André Malraux

André Malraux

Ecrivain et homme politique.

Les dates-clefs d’André Malraux

3 novembre 1901 : Naissance d’André Malraux au 53 de la rue Damrémont (le massacreur de l’Algérie !), dans le 18ème arrondissement.
Novembre 1919 : André Malraux, qui commence à fréquenter les milieux littéraires de la capitale, rend visite pour la première fois à Max Jacob dans son logement montmartrois.
1921 : Lunes en papier. – Mariage à Paris d’André Malraux et de Clara Goldschmidt, qui prévoient de divorcer rapidement.
1922 : Le couple Malraux dépense à voyager l’argent du divorce.
1923 : Suite à de graves difficultés financières, André Malraux décide de s’enrichir en volant des statues au Cambodge et en les écoulant aux USA. Ils embarquent pour l’lndochine, remontent le Mékong, découvrent au nord du pays le temple de Banteaï-Srey, y prélèvent sept bas-reliefs. Ils sont arrêtés à leur retour par l’administration coloniale et assignés à résidence à Phnom Penh.
1924 : Clara Malraux bénéficie d’un non-lieu, mais son mari et leur compagnon Louis Chevasson, après avoir été condamnés en appel, se pourvoient en cassation. Ils sont soutenus par une pétition parue l’année précédente dans Les Nouvelles littéraires et signée des écrivains français les plus prestigieux du moment.
1925 : Les Malraux et l’avocat Paul Monin, entrés dans le Kuomintang et aidés financièrement par la communauté chinoise de Cholon, fondent L’Indochine, journal anticolonialiste ensuite rebaptisé, suite à des pressions du gouverneur, L’Indochine enchaînée. Ils tentent également de redonner vie au mouvement Jeune Annam.
1926 : De retour en France, André Malraux écrit La Tentation de l’Occident.
1927 : D’une jeunesse européenne paraît dans la revue Ecrits.
1928 : Publication chez Grasset des Conquérants et chez Gallimard du Royaume-farfelu, histoire.
1930 : La Voie royale.
1931 : La NRF publie l’article mi-élogieux mi-sévère de Léon Trotski sur Les Conquérants, alors que deux ans plus tôt, le marxiste Bernard Groethuysen avait célébré, dans la même NRF, « le sens de l’histoire » manifesté par Malraux dans ce roman.
1933 Naissance de Florence Malraux. – André Malraux rencontre Léon Trotski à Saint-Palais, près de Royan. – Début de la liaison d’André Malraux avec Louise de Vilmorin. – La Condition humaine remporte le prix Goncourt au premier tour et à l’unanimité. – Début de la liaison d’André Malraux avec une jeune romancière, collaboratrice d’Emmanuel Berl à Marianne, Josette Clotis.
1934 : André Gide et André Malraux organisent et président le Comité international pour la libération de Dimitrov et Thaelmann. – Expédition au Yémen à la recherche de la capitale de la reine de Saba.- André Malraux participe au premier Congrès des écrivains soviétiques à Moscou. Son allocution « L’art est une conquête » lui attire les foudres de Radek et de Nikouline.
1935 : Le Temps du mépris paraît chez Gallimard. – A la Mutualité, André Malraux préside, avec André Gide, le Congrès international des écrivains pour la défense de la culture où sont abordés, en présence d’Isaac Babel et Boris Pasternak, la question de la répression en URSS et le cas Victor Serge. L’Association internationale des écrivains pour la défense de la culture, fondée à la suite de ce congrès, soutiendra, quelques mois plus tard, l’Ethiopie agressée par Mussolini.
1936 : André Malraux engage la lutte, dans une Espagne ravagée par la guerre civile, contre l’armée du général Franco, en organisant sur place l’escadrille internationale Espana , bientôt appelée André Malraux, et en participant aux combats de la Sierra de Teruel.
