Afghanistan

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Un peuple martyr

Les dates-clefs de l’histoire de l’Afghanistan de 1978 à 2005

27 avril 1978 : Le Parti démocratique du peuple afghan (PDPA) renverse Mohammed Daoud Khan, président de la République d’Afghanistan depuis 1973, qui échappait de plus en plus à l’influence de Moscou. C’est la « Grande Révolution de Saur (avril) ». Le nouveau régime signe un traité d’amitié avec l’URSS et met en place des réformes collectivistes et sociales : promulgation d’un athéisme d’Etat, alphabétisation, réforme agraire, etc.
1er mai 1978 : Nur Mohammad Taraki, l’un des dirigeants du PDPA , devient président de la nouvelle République démocratique d’Afghanistan.
Juin 1978 : Début de la résistance des islamistes (moudjahidins). – Le commandant Ahmed Shah Massoud rompt, de son côté, avec la mouvance des Frères musulmans.
3 juillet 1979 : Jimmy Carter, président des Etats-Unis, signe une première directive sur l’aide clandestine à apporter aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul. Il a pour objectif de faire tomber ainsi l’Armée rouge dans « le piège afghan ».
Septembre 1979 : Nur Mohammad Taraki est assassiné par son lieutenant Hafizullah Amin, qui s’empare à son tour du pouvoir.
Nuit du 24 au 25 décembre 1979 : Pour parer à la lutte fratricide au sein du gouvernement, les Soviétiques envahissent l’Afghanistan. Amin est tué lors des combats pour la prise de Kaboul et son rival au sein du PDPA, Babrak Karmal, revient d’exil pour prendre les rênes du pays. – La résistance afghane moudjahidine, soutenue et financée entre autres par les USA, s’organise contre l’envahisseur soviétique.
1984 : Ahmed Chah Massoud crée et prend la tête du Conseil de sécurité qui contrôle les affaires politiques, administratives et militaires de tout le nord de l’Afghanistan et dont l’influence s’étendra sur quinze des vingt-neuf provinces afghanes.
1986 : Mikhaïl Gorbatchev place Mohammed Nadjibullah, ancien chef du Khad, la police secrète afghane, à la tête de l’Etat. Nadjibullah veut négocier avec les rebelles selon le principe d’une perestroïka afghane, mais les moudjahidins, de mieux en mieux armés, finissent par garder, grâce aux missiles qu’ils ont reçus des USA, le contrôle du ciel afghan.
1988 : Appuyé par la trêve négociée avec Ahmed Chah Massoud, Gorbatchev décide le retrait d’Afghanistan des troupes soviétiques.
1989 : Les troupes soviétiques se retirent d’Afghanistan, laissant le pouvoir communiste affronter seul les moudjahidins qui, refusant tout cessez-le-feu, forment un gouvernement en exil.
9 avril 1992 : Le commandant Massoud entre dans Kaboul avec ses forces armées. Le gouvernement de Nadjibullah tombe peu après.
30 avril 1992 : La République démocratique d’Afghanistan est dissoute et l’Etat islamique d’Afghanistan proclamé par l’Alliance du Nord, alors que des factions rivales de moudjahidins (les islamistes modérés du Jamiat e-Islami et les fondamentalistes sunnites, s’inspirant des Frères musulmans égyptiens, du Hezb e-Islami) s’affrontent pour le contrôle de Kaboul.
Mai 1992 : Ahmad Shah Massoud devient ministre de la Défense.
28 juin 1992 : Burhanuddin Rabbani , un musulman modéré du Jamiat e-Islami, soutenu par Massoud, est nommé président intérimaire. Il fait front, avec les autres mouvements moudjahidins, contre l’Herbz e-Islami fondamentaliste.
Août 1992 : Bombardement de Kaboul par Gulbuddin Hekmatyar – un fondamentaliste appartenant à la fois à l’Hezb e-Islami et à l’ethnie pachtoune majoritaire en Afghanistan – pour reprendre les positions tenues par le commandant Massoud.
1993 : Fugace accord de paix avec Hektmatyar. – Massoud est évincé du gouvernement et Hektmatyar devient Premier Ministre.
1995 : Les talibans – groupe islamiste qui n’a combattu ni contre les communistes afghans ni contre les soviétiques, mais qui s’est formé au cœur des écoles religieuses du Pakistan – avancent massivement sur la capitale.
27 septembre 1996 : Les talibans, aidés par le Pakistan, parviennent à prendre le contrôle de Kaboul et du reste du pays. Ils instaurent la charia et proclament l’Emirat islamique d’Afghanistan. Le nouveau maître de l’Afghanistan est le chef charismatique des talibans : Mollah Omar.
1997 : Première prise de Mazar e-Charif par les talibans.
1998 : Deuxième prise de Mazar e-Charif. – Massacre des ambassadeurs iraniens. – L’Iran concentre ses troupes à la frontière ouest de l’Afghanistan. – Missiles des USA sur les bases d’Oussama Ben Laden.
1999 : Une première résolution du conseil de sécurité de l’ONU – la résolution 1267 – condamne le régime des talibans.
2000 : Les talibans s’emparent de Taloquan, le fief de Massoud qui est contraint de se replier dans les montagnes du Panchir. Le même Massoud signe, en juillet, la Charte des droits fondamentaux de la femme afghane, rédigée et promulguée à Douchanbé (Tadjikistan) par des Afghanes exilées.
2001 : En janvier : massacre de civils hazaras ( les hazaras sont des musulmans chïïtes aidés par l’Iran). – Mars : destruction des bouddhas de Bamiyan. Avril : Massoud cherche des soutiens en Europe. En vain. Septembre : le 9, Massoud est tué dans un attentat suicide à Khwadja Bahauddin, au nord-est de l’Afghanistan. Sa mort précède de deux jours l’attentat perpétré à New York par Al Quaida, l’organisation d’ Oussama Ben Laden. C’est à la suite du 11 septembre que les Etats-Unis décident d’intervenir militairement en Afghanistan.
2001 : Fin de la guerre civile entre l’Alliance du Nord et les talibans, dont le régime s’effondre. Hamid Karzai est porté au pouvoir par la coalition menée par les USA.
13 juin 2002 : La Loya Jirga (« Grande assemblée ») élit Hamid Karzai chef du pouvoir exécutif pour deux ans.
11 août 2003 : L’OTAN prend le commandement de l’International Security Assistance Force.
2004 : Les chefs de guerre issus de l’ancienne Alliance du Nord sont peu à peu limogés du gouvernement. D’autre part, les talibans sèment la terreur avec des attentats. En octobre, Hamid Karzai devient président, suite à une élection quelque peu contestée. En décembre, il présente son gouvernement, dans lequel il n’y a plus qu’un chef de guerre, Ismail Khan, ministre de l’Energie. Mais la violence n’est pas éteinte pour autant dans les provinces, où les talibans continuent de sévir.
18 septembre 2005 : Les Afghans participent dans l’enthousiasme aux élections législatives. Pour la première fois, des femmes pourront siéger au Parlement, où 25% des sièges leur sont réservés. Mais Emma Bonino, responsable de la mission d’observation de l’Union européenne, déclare : « Ces élections ne déboucheront pas sur une démocratie viable à cause des imperfections du système électoral, de l’influence des seigneurs de la guerre, de la mise à l’écart des partis politiques par Karzai et de la poursuite de la guerre civile dans certaines partie du pays. »

