Benny Lévy

Benny Lévy

Successivement chef de la Gauche Prolétarienne, secrétaire et dernier interlocuteur de Jean-Paul Sartre, puis philosophe du Retour, il a été un personnage-clé de la vie de Bernard-Henri Lévy.

Les dates-clé de Benny Lévy

1945 : naissance au Caire de Benny Lévy. Il vient après Eddy, Fleur, Tony.
1948 : la famille est recueillie chez les grands parents maternels; famille juive traditionnelle.
1956 : Guerre de Suez. La famille Lévy, à l’exception du frère ainé, quitte l’Egypte; elle perd la nationalité égyptienne; Eddy, devenu Adel Rifaat, est emprisonné puis interné dans un camp pour cause de communisme.
1957 : début d’une scolarité au lycée français de Bruxelles qui se poursuivra jusqu’en 1963.
1963-1964 : préparation du concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Milite à l’UEC.
1964 : rencontre Léo (Léopoldine), étudiante en lettres à la Sorbonne, qui milite à l’UNEF-FGEL.
1965 : Benny Lévy est reçu à Ulm, à titre étranger.
1966 : Pompidou lui refuse la nationalité française.
1966 (décembre) : création de l’UJCML.
1967 : mariage.
1968 : dissolution de l’UJCML; création de la Gauche Prolétarienne avec Alain Geismar, Evelyne et Serge July, Herta Alvarez.
1971 : rencontre Sartre qui accepte d’être le directeur du journal de la Gauche Prolétarienne, La Cause du Peuple, après l’emprisonnement des deux directeurs précédents.
1973 : dissolution de la Gauche Prolétarienne après l’attentat de Munich contre les athlètes israéliens et le conflit ouvrier chez Lip.
1974 : enseignement à Paris VII; assistant de Sartre; publication de On a raison de se révolter, avec Jean-Paul Sartre et Philippe Gavi.
1975 (janvier) : Benny Lévy devient Français grâce à Sartre qui est intervenu auprès de Valéry Giscard d’Estaing.
1976 : lecture de Lévinas.
1977 : séminaires, avec Jean Zacklad, sur la Kabbale.
1978 : voyage en Israël avec Sartre et Arlette Elkaim.
1980: malgré l’opposition de Simone de Beauvoir et de la vieille garde sartrienne, Benny Lévy publie dans le Nouvel Observateur des Entretiens avec Sartre qui font scandale.
1984 : Benny Lévy fait paraître Le Nom de l’homme, dialogue avec Sartre, chez Verdier. Départ pour Strasbourg où Benny Levy se met à l’étude du Talmud.
1985 : doctorat de philosophie; « Philon en regard des pharisiens« .
1995 : départ pour Jérusalem.
1996 : rencontre avec son Maitre.
1998 : Benny Lévy publie Visage Continu chez Verdier. Création de l’Ecole doctorale de Paris VII à Jérusalem 2000 : création de L’institut d’études lévinassiennes avec Bernard-Henri Lévy et Alain Finkielkraut.
2002 : Le Meurtre du pasteur, critique de la vision politique du monde, paraît en coédition chez Grasset et Verdier.
2003 :  décès à Jérusalem de Benny Lévy le 15 octobre. Etre Juif parait chez Verdier quelques jours plus tard.

Les Oeuvres-clef de Benny Lévy

L’Espoir maintenant : les entretiens de 1980 (avec Jean-Paul Sartre) suivis du Mot de la fin, Verdier, 1991
Visage continu : la pensée du retour chez Emmanuel Levinas, Verdier, 1998
Le meurtre du pasteur : critique de la vision politique du monde, co-édition Verdier/Grasset, collection Figures, 2002
Etre Juif : étude lévinassienne, Verdier, 2003

Benny Lévy et Bernard-Henri Lévy

Les deux Lévy se sont rencontrés une première fois, comme cela est raconté dans « Les Aventures de la Liberté« , en 1967. Puis, une seconde fois, chez Emmanuel Levinas, en 1978. Puis, en 2000, après la parution du Siècle de Sartre dont les dernières pages étaient consacrées à renverser les idées reçues sur la relation de Benny Lévy et de Sartre. Benny Lévy a aimé ce livre. Il en a su gré à Bernard-Henri Lévy. Et les deux hommes, à travers l’Institut mais pas seulement, ne se sont plus quittés. Bernard-Henri Lévy a souvent parlé de ses retrouvailles miraculeuses avec son homonyme et ainé (textes rassemblés dans Récidives et dans Pièces d’identité). De Benny Lévy sur Bernard-Henri Lévy on a, notamment, une vidéo enregistrée un jour où il introduisait une conférence de son cadet, sur Daniel Pearl, à l‘Université Hébraïque de Jérusalem.