1937 : André Malraux, accompagné de Josette Clotis, fait une tournée de conférences aux USA et au Canada afin de récolter des fonds pour la cause républicaine. – L’Espoir, roman tiré de l’expérience espagnole, est publié chez Gallimard.
1938 : André Malraux réalise en Espagne même un film librement adapté de L’Espoir : Sierra de Teruel, qui ne sortira en France qu’après la Seconde Guerre mondiale.
1940 : André Malraux est enrôlé dans un régiment de chars d’assaut. Arrêté à Gramat et transféré à la prison Saint-Michel de Toulouse, il est libéré par un coup de main des frères Angel et du groupe de Jean-Pierre Vernant. Josette Clotis donne naissance à leur premier fils, Pierre-Gauthier.
1942 : André Malraux entre dans la Résistance.
1943 : La Lutte avec l’ange et Le Règne du Malin (ce dernier ouvrage ne paraîtra qu’à titre posthume). Naissance de Vincent, le deuxième fils de Josette Clotis et André Malraux.
1944 : André Malraux crée la brigade Alsace-Lorraine et contribue à la libération de l’Alsace. – Alors qu’elle accompagnait sa mère à la gare de Saint-Chamant, Josette Clotis glisse d’un marchepied et a les jambes déchiquetées par le train. Elle décède quelques jours plus tard à la clinique de Tulle, à l’âge de 34 ans.
1945 : André Malraux rencontre le général de Gaulle, qui le prend dans son premier gouvernement comme ministre de l’Information.
1946 : De Gaulle quitte le pouvoir. Malraux le suit et fonde avec lui le RPF. C’est alors qu’il tourne la page de l’internationalisme non marxiste. « Il épouse la France ». Par ailleurs, une nouvelle période de création s’ouvre devant lui, davantage tournée vers le monde de l’art. – Il écrit Esquisse d’une psychologie du cinéma, Scènes choisies et Le Démon de l’absolu (qui ne sera publié qu’en 1996).
1947 : Séparés de fait depuis 1937, André et Clara Malraux divorcent.
1947-1950 : La Psychologie de l’Art, en trois volumes : 1) Le Musée imaginaire ; 2) La Création artistique ; 3) La Monnaie de l’absolu.
1948 : Les Noyers de l’Altenburg.
1950 : Saturne, essai sur Goya.
1952 : Les Voix du silence.
1952-1954 : Le Musée imaginaire de la sculpture mondiale, en trois volumes : 1) La Statuaire ; 2) Des bas-reliefs aux grottes sacrées ; 3) Le Monde chrétien.
1957 : La Métamorphose des Dieux, tome 1. L’ouvrage deviendra des années plus tard une trilogie composée de : 1) Le Surnaturel ; 2) L’Irréel ; 3) L’Intemporel.
1958 : L’ouvrage d’Henri Alleg La Question ayant été interdit, André Malraux, Jean-Paul Sartre, François Mauriac et Roger Martin du Gard somment le gouvernement de condamner sans équivoque la torture en Algérie. – En juin, le général de Gaulle revient au pouvoir. André Malraux est nommé ministre délégué à la présidence du Conseil, chargé de l’Information.
1959 : André Malraux devient ministre d’Etat chargé des affaires culturelles. Dès lors, il consacrera sa vie à la protection du patrimoine historique et esthétique de la France et du monde, prononçant de nombreux discours et oraisons funèbres, parmi lesquels le célébrissime hommage à Jean Moulin dans la cour Carrée du Louvre.
1960 : André Malraux se brouille avec sa fille Florence, qui a signé le Manifeste des 121, favorable à l’insoumission des appelés en Algérie. Cette brouille ne prendra fin qu’en 1968.
1961 : Pierre-Gauthier et Vincent, les deux fils qu’André Malraux a eus avec Josette Clotis, périssent dans un accident de voiture.
1967 : Antimémoires.
1969 : Le général-président Charles de gaulle s’en va et l’écrivain ministre André Malraux quitte ses fonctions.
1970 : Le Triangle noir ( Laclos, Goya, Saint-Just ).
1971 : Les Chênes qu’on abat. – Oraisons funèbres.
1974 : Lazare. – Hôtes de passage.
23 novembre 1976 : Mort d’André Malraux à l’hôpital Henri Mondor de Créteil.