Bernard-Henri Lévy et l’Afghanistan

L’aventure afghane de Bernard-Henri Lévy commence en septembre 1981, quand, avec Marek Halter et Renzo Rossellini, il s’en va remettre aux combattants du commandant Massoud trois postes émetteurs de radio qui seront à l’origine de Radio Kaboul Libre. En octobre 1982, chargé d’une mission humanitaire par Action contre la faim, l’ONG qu’il a créée trois ans plus tôt, il rencontre à nouveau Ahmad Shah Massoud, mais cette fois à Kaboul. En 1998, il se fait accréditer par plusieurs journaux européens et réalise un grand reportage où il dénonce la folie des talibans et exalte avec ferveur la figure lumineuse du lion du Panchir. En février 2001, il convainc François Pinault de lui prêter son avion personnel afin d’amener le commandant Massoud à Paris pour y être reçu par Jacques Chirac et Lionel Jospin. Mais ni le président ni son Premier ministre ne recevront Massoud. Un an plus tard, Massoud ayant été assassiné et l’attentat du 11 septembre (que Massoud avait pressenti) ayant eu lieu, les mêmes Chirac et Jospin confient à Bernard-Henri Lévy le soin de réfléchir à une contribution de la France à la reconstitution d’un Afghanistan libre. BHL crée donc en Afghanistan, avec le soutien financier de la Fondation André Lévy, un mensuel de langue française, Les Nouvelles de Kaboul, qu’il dirigera jusqu’en 2006. En 2009, il ramène d’Afghanistan un nouveau reportage où l’on perçoit à quel point se sont tissés, entre ce pays et lui, au long d’années d’engagements et de découvertes, de multiples liens fondés sur le dialogue des civilisations et sur un double rêve : du côté de l’Occident, « le rêve d’Orient qui , de Nerval et Gautier à Segalen, Malraux, Michaux ou Kessel, traverse quelques-unes de nos plus belles aventures littéraires » et, du côté de l’Orient, « le rêve d’Occident qui, de Zaher Chah à Massoud, au président Hamid Karzai ou à tous les militants et les militantes de la liberté qui aspirent à rendre aux femmes afghanes leur visage et leur dignité, est si présent, lui aussi, au cœur de la culture persane » (Pièces d’identité).

