Autour d'Albert Camus par Liliane Lazar

Camusphoto2 Albert Camus était à l’honneur en cette année 2010. Le Figaro et Le Monde ont tous les deux publiés des Magazines ‘Hors –série’ ainsi que Libération qui a consacré son ‘Mag’ du 2 et 3 janvier 2010 à Albert Camus. Une belle revanche pour cet écrivain qu’on a trop souvent qualifié de  » philosophe pour classes terminales. »
Le Monde a organisé une passionnante rencontre-débat ‘Autour d’Albert Camus’ le mardi 19 janvier 2010, avec des écrivains prestigieux : Jean-Daniel, fondateur du Nouvel-Observateur et éditiorialiste, Bernard-Henri Lévy, philosophe, écrivain et essayiste, Michel  Onfray, philosophe et écrivain. Je ne veux pas laisser se terminer l’année sans en laisser, ici, au moins une petite trace.

Jean Daniel qui a,  avec Camus le même pays d’origine et qui l’a connu personnellement, a raconté plusieurs anecdotes. Il a aussi parlé de la position de Camus sur l’Algérie. Il a rappelé que Camus avait condamné avec force l’attentat algérien contre les civils, une allusion à la fameuse phrase de Camus, lors de la remise du Prix Nobel sur la justice et sa mère : »Aucune cause, même si elle était restée innocente et juste, ne me désolidarisera jamais de ma mère qui est la plus grande cause que je connaisse au monde », dira Camus. Cette phrase, souvent mal interprétée avait provoqué une levée de boucliers contre Camus et un débat entre l’universel et le pragmatisme. Jean Daniel a remarqué que Camus était à la fois nietzschéen et dostoïevskien, ce qui est contradictoire,  a-t-il observé, mais pour Jean Daniel, Camus serait grand par ses contradictions. Surprenant pour un homme de gauche tel que Jean Daniel, il a déclaré que Barack Obama tenait des propos camusiens, en particulier dans son discours au Caire.

Bernard-Henri Lévy, le plus éloquent des trois orateurs, a su montrer la grandeur et la faiblesse de Camus. Il a commencé par dire combien il se sentait proche de Camus pour son éthique et pour son style qu’il trouve admirable d’autant plus que Camus rentrait chez lui, quand il était jeune, dans une maison où l’univers était rare en mots. «  la mère des 400 mots » dit Bernard-Henri Lévy. La mère de Camus était muette. Il fait un parallèle entre l’enfance choyée de Sartre où il y avait ‘une ivresse de mots’ et le monde du silence de Camus.  Sur l’affaire Sartre-Camus, BHL pense « qu’elle est d’une telle complexité qu’on ne peut avoir qu’un jugement mesuré. » Il a été scandalisé par l’attitude des Sartriens qui furent pleins de condescendance et de mépris envers Camus. La faiblesse de Camus, son talon d’Achille, dit BHL est la contradiction entre la rigueur de sa politique antitotalitaire et sa philosophie en retrait par rapport à  sa politique. En bref, dit BHL, «  une philosophie de l’assentiment au monde. » Pour Bernard-Henri Lévy, la philosophie vraiment antitotalitaire est plus du côté de Sartre que de Camus, mais ce dernier a su voir avant Sartre les dangers du monde totalitaire.bernard_henri_levy_personnalite_une

La vision de Camus sur la guerre d’Algérie révèle une faille d’après BHL. Camus a cru que la guerre d’Algérie finirait par une entente, ou par une réconciliation entre la France et l’Algérie. Il a été dépassé par le drame algérien : » Dans un embarras de paroles, alors il s’est tu.  La grandeur de Camus, c’est son silence, » dit Bernard-Henri Lévy.

Michel Onfray reprend la question du nietzschéisme camusien : «  Il existe un nietzschéisme de gauche, déclare Michel Onfray et certains individus l’ont incarné. »

« Le nietzschéisme, continue Michel Onfray, c’est prendre en considération l’idiosyncrasie. » Pour Nietzsche, l’idiosyncrasie est ce qui fait  ce que l’on est et pas un autre. Selon Michel Onfray, Camus a vécu la misère, la pauvreté, il a été pupille de la nation, mais il a découvert les mots et la littérature comme une occasion de rester fidèle au monde qui fut le sien. Le nietzschéisme de Camus, déclare Onfray est ontologique. Camus consent à la facticité de sa propre existence, il accepte sa maladie, la tuberculose, mais poursuit Onfray, cela n’empêche pas Camus d’être un homme révolté. Le Mythe de Sisyphe n’interdit pas la révolte.

Cette excellente discussion, animée par Eric Fottorino a montré les différents aspects de Camus, parfois contradictoires, mais a rappelé que Camus est toujours à l’ordre du jour. Pour l’anniversaire du cinquantième anniversaire de sa mort, le 4 janvier 1960, il était important de lui rendre hommage. C’est ce qu’ont su faire ces trois grands écrivains avec une superbe maîtrise. Bravo maestros !

Liliane Lazar


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