Bernard-Henri Lévy s’est prêté à la rubrique «Fenêtre sur corps» du magazine L’Equipe (Février 2019)

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Sur son compte Instagram, BHL a dit : « Oui @lequipe ! Je n’aime pas le titre du papier. Mais j’aime que soit ici posée, à un mois de #LookingForEurope, la question désormais essentielle : que peut un corps? bon ou mauvais ami? maître capricieux ou loyal instrument? et que change, au fond, sa  « mise en scène » ?
En effet, Bernard-Henri Lévy, écrivain et philosophe, s’est prêté à la rubrique «Fenêtre sur corps» du magazine L’Equipe que nous reproduisons ci-dessous :
«J’ai peu de souvenirs d’enfance, mais je sais que j’étais un garçon plutôt bagarreur. Il y a toujours eu en moi cette colère sourde contre les choses. Un refus de subir le monde comme une fatalité. Très tôt, j’ai pensé qu’il fallait prendre le monde au col. D’une façon fruste et un peu sotte d’abord.
Entre 6 et 18 ans, j’ai pratiqué des sports de combat. Du judo, du ju-jitsu, du bâton japonais. C’était l’idée de mon père. Je n’en tirais aucun plaisir. Mais mon père m’avait dit que, dans la vie, il fallait savoir se battre. Et puis, aussi, que j’aurais sans doute, en tant que juif, à me défendre. Alors j’ai continué. Et ma colère a changé de forme. J’ai appris à tenir l’autre à distance. À ne plus attaquer. À attendre.
Si je fais cent longueurs, je sais que j’aurai cinquante pépites
Jusqu’à il y a quinze ans, il m’est arrivé de me doper. Pour rendre plus performante cette partie du corps qu’est mon cerveau. Sous amphétamines, on se sent invincible, extralucide, invulnérable. Je ne regrette pas cette époque, mais elle est derrière moi.
Aujourd’hui, j’ai besoin de bouger, de brûler mon énergie, de respirer. Je nage. La brasse papillon et un peu de dos crawlé. Nager aide à réfléchir. C’est en nageant que me viennent souvent les idées les plus précieuses. Il m’arrive de mettre un magnétophone au bout de la piscine. Une fois arrivé au bord, je crache ma phrase dans l’enregistreur. Puis je repars en sens inverse. Si je fais cent longueurs, je sais qu’en rentrant chez moi, j’aurai cinquante pépites.
Mon corps médiatique ? Ce n’est pas moi. C’est comme un hologramme, un double qui m’accompagne et que je mets, parfois, en pilotage automatique. Je n’ai pas de vraie expérience physique de ce corps-là et je ne me donne d’ailleurs aucun mal pour le corriger. Cette chemise, par exemple, dont on me parle tout le temps. Si je la garde ouverte, c’est parce que j’aurais l’impression, sinon, d’étouffer. Vieux truc d’enfant asthmatique. Tendance précoce à la suffocation.
Je suis nu et donc ultra-concentré
Quand j’écris, seul, dans mon bureau, c’est très simple. Je suis nu. Et donc ultra-concentré. Je suis mieux dans ma peau que dans mon âme. Je m’appuie sur cette assurance physique pour ne pas me laisser dévorer par mes passions ou mes tourments. Le vieillissement ? Je n’en ai pas la sensation non plus. J’ai le même poids qu’à 20 ans. Ma vue est bonne. Je ne sais pas ce que c’est qu’être malade. J’ai une confiance absolue en ce corps. Il ne m’a jamais trahi. Il est mon meilleur ami. Et mon meilleur metteur en scène.
À la télévision, on joue inévitablement un rôle, surtout lorsqu’on a un message à faire passer. Quelques minutes sur un plateau télé représentent une intensité qui n’est absolument pas naturelle. Sur un plateau, c’est toujours le corps qui lance la flèche. L’arc tendu, c’est le corps. Et la flèche, c’est la pensée. Passer chez Ruquier, c’est comme descendre une piste noire à ski. On sait qu’on n’a pas droit à l’erreur. J’ai beaucoup skié. Avec ma mère, toujours. Sportive, jolie jusqu’au dernier jour, elle était ma seule partenaire de ski. Depuis sa mort, c’est fini, je ne suis plus jamais remonté sur des skis.»
Estelle Lenartowicz
Data : BHL, c’est…
1,84 m, 75 kg.
1 phobie de l’ail et de l’oignon. 
Des centaines de chemises blanches toujours portées sans cravate. 
0 cigarette depuis trente ans après avoir fumé 5 paquets par jour. 
Au théâtre Antoine à Paris, le 20 mai, dans sa pièce «Looking for Europe».
BHL-LFE-40x60-BAT-br3 - Edited (1)

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