Citations de Bernard-Henri Lévy sur Benny Lévy

« Benny,  pour moi, a longtemps été une sorte de Nizan juif. Ou un Rimbaud philosophe. Quelqu’un qui, à la manière d’un aventurier sartrien,  avait tout lâché pour partir, se convertir, réformer son âme et sa vie. Mais quelqu’un  qui, en même temps,  gardait avec son passé et avec ceux de son passé, un lien paradoxal et fort.
Le talent de Benny était aussi – certains disent même d’abord – un talent oral. C’est un lecteur hors pair. Il savait, comme personne, donner vie à un grand texte. Mais il n’était jamais si impressionnant que lorsqu’il le faisait oralement, dans la vibration de sa propre parole. Dans ces moments-là, il y avait quelque chose de socratique en lui. Il y avait cet effet « torpille » dont parle Platon à propos de Socrate. L’effet de cette parole était qu’elle conduisait « au plus haut niveau ». Mais c’était aussi un effet de vérité, donc de liberté, qui va à l’inverse de la réputation d’autoritarisme ou de fanatisme qu’on lui a faite.
Dans toute amitié, il y a une part de non-dit. Et même d’indicible qui doit rester indicible. Dans toute amitié, il y a un mystère et celle-là n’échappait évidemment pas à la règle. Nous étions si différents. Il était aussi joyeux que je suis pessimiste. Aussi exultant que je suis mélancolique. Il avait cette « gaieté », cette « manière grave et belle » d’envisager la vie en l’approfondissant qui impressionnait tant Blanchot chez son ami Levinas et dont j’ai toujours regretté de ne pas être mieux doté. Mais bon. Amis quand même. Amis d’autant plus. Une amitié sans vraie intimité, sans doute – comment être l’intime d’un homme qui en était là ? Une amitié sans effusion.  Une amitié discrète. Une amitié fondée sur le dissensus autant que sur le partage. Une amitié d’intellectuels et de Juifs qui vivaient l’exercice de l’intelligence, et leur être-juif, sur des modes presque opposés. Mais une amitié quand même. Vive. Forte. Sans impératif de réciprocité. Et qui, moi, en tout cas, ne m’a jamais fait défaut pendant ces années. Nous n’étions pas « compagnons », mais amis. Avec tout ce que cela suppose de présence à l’autre, de double présence, de complicité très profonde et, parfois, rassurante.
Une symétrie entre la radicalité de son engagement politique d’autrefois et l’intensité de son engagement juif d’aujourd’hui ? Un fanatisme qui aurait juste migré de Mao à Moïse ? Non, bien sûr. C’est le cliché le plus navrant qui circule sur ce si grand esprit. Dans son rapport au judaïsme, il n’y  avait aucun fanatisme. Aucun. Juste une grande profondeur de travail et de pensée. Le point d’arrivée d’une aventure métaphysique unique, incroyablement exigeante. Ce n’était pas mon judaïsme, c’est sûr. Et nous avons eu maintes discussions, fraternelles mais vives, sur nos façons respectives de vivre notre rapport à la Loi et aux Textes . Mais, outre le fait qu’il en savait infiniment plus que moi et que je me sentais parfaitement ignorant dès qu’il commençait de commenter devant moi une page du Maharal de Prague ou du Gaon de Vilna, le fait même que nous ayons pu débattre de tout cela dit bien qu’il était loin de cet esprit d’intolérance qu’ont caricaturé certains. Benny, au demeurant, était la bonté même. Un mélange, unique, de savoir et de bonté. »

