Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Son actualité

Bernard-Henri Lévy en Libye, la guerre intime (Le Figaro, le 8 novembre 2011, article de Sébastien Le Fol)

Le Figaro

9782246790846Comment Bernard-Henri Lévy a-t-il bien pu se retrouver, en mars dernier, au cœur de l’insurrection libyenne ? Comment a-t-il réussi à amadouer ses chefs au point d’en devenir le porte-parole, le conseiller, le souffleur et parfois même la plume ? Un début de réponse à la page 54 de son livre, La guerre sans l’aimer, le passionnant journal qu’il a tenu pendant ce conflit. Il est fourni par un professeur de français surnommé « Tournesol », qui servit de fixeur à BHL : « Vos habits… Juste vos habits…Personne, ici, n’est sapé comme ça…Et les journalistes encore moins ». La guerre de Libye de BHL, une affaire de fringues ? La diplomatie de la chemise immaculée ? Et pourquoi pas ? Même si, ce que l’on voit à l’œuvre dans ce livre, c’est davantage le culot, l’entregent, la conviction et parfois même la culpabilité du narrateur. « Ce que l’on te reproche, cultive-le, c’est toi-même », écrivait Cocteau. Bernard-Henri Lévy suit sans complexe ce précepte. Ceux qu’ insupportent son lyrisme, sa fausse modestie et son manque d’autodérision trouveront du grain à moudre dans La guerre sans l’aimer (Ce type ne doute vraiment de rien, ironiseront-ils. Pas faux). Les « souverainistes » (« cette saloperie d’idéologie selon laquelle les nations ont toujours le dernier mot… ») fustigeront son manichéisme, et lui rétorqueront « tout ça pour la charia ? ». Les anti-sarkozystes primaires diront qu’il est manipulé par le président de la République, dépeint dans son récit comme un homme d’Etat déterminé, courageux et efficace, le premier à faire triompher le « devoir d’ingérence » cher au militant des droits de l’homme. Mais tous ces lecteurs hostiles ou sceptiques auraient tort de se limiter à leur première impression. La guerre sans l’aimer est le livre d’un homme qui croit encore en l’Histoire et en la littérature. Et son ouvrage est nourri de ces croyances. L’ombre de Malraux et de D’Annunzio plane sur ce récit épique et truculent. Personnel évidemment. Mais pourquoi en faire le reproche à l’auteur ? C’est tout ce qu’il projette sur cette affaire libyenne (ses remords, ses relations avec son père, la figure de son grand-père…) qui fait le prix de son livre. Reste les questions que ne manqueront pas de poser la sortie de cet ouvrage maintenant. Bernard-Henri Lévy y raconte dans le détail ses conversations avec Nicolas Sarkozy et relate certaines réunions diplomatiques et militaires à l’Elysée. Qu’est-ce qui relève du secret d’Etat dans cette masse d’informations livrées au public ? La guerre sans l’aimer a un côté WikiLeaks. Mais un WikiLeaks rédigé avec fougue pour la bonne cause. Qu’aurait fait Lawrence d’Arabie d’un téléphone portable et d’une connexion internet ?

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