Les œuvres-clefs d’André Malraux

Lunes en papier (bois de Fernand Léger, Galerie Simon,1921)
Ecrit pour une idole à trompe, conte farfelu (fragments parus en revue en 1921 et l’intégralité à titre posthume chez Gallimard en 1989)
La Tentation de l’Occident (Grasset, 1926)
D’une jeunesse européenne (in Ecrits, Grasset,1927)
Les Conquérants (Grasset, 1928)
Royaume-Farfelu, histoire (Gallimard,1928)
La Voie royale (Grasset, 1930)
La Condition humaine (Gallimard,1933)
Le Temps du mépris (Gallimard, 1935)
L’Espoir (Gallimard,1937)
Sierra de Teruel (film, 1938), rebaptisé Espoir en 1945
Le Règne du Malin (écrit en 1943, publié à titre posthume par Gallimard en 1996)
La Lutte avec l’ange (Le Haut-Pays, Lausanne,1943)
Esquisse d’une psychologie du cinéma (Gallimard, 1946)
Scènes choisies (Gallimard, 1946)
Le Démon de l’absolu ( un chapitre, intitulé N’était-ce donc que cela ?, parut en 1946 aux éditions du Pavois ; l’intégralité, seulement en 1996, à titre posthume, chez Gallimard)
L’Homme et la culture artistique (Jean-Jacques Pauvert, 1947)
Dessins de Goya au musée du Prado (Skira, Genève,1947)
Les Noyers de l’Altenburg (Gallimard,1948)

Psychologie de l’art :
1.Le Musée imaginaire (Skira, 1947)
2. La Création artistique ( Skira, 1948)
3.La Monnaie de l’absolu (Skira, 1950)
Saturne, essai sur Goya (Gallimard, 1950)
Les Voix du silence (Gallimard, 1951)

Le Musée imaginaire de la sculpture mondiale :
1.La Statuaire (Gallimard, 1952)
2.Des bas-reliefs aux grottes sacrées (Gallimard, 1954)
3.Le Monde chrétien (Gallimard, 1954)
La Métamorphose des dieuxGallimard,1957), qui deviendra Le Surnaturel dans la trilogie intitulée La Métamorphose des Dieux, parue une vingtaine d’années plus tard, en 1976, toujours chez Gallimard
Antimémoires (Gallimard,1967)
Le Triangle noir (Laclos, Goya, Saint-Just) (Gallimard,1970)
Les Chênes qu’on abat (Gallimard, 1971)
Oraisons funèbres (Gallimard, 1971)
La Tête d’obsidienne (Gallimard,1974)
Lazare (Gallimard, 1974)
Hôtes de passage (Gallimard,1975)
Le Miroir des limbes (Gallimard,1976). Reparaissent sous ce titre générique, revus et corrigés :

1.Antimémoires
2.La Corde et la souris (c’est-à-dire : Hôtes de passage, Les Chênes qu’on abat, La Tête d’obsidienne, Lazare, Oraisons funèbres, augmentés du discours de juillet 1973 à la Fondation Maeght).

Et, à titre posthume :
La Métamorphose des Dieux (Gallimard,1977) :
1.Le Surnaturel
2.L’Irréel
3.L’Intemporel

L’Homme précaire et la littérature (Gallimard, 1977)
Saturne, le destin, l’art et Goya (Gallimard,1978, réédition duSaturnede 1950 revu et remanié par Malraux)
La Reine de Saba, « une aventure géographique » (Gallimard, 1993)
Carnet du Front populaire, 1935-1936 (Gallimard, 2006)
Carnet d’URSS,1934 (Gallimard,2007)

André Malraux et Bernard-Henri Lévy

En titrant son dernier ouvrage: La Guerre sans l’aimer – Journal d’un écrivain au cœur du printemps libyen, Bernard-Henri Lévy rend une nouvelle fois hommage à André Malraux, ce titre faisant référence à une phrase des Noyers de l’Altenburg : « Ah ! que la victoire demeure avec ceux qui auront fait la guerre sans l’aimer ! » Cette phrase hante Bernard-Henri Lévy depuis longtemps. Elle l’a aidé, entre autres, à tracer la ligne de partage entre les écrivains qui ont fait précisément la guerre sans l’aimer (outre Malraux : Ernest Hemingway, Romain Gary, etc) et ceux qui l’ont faite en l’aimant (Henry de Montherlant, Pierre Drieu La Rochelle, etc). Elle l’a convaincu d’exalter les premiers, qui ne se sont jamais engagés, et à leur corps défendant, que dans des guerres justes et de regretter que les autres aient cédé au douteux appel du sang, de la terre et des morts, sans plus pouvoir ensuite être lavés, tels des Macbeths ensorcelés, d’une tache indélébile qui s’appelle aussi le fascisme.