Citation de Benny Lévy sur Bernard-Henri Lévy

« Mon nouvel ami Robert m’a demandé de présenter Bernard. Comme je n’imagine pas un seul instant qu’il s’agit de vous faire connaitre son immense talent et  son succès éclatant, j’en ai conclu que j’étais appelé en quelques minutes à rendre présent ce qui à force de sauter aux yeux se dissimule quelque peu.  […] La première chose c’est que Bernard est juif. J’entends vraiment juif. Père juif, d’où son nom juif connu, Lévy. Mère juive. Pourquoi la rumeur inlassable veut-elle qu’il ne le soit pas ? A chaque conférence, à chaque rencontre avec le public, on lui pose, on  me  pose la même question : mais  est-il vraiment juif ? L’amitié me commandait de dire devant le plus grand nombre la chose comme telle. Et, en plus, c’est exactement cela mon propos : présenter, rendre présent, ce qui se dissimule. Alors pourquoi ça se dissimule ? Voilà ce que je pense : le détail de ce qui s’est passé en France dans la scène intellectuelle, ou dans la scène juive d’ailleurs, ça, je  ne le sais pas. Par contre il me semble que le fond est le suivant : Bernard est un juif moderne. Un juif moderne, en vérité, c’est un seigneur dans la société moderne. Il y a des juifs modernes qui rasent les murs. On n’en parle pas. Mais, même  parmi  ceux  qui ont quelque dignité, tout le monde n’est pas seigneur – ça, ça relève de la singularité de Bernard. Les ministres le craignent. Les intellectuels le jalousent. Toutes les caractéristiques de la seigneurie. Donc il est difficile que l’Etre juif se révèle pleinement.Or ma thèse qui est le fond secret, lumineux, de mon amitié avec Bernard est que l’Etre juif doit se révéler ; l’Etre juif du juif moderne va sortir de la dissimulation, va sortir du  marranisme qui sont tus. En vérité je vous ai déjà en quelque sorte  présenté ce qui pour moi est le noyau de lumière obscure de ce livre sur Pearl . Je vous donne la scène : les tortionnaires avec une vidéo vont le décapiter. Il dit « père juif, mère juive, je suis juif ». Vous savez comment ça s’appelle, chez nous ça ? ça s’appelle une sanctification du nom.  Bernard ne connait pas ces mots, mais il le décrit. […] Tout à  fait poignant. Mais, comme j’ai anticipé, je retourne en arrière. Et donc je décide d’isoler, pour comprendre comment on en est arrivé là, à ce « Qui a tué Daniel Pearl ?  », trois moments. […] Son premier livre, « La Barbarie », fait un événement considérable; c’est l’occasion de la nouvelle philosophie. En vérité s’il n’y avait pas eu les intuitions décisives qui opèrent, qui oeuvrent,  même si ce n’était pas explicite, discursivement déployé dans ce livre, il n’y aurait pas eu d’événement. Je vous en donne deux exemples : je tombe, dès le début, sur une phrase qui est le lieu même de l’élaboration aujourd’hui  intellectuelle la plus aigüe : « Hitler n’est pas mort à Berlin (c’est l’avant-propos de « La Barbarie », fin des années 70) il a gagné la guerre, vainqueur de ses vainqueurs dans cette nuit de pierre où il précipita l’Europe ». Jean-Claude Milner, dans un livre, élabore en profondeur ce qui se joue dans cette phrase. Deuxième phrase : à la fin d’un chapitre, une proclamation : « Il faut aujourd’hui pour la première fois se proclamer anti-progressiste ». C’est la tache, c’est  le programme. Je ne parle pas au niveau politicard. Dans le fond : creuser, découvrir, ce qu’il y a sous les lumières du progressisme. […] Il faut lire ce livre pour se rappeler ce qu’a été la nouvelle philosophie : la proclamation anti-progressiste. L’obscurité,  l’obscurantisme, derrière les Lumières. Ca c’était le premier moment.  Et puis le deuxième moment c’est le livre sur la Bible. Alors, sur ça, je préfère, parce que je savais que Bernard ne connaissait pas ce texte, vous lire ce qu’en disait Levinas dans un des colloques.  « Je rejoins ainsi le livre courageux et sombre de Bernard-Henri Lévy, sombre  comme le premier alinéa de notre Texte, livre qui a dit tant de choses admirables  sur la Loi, sur la dure loi qui ne nous apporte pas  d’emblée, comme nous le promettent certains jeunes hommes  trop facilement optimistes, les joies des aubes naissantes. Loi dure. Notre part à nous, peuple  de La loi juste. Notre part la meilleure. » Avoir arraché une telle phrase à Levinas, c’est pas mal. Et nous arrivons donc à maintenant. A travers le « je suis juif » de Pearl, il faut dire ce qui circule dans toutes les œuvres et dans tous les actes de Bernard. Au fond, ce qu’il a dit sur notre présence ici, en  Israël, au début de l’Intifada, condense son souci. Il a titré donc dans son bloc-notes « Halte à la diabolisation d’Israël ». Vous savez ce sur quoi je veux insister. C’est sur le diable. Car c’est le personnage central de tous les  textes et de tous les actes de Bernard. Le diable. Enfin il l’appelle le Mal absolu. Parfois il lui arrive de dire le Mal radical. Alors voilà,  je veux terminer cette présentation en disant la chose suivante : il a pointé dans « Le Testament », comme l’a souligné Levinas, la dure loi monothéiste. Et, d’un autre côté, il est hanté par ce souci qu’il a  ouvertement caractérisé de dualiste, ce souci du Mal absolu. Ca ça fait une contradiction. Le monothéïsme ne pense pas que le Mal est absolu. Voilà ce qui est, à mon avis, à l’œuvre, au plus profond, dans les difficultés de pensée (et, sans les difficultés de pensée, on ne pense pas) qui sont actuellement au cœur de l’oeuvre de Bernard. Ce que je vais dire n’est pas un conseil, c’est une prière. Qu’il s’arrête longuement, il l’annonce plusieurs fois, j’aimerais   que ce ne soit pas comme Sartre qui annonçait tout le temps sa morale, je voudrais qu’il le fasse, ce livre sur le Mal. Qu’il s’empare de cette contradiction entre la dure loi du monothéisme et la  présentation du Mal comme absolu.  Alors se révèlera au fond de l’Etre juif le commandement de connaître l’Unique. » (Institut d’Etudes lévinassiennes, Jérusalem, 15 mai 2003)


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