotidienne c’est juste. La guérilla des futurs auteurs de l’indépendance algérienne était non seulement juste mais héroïque. En revanche, franchir les barbelés avec ce que vous appelez une « bombinette », calculer d’aller la déposer dans un bar, dont on sait qu’il s’y trouvera peut-être des militaires mais qu’il s’y trouvera aussi des enfants, des adolescents, des civils, je pense que ce n’est pas juste. Ça n’apporte rien à un combat de libération. Ça n’aide en rien la cause que l’on prétend défendre. C’est contre productif, c’est immoral, et même quand la cause est juste, c’est une tâche sur cette cause juste. Sauf si, le temps passant, et la victoire venue, on le reconnait. »

Car le fond de la relation franco-algérienne est bien là. Et BHL le rappelle avec force :  « Ce que j’ai attendu des généraux français qui ont torturé à grande échelle, c’est qu’ils se mettent en règle avec leur conscience et  leur pays, en le reconnaissant. Ils ne l’ont pas fait. Je trouve cela dégueulasse.  Ce que j’attends de vous, ce que j’attends des gens qui gouvernent l’Algérie, adossés à ce combat héroïque, c’est qu’ils disent, tant qu’il est encore temps, c’est que vous disiez, vous, qu’il y a eu, dans cette bataille juste, des moments tragiques où vous vous êtes fourvoyés . Mettre ce que vous appelez bombinette dans un couffin, dans un bar, c’est une erreur tragique, c’est un crime et ça ne participe pas de la guerre ».
L’importance de telle démarche ? « La mémoire commune », répond, Bernard-Henri Lévy. « Si nous voulons vraiment bâtir une mémoire commune, c’est-à-dire que l’on ait une histoire partagée, une histoire réversible, une histoire ou les mêmes évènements et le même sens des deux côtés de la même Méditerranée – c’est ça la vraie réconciliation c’est quand on partage une mémoire – pour arriver à cela il faut que la France reconnaisse ses fautes et ses crimes et il faut que les héros de l’indépendance algérienne reconnaissent leurs torts et leurs fautes, voire leur crime. Tant qu’il n’y aura pas ces deux efforts des deux côtés, ça n’aidera pas à cette construction de cette mémoire partagée. »

Laurence Roblin


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2 commentaires

  • Tlemmont dit :

    Cet article est paru sur un journal Algérien , mais comme vous allez le voir : Zohra Drif ne fait pas grand chose contre ces Néo-colons ( elle en fait partie peut etre )

    Zohra Drif, les harragas et le bilan du système, Par : Mustapha Hammouche

    Cela s’explique peut-être par le beau temps. À en juger par les colonies de harragas interceptées ces derniers jours, les vagues de fugueurs ont repris de plus belle.
    Ce qui ne doit pas surprendre la sénatrice Zohra Drif qui disait récemment : “Nous sommes bien obligés de constater qu’au moins une partie de notre jeunesse souffre à tel point que certains, issus de toutes les couches de la société, préfèrent fuir le pays. Tous les jours, des richesses agressives, clairement et impunément mal acquises, narguent la majorité de la population qui peine dans des difficultés sociales.” C’est dire qu’il n’y pas que la misère qui pousse à l’exode.
    Il paraît que même le statut d’ancien moudjahid et de parlementaire n’a pas empêché certains de liquider leur patrimoine local pour aller s’installer en Tunisie ! Comment en est-on arrivé là où le salut n’est plus que dans le partir ?
    Et pas que pour les paumés. Le système a réussi à rendre le pays invivable même pour ses rentiers.
    “Certains, issus de toutes les couches de la société, préfèrent fuir le pays”, comme le dit justement Zohra Drif, mais pas tous pour la même raison ni dans les même conditions. Les désespérés, pionniers attardés, tentent d’aborder les rivages sud-méditerranéens, en quête d’un illusoire far west ; les autres, “élus” du système, font le far west inversé. Du temps de la conquête de l’Ouest, on se ruait vers le couchant en espérant y faire fortune ; nos chercheurs d’or noir amassent fortune, en partageant les recettes de Sonatrach pour aller vivre à l’Ouest ou dans ces parcelles d’Ouest posées à Djerba, Charm Echeikh ou Dubaï.
    Leurs enfants, éclaireurs de luxe, les y attendant dans les écoles et les quartiers huppés de l’Occident dont nous, restés au pays, devons nous méfier. Même les professeurs d’université domestiques doivent prendre autorisation et avis de la tutelle avant de se risquer à tout contact extérieur. Les enfants sont prioritairement orientés dans la filière des “sciences islamiques” dont l’épistémologie ne soupçonnait même pas l’existence avant cette découverte qu’on doit aux réformes Benbouzid. Ici aussi, Mme Drif, qu’on ne peut pas soupçonner de subversion, convient que “nous ne devons pas distribuer des diplômes sans valeur qui risquent de nourrir le ressentiment des victimes de cet enseignement, de menacer la cohésion nationale et de handicaper notre pays face à la concurrence étrangère”. Mais le ministère de l’Éducation, prodigue en diplômes au rabais, se pâme du fruit de la réforme. Le message est que l’obstination autoritaire a eu raison de la contestation, ne fut-elle que pédagogique et sociale ! À 61, 23% de réussite au bac — un taux présidentiel — toute remise en cause devrait s’évanouir.
    En dépit de toutes les urgences, Mme Drif s’en tire en nous signalant qu’après 1962, c’est tout de même mieux qu’avant 1962 : “Une Algérie où je ne mangerai que du pain sec sera toujours meilleure que l’Algérie colonisée.” Comme si le choix ne peut se faire qu’entre le joug colonial et la prédation autoritaire. Pour les “détails”, on a tout son temps là-haut. Le système, décidément persistant, se projette en termes géologiques.

    M. H.
    musthammouche@yahoo.fr

  • nazim dit :

    j’ai suivie le débat et il a raison (BHL) il a visé une dérive de la révolution algérienne dont il a fait l’éloge au début du débat. Il à voulue que la révolution se réconcilie avec elle meme en l’amenant devant ses responsabilités 50 apres les faits. Il n’a nullement porté atteinte à notre histoire. Je vous invite a revoir le débat. Les médias algérien ne sont plus crédible du haut de mes 24 ans je suis stupéfié par ce degré professionnalisme. N’importe qu’elle historien vous dira que toute révolution a une face sombre. Moi je dis que pour rendre hommage a cette révolution il faut reconnaître ses tords et rendre hommage a ceux qui sont mort d’un coté comme de l’autre. Je suis algérien n’est dans cette terre meurtrie 20 ans apres l’indépendance et je comprend parfaitement l’intervention de BHL.
    Cordialement.

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