de Tocqueville (Alexis)

de Tocqueville (Alexis)

Penseur politique, historien, écrivain.

Les dates-clefs d’Alexis de Tocqueville

29 juillet 1805 : Naissance à Paris d’Alexis de Tocqueville.
1826 : Entreprend en décembre, avec son frère Edouard, son premier voyage d’études en Italie et en Sicile.
1827 : Tocqueville, après avoir fait une licence de droit, est nommé juge auditeur au tribunal de Versailles.
1830 : Volontaire dans la garde nationale, il rend son fusil après la fuite de Charles X. En tant que magistrat, il prête serment à contre-cœur à Louis-Philippe.
1831 : Tocqueville part pour les Etats-Unis, avec son collègue Gustave de Beaumont, afin d’y étudier, durant une année, le système pénitentiaire américain. Ils séjourneront, entre autres, à New York, Québec, Boston, Philadelphie, Baltimore, Cincinnati, Memphis, La Nouvelle Orléans, Washington. Leur étude, Du système pénitentiaire aux Etats-Unis et de son application en France, paraîtra début 1833. C’est au cours de ce même voyage que Tocqueville enquête sur tous les aspects de la démocratie américaine : le fonctionnement de la justice, le rôle des associations, la décentralisation des institutions, la place de la religion, etc. Sa future étude sur la démocratie en Amérique l’amènera tout autant à louer cette forme de démocratie qu’à la critiquer.
1832 : De retour en France, Tocqueville démissionne de la magistrature.
1833 : Premier séjour en Angleterre, où il soupèse la part de l’héritage anglo-saxon dans la démocratie américaine.
Août 1834 : Après onze mois de travail, Tocqueville achève le manuscrit de l’œuvre qui, non seulement témoigne de sa « monomanie américaine » (l’expression est de lui-même), mais reste aujourd’hui le plus célèbre et le plus lu de tous ses écrits : De la démocratie en Amérique.
1835 Parution du premier tome de : De la démocratie en Amérique qui est un succès.
1837 : Promu chevalier de la Légion d’honneur, Tocqueville regrette qu’on lui ait mis « ce torchon à la boutonnière ».
1838 : Tocqueville est élu, par 20 voix sur 22, à l’Académie des sciences morales et politiques en remplacement de Laromiguière.
1939 : Il est élu député de Valognes (Manche).
1840 : Il est reçu en Angleterre par son ami, le philosophe, logicien et économiste Stuart Mill et publie son essai : L’Etat social et politique de la France avant et depuis 1789.
1841 : premier séjour en Algérie. Dans ses interventions au Parlement, Tocqueville exposera dorénavant, outre ses convictions anti-esclavagistes, son questionnement sur la colonisation. En décembre : il est élu à l’Académie française.
1842 : Réélu député de Valognes. En décembre, il est élu conseiller général du département de la Manche.
1843 : Tocqueville publie six lettres, dans le journal Le Siècle, sur la situation intérieure de la France.
1846 : En août, il est réélu député de Valognes.
1848 : En janvier, il annonce, dans un discours à la Chambre, la chute de Louis-Philippe (qui interviendra un mois plus tard) et s’inquiète de la révolution qui gronde. Quand elle éclate, il la considère comme une trahison de 1789 : trop ouvrière et trop socialiste à son goût ; et il en appelle à sa répression (qui aura lieu en juin). Elu représentant de la Manche à la Constituante en avril, il est, à partir de mai, membre de la Commission chargée de préparer la Constitution : il y défend les idées libérales, le bicamérisme, la décentralisation et l’élection du président de la République au suffrage universel.
1849 : Malgré son hostilité à Louis Napoléon Bonaparte, il accepte, en juin, le poste de ministre des Affaires étrangères. Il tombe, en octobre, avec le deuxième gouvernement Odilon Barrot.
1851 : Suite au coup d’Etat du 2 décembre, Tocqueville, député rebelle ( il a voté avec d’autres parlementaires la déchéance du président de la République Louis Napoléon Bonaparte), est emprisonné deux jours à Vincennes.
1852 : Après avoir fait un discours, devant l’Académie des sciences morales et politiques, sur les rapports de l’art de gouverner et de la science politique, il démissionne de ses fonctions de conseiller général, se retire de la vie politique et entame la rédaction de L’Ancien Régime et la Révolution.
16 avril 1859 : Atteint depuis une dizaine d’années de tuberculose, Tocqueville meurt à Cannes, à la villa Montfleury où il était venu se soigner.