Bernard-Henri Lévy a rencontré André Malraux en 1971, peu après que l’auteur de L’Espoir ait lancé un appel pour le Bangladesh. Cet appel lui semblait en tous points semblable aux appels analogues lancés par l’ancien « coronel » en 1936 pour l’Espagne, en 1938 pour le Chili. Il n’en était rien. En 1971, le vieil homme ne songeait plus tant à constituer une brigade internationale qu’à rassembler des officiers à la retraite qui iraient former sur place leurs homologues du Bengale libre. Bernard-Henri Lévy retiendra la leçon pendant la guerre de Bosnie.

De tous les visages successifs que Malraux a portés au long de sa vie passablement marquée par le tragique, Bernard-Henri Lévy semble préférer « le visage des commencements », le visage d’un homme à moitié écrivain à moitié aventurier « et qui, de son éternelle jeunesse, domine le (XXème) siècle » (Récidives) (p.21). Il note, également dans Récidives(p.23) : « Malraux sans aînés, mais sans héritiers ». C’est assez dire qu’il ne l’a pas pris pour modèle au sens strict du terme, encore qu’il n’ait cessé de penser à lui lors de ses propres engagements, mais « comme une mesure de l’art et de l’humain, qui nous aide à évaluer nos vies, nos œuvres et nos songes » (Récidives toujours p.59). Il n’en reste pas moins qu’il n’a pas non plus celé « la part d’ombre du tableau » (Les Aventures de la liberté p.208). Il lui a notamment reproché son assourdissant silence quand des milliers d’anarchistes catalans furent massacrés par le Parti en juillet et août 1939. Il a tenté par ailleurs de lever le voile sur ce qu’il a appelé « le scandale Malraux » : la transformation inattendue du révolté et du compagnon de route en « anticommuniste furieux des messes du RPF » (Récidives). Plus énigmatique encore : ses allers et retours entre un désengagement d’esthète et un engagement de militant.

En vérité, ce que Bernard-Henri Lévy admire le plus chez Malraux, c’est précisément que la littérature et l’engagement s’y coudoient, jusqu’à s’y confondre. « Ecrire sa vie, vivre son œuvre. Et si c’était le vrai programme de Malraux ? »( (Récidives) p.56) . C’est en tout cas le vrai programme de Bernard-Henri Lévy.

Citations de Bernard-Henri Lévy sur André Malraux

« Malraux philosophe ? Bien sûr ! Son pessimisme historique. Le goût et le sens du Tragique. Le refus des philosophies consolatrices. Le projet de fonder une morale après la mort de Dieu et de l’homme. Le thème de la mort de l’Homme. Oui, trente ans avant Les Mots et les Choses, la conviction selon laquelle l’Homme serait une invention récente, etc. Un désamour de soi – le fameux « tas de secrets » – qui, dans sa façon de creuser la subjectivité et d’en compliquer la topique traditionnelle, vaut « l’antihumanisme théorique » de nos maîtres du moment (1971,ndlr) . Une philosophie du sujet – ou du « héros – qui, voyant l’ennemi dans un totalitarisme « ontologique » aux frontières beaucoup plus larges que celles de l’analyse politique ou sociologique, croise des intuitions dont je devais, quelques années plus tard, retrouver la formule chez Levinas. On a dit de la « nouvelle philosophie » qu’elle devait beaucoup à Popper. Ou à Camus. C’est faux. Pour ce qui me concerne, au moins, la source la plus vive sera Malraux. » (Récidives, pp. 19-20)

« Ce qu’il y a de plus grand, de plus beau, dans l’œuvre littéraire de Malraux, c’est ce qui lui vient de sa vie et de cet entrelacs bizarre qui n’appartenait qu’à lui entre l’œuvre et la vie, entre la vie rêvée et l’œuvre vécue, entre les gestes et les textes, ce mixte de gestes et de textes que j’ai appelés, ailleurs, les « gextes » malruciens. Tous les crétins diront que l’on a peine à discerner ce qui fait partie du vrai et ce qui est de l’ordre de la fable, du journalisme chimérique. Tout le génie de Malraux est là. Et ce qui est sûr, c’est que, loin de détourner Malraux de son art, la politique, le désir d’engagement n’ont cessé, au contraire, de l’y reconduire.(…) Si Malraux s’est engagé, s’il n’a cessé de s’engager, c’est parce que, dans cette confuse conscience que les artistes ont d’eux-mêmes, dans cette façon qu’ils ont d’entendre leur voix avec la gorge, de l’intérieur, Malraux a compris qu’il n’était jamais si grand, littérairement parlant, que lorsqu’il prenait le détour de l’action et de l’engagement. » (Récidives ,p.43)


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