Citations de Bernard-Henri Lévy sur l’Afghanistan

 » 17 octobre 1998. – Retour d’Afghanistan« . Les Français mesurent-ils bien l’horreur de l’obscurantisme taliban ? On pensait avoir tout vu. Tout connu. On se disait : « Entre l’Algérie et l’Iran, entre les assassins qui éventrent les jeunes filles pour honorer le nom de Dieu et les maniaques qui, cette semaine encore, renchérissaient sur le montant de la récompense offerte à qui tuerait Salman Rushdie, on avait fait le tour de la question. » Eh bien, non. Car voici une variante du système – où l’on prétend, sous peine de mort ou de fouet, interdire, pêle-mêle, les cerfs-volants, les colombes en liberté, le port de la cravate chez les hommes, l’école ou les soins médicaux pour les filles, les combats de boxe, les langues étrangères, les canaux d’irrigation. Les intégristes étaient, nous le savions, les derniers « vrais » lecteurs (imbattables pour détecter, dans un livre de Rushdie, la demi-ligne problématique ). Les voilà qui deviennent, le crime en plus, les derniers surréalistes (à quand des mollahs pour, à Kaboul, interdire de regarder dans le fond des puits, ou vers le ciel, ou vers l’horizon ? – je plaisante à peine, nous y venons). Et les voilà qui, surtout, administrent une nouvelle fois la preuve de leur terrible vitalité – il faudrait presque dire leur imagination : toujours en avance d’une métastase et d’une synthèse, ils sont comme ces virus qui ne cessent de muter et d’échapper, donc, à la prise. Les talibans ou la plus récente des figures de l’intégrisme. Les talibans qui, alliés aux Pakistanais, sont la forme la plus virulente du délire : la haine des cerfs-volants, plus la bombe verte, plus l’immense chambre d’écho que pourrait devenir, ce qu’à Dieu ne plaise, le monde sunnite – qui dit mieux ? » (Mémoire vive – Questions de principe sept pp. 365-366).

A lire également :
les bloc-notes de Bernard-Henri Lévy
En Afghanistan, entre la peste et le choléra, il y a le Dr Abdullah (Le Point, 15 mars 2012)
Pourquoi et comment les talibans peuvent être vaincus en Afghanistan (Le Point – Avril 2009)
-BHL, ses combats : 1981-2003 Un ami de l’Afghanistan, par Mehrabodin Masstan, (aide de camp du Commandant Massoud et le Haut Représentant de la République d’Afghanistan en France).


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Un commentaire

  • Olivier Renard dit :

    La construction des Talibans :

    Une certaine politique étrangère pensée aux USA continue, comme la pensée politique actuelle d’une Hillary Clinton. Elle soutient les régimes religieux qui favorisent les intérêts stratégiques et économiques américains et ne favorise pas le développement des peuples vers la démocratie !
    En 1993, l’Afghanistan en a justement démontré la méthode ! Massoud et l’Alliance du nord représentent après la chute de Nadjbullah une union, la grande assemblée de Kaboul qui peut sur le long terme transformer la république démoctatique d’Afghanistan en un pays qui se modernise. La guerrilla d’Hekmatyar contre Massoud est le fruit des accords passés entre les USA, les Saoudiens d’un côté et le Pakistan de l’autre dès 1982 pour organiser et armer la résistance contre l’occupation soviétique. Les deux puissances vont construire AlQaeda dans les madrassas du Pakistan avant de les envoyer combattre en Afghanistan et libérer les Pachtouns, mais au nom du Califat Islamique déjà préparé au Pakistan. Mais si l’occident soutient aussi Massoud et l’alliance du nord dans son combat et laisse en 1989, un pouvoir partagé à Kaboul entre les alliances, le partenariat USA – Pakistan va perdurer et favoriser Hekmatyar et les Pachtouns. La prise de Kaboul en 1993, le retrait de Massoud, tout est organisé du Pakistan ! Les 11 et 12 septembre 2001, quand les rapports de la CIA parviennent à la maison blanche, le gouvernement américain alors seulement constate toute l’érreur de cette stratégie ! Les mêmes réseaux Saoudiens qu’ils avaient construit contre l’Union soviétique ont été utilisés a revers contre l’amérique en finançant les attentats sur leur sol !

    Et pour être certain qu’aucune opposition intérieur ne viendra faire tomber le Califat, en Afghanistan, Oussama Bin Laden a fait assassiner Abdul Shah Massoud avant le 11 septembre ! Puisqu’en quelques mois, l’intervention américaine qui s’en suit va détruire le Califat des talibans. Et la grande Assemblée élit Hamid Karzaï.

    Pourquoi après une guerre contre le dictateur Kadhafi en Libye, l’OTAN a finalement armé et permis la prise de pouvoir par des groupes islamistes et des chefs de l’AQMI ? : Même stratégie américaine qui fait perdre au pays 10 ans avant qu’il ne reconstitue un gouvernement démocratique !

    Pourquoi en organisant une résistance contre le régime Alaouite en Syrie, on risque de faire la même chose ?

    Les stratégies de la maison blanche et du Pentagone prônent toujours le principe : les ennemis de mes ennemis sont nos amis ! Vieux principe Macchiavelien qui se retourne contre celui qu en use ! Car quand l’ancien ennemi est tombé et a quitté le terrain, son viel ennemi que l’on considérait comme ami, devient un nouvel ennemi !

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