Les œuvres-clefs d’Alexis de Tocqueville

Livres publiés du vivant de Tocqueville
1833 : Du système pénitentiaire aux Etats-Unis et de son application en France, H. Fournier jeune, Paris.
1835 : De la démocratie en Amérique, première partie, Gosselin, Paris.
1840 : De la démocratie en Amérique, deuxième partie, Gosselin, Paris.
1856 : L’Ancien Régime et la Révolution, Michel-Lévy frères, Paris.

Livres publiés à titre posthume
1861 : Œuvres et correspondances inédites d’Alexis de Tocqueville, publiées par Gustave de Beaumont, 2 volumes, Michel-Lévy frères, Paris.
1864-1866 : Œuvres complètes d’Alexis de Tocqueville, publiées par Mme de Tocqueville, 9 volumes, Michel-Lévy frères, Paris.
1951-2002 : Alexis de Tocqueville, Œuvres complètes, 29 volumes, Gallimard, Paris.
1991-2004 : Alexis de Tocqueville, Œuvres, trois volumes, tome1 : Voyages (1831-1847) – Ecrits politiques et académiques ; tome 2 : De la démocratie en Amérique (1835-1840) ; tome 3 : Etat social et politique de la France avant et après 1789 (1836) L’Ancien Régime et la Révolution (1856) – Considérations sur la Révolution ( 1850-1858) Souvenirs( 1850-1851 ), Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris.

Alexis de Tocqueville et Bernard–Henri Lévy

En 2004, Cullen Murphy, directeur du magazine de Boston Atlantic Monthly, propose à Bernard-Henri Lévy de refaire, 173 ans plus tard, le parcours d’Alexis de Tocqueville à travers les Etats-Unis en 1831-1832, et sur la même durée, c’est-à-dire pendant un an. Bernard-Henri Lévy n’est pas, à l’époque, un lecteur assidu de Tocqueville. Pourtant, beaucoup des thèmes de ce dernier innervent son œuvre propre depuis La Barbarie à visage humain : l’antitotalitarisme, la critique du populisme, la critique de la toute puissance de l’Opinion, l’universalisme ou la nécessité d’opposer à la loi du nombre une Loi supérieure, etc. Mais ce ne sont pas seulement les idées de Tocqueville que Bernard-Henri Lévy a reconnues comme siennes après l’avoir relu attentivement, c’est aussi son talent d’écrivain, son côté « grand reporter intellectuel», sa façon de « mêler les choses vues à la pensée, la chair visible des choses à leur chiffre secret, le texte manifeste que donnent à lire une coutume ou une institution au principe qui, comme chez Aristote ou Montesquieu, en constitue la trame » (American Vertigo). Mieux encore : ce que Bernard-Henri Lévy admire au final chez Tocqueville, c’est d’avoir inventé « cette forme moderne de reportage où l’attention au détail, le goût de la rencontre et de la circonstance, n’interdisent pas, bien au contraire, la fidélité à une idée fixe » (Idem). Tocqueville est, pour BHL, comme ce « voyageur philosophe » dont parlait Rousseau. Il n’y avait donc pas « meilleur guide pour, en Amérique comme ailleurs, (le) conduire sur le chemin de cette autre « époché » phénoménologique qui, lorsqu’elle se confronte aux choses mêmes , les met moins entre parenthèses qu’en examen et, de leur évidence muette, déduit les principes générateurs de la vie en société » (Idem).

Citations de Bernard-Henri Lévy sur Alexis de Tocqueville

« Alexis de Tocqueville, la vérité m’oblige à dire que, comme de nombreux intellectuels français, je l’ai rencontré tard.
Raymond Aron déjà, en ouverture au texte fameux où il évoquait l’état, dans sa jeunesse, des études tocquevilliennes en France, avouait qu’on ne le « lisait guère », alors, « à l’Ecole Normale Supérieure ou à la section de philosophie de la Sorbonne ».
Mais pour ma génération, pour un normalien venu à la philosophie, à la fin des années 60, dans une conjoncture idéologique encore plus fortement dominée que la sienne par le marxisme et le léninisme, pour quelqu’un qui, comme moi, a eu vingt ans dans une France où le fin mot de la pensée était la pensée Mao Tsé Toung et où l’esprit nouveau, l’audace, le prestige intellectuel et politique, l’intransigeance, avaient le visage d’une compagnie de penseurs qui conjuguaient révolte et théoricisme, liberté de pensée et antihumanisme théorique, pour les témoins de ce moment structural, à la fois enragé et glacé, qui fut le parfum de notre jeunesse, la méconnaissance de ce modéré, à cheval sur l’ancien monde et le nouveau, les Orléans et les Bourbons, la résignation à la démocratie et la peur de la Révolution, a été, je le crains, plus profonde encore.
Les temps changeront, bien entendu.
Avec l’écroulement des grands récits, avec le déclin des visions matérialistes du monde et de leurs machineries implacables et simples, avec la nécessité, surtout, de réfléchir à l’échec du socialisme et aux illusions du progressisme, à la désirabilité de l’idée de révolution et aux conditions de possibilité de l’invention démocratique, les mentalités évolueront et nous rapprocheront d’un mode de pensée qui avait pour premier mérite de conjurer le face-à-face des héritiers de Comte et de Marx.
Mais la situation, pour l’heure, était celle-là.
Longtemps, très longtemps, Alexis de Tocqueville a été perçu, chez nous, comme un auteur de second rayon.
Longtemps, très longtemps, cet apôtre de la pensée libre, cet annonciateur des courants antitotalitaires de la fin du XXème siècle, ce précurseur d’Hannah Arendt qui nous aurait, si nous nous étions, comme François Furet et quelques autres, avisés plus tôt de son importance, fait gagner un temps précieux et évité bien des faux pas, cet éclaireur, ne nous a pas été beaucoup plus familier qu’un Guizot, un Royer-Collard, un Prévost-Paradol, un Augustin Cochin.
(…)
(Lors de ce voyage aux USA sur les pas de Tocqueville, je me suis ) armé, chaque fois que je l’ai pu, de certaines de ses intuitions, si extraordinairement prémonitoires, et dont je n’ai cessé, livre en main, de vérifier avec quel talent la réalité américaine s’ingénie à les valider. Le triomphe qui, à son époque, n’était pas joué de l’égalité sur la liberté. La dictature, qu’il est le premier à avoir pointée, de ce nouveau maître, non moins féroce que l’autre, qu’est la « majorité » ou l’« opinion ». La « pression », pour le dire en d’autres mots et pour le dire, je m’en aperçois, dans des mots qui pourraient être ceux de l’Amérique communautariste d’aujourd’hui, « de l’esprit de tous sur l’intelligence de chacun », de l’esprit de groupe ou de l’ethnie sur le libre procès des sujets. Les avatars d’un « individualisme » qui, lorsqu’il va au bout de lui-même, lorsqu’il laisse les sujets s’enivrer, non de leur autonomie, mais de leur indépendance, lorsqu’il leur fait trancher des liens qui les attachent les uns aux autres et tous à la chose politique, lorsqu’il les réduit à cette « foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs » qu’avait entrevue la fin de la Deuxième Démocratie et que j’ai retrouvée dans les Supermarchés, les Megachurches et les ligues de vertu de l’Ouest profond, risque de se résoudre en une tyrannie dont le « pouvoir immense et tutélaire », aussi « absolu » que « détaillé », aussi « inflexible » que « prévoyant et doux », les « fixe dans l’enfance » et finit par leur ôter jusqu’au « trouble de penser ». Le pressentiment, autrement dit, d’un écartèlement dans la personne du Souverain qui, parce qu’il démembre ses deux corps, parce qu’il disjoint sa tête politique de son corps d’associations, les sujets les uns des autres, témoigne d’une émancipation apparente – mais qui, à d’autres égards, parce que la passion dont il procède demeure celle, non du duel, mais de l’unité et, au fond, de l’indifférencié, réassigne les individus à un sol de servitude qui n’a rien à envier à celui de l’étatisme jacobin des Français. Bref, toutes ces thèses dont la présence sensible dans l’Amérique contemporaine est parfois si aveuglante que l’on croirait que ces fictions dont la réalité s’inspire et non l’inverse – toutes ces thèses, il faudrait dire ces fables, qui annoncent moins l’Amérique qu’elles ne l’ont façonnée et dont j’aurais mauvaise grâce à ne pas dire que je les ai eues, sans cesse, présentes à l’esprit. » ( American vertigo, Livre de Poche, pp. 9-10 et 13-14)

Photo : Alexis de Tocqueville @ BNF


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