Voir et revoir « Bosna ! », par Aline Le Bail-Kremer

Affiche Bosna

 

Le 18 mai 1994 sortait « Bosna ! » , le film documentaire de Bernard-Henri Lévy, tourné pendant la Guerre de Bosnie et pour la Bosnie en guerre . Samir Landzo, qui a été le premier assistant de BHL sur le tournage de ce film de combat, ainsi que son compagnon pendant toutes les années du conflit, est un des résistants de la première heure contre l’agression serbe d’avril 1992.  Lui et Alain Ferrari, le co-réalisateur de ce film-hommage à la Bosnie, ont pu livrer  leurs  impressions sur ce film, à l’époque de sa sortie.

Pour le premier, “ il n’y pas de « fausses premières lignes » que l’on montre d’habitude pour des questions de sécurité. Il n’y pas de situation trop dangereuse, comme c’est l’habitude pour les non-militaires. “Pendant la réunion je vois que Bernard-Henri Lévy est très ferme. Il veut absolument voir le front, les premières lignes, les soldats – parler avec eux, voir nos bases militaires, les prisonniers… Je commence à comprendre qu’il veut, comme il a plusieurs fois dit pendant la réunion, vivre la guerre avec la caméra, la voir tel qu’elle est en réalité et la montrer dans son film. Je comprends aussi qu’à part le film et la caméra, il veut en tant que Bernard-Henri Lévy, le philosophe qui défend la cause bosniaque, voir comment est et comment se comporte cette armée bosniaque.Je tourne mon regard de temps en temps vers lui. Sa détermination, surtout son courage, me surprennent.(…) Est-il obligé de le faire? Nous, les soldats bosniaques nous sommes condamnés à le faire. C’est notre devoir, notre destin. Mais est-ce le devoir de celui qui défend une cause à laquelle il n’est pas lié par ses racines, sa famille ou son pays? (…) Et je ne me suis pas trompé. Il a assisté à la libération de villes bosniaques « en direct ». Il est entré dans des villes pendant que les combats de rue duraient encore. Il a dormi avec nos soldats dans des cabanes, des tranchées, en plein air… Il a su parler avec ces soldats épuisés, désespérés… Il a parlé de l’Espagne, de la résistance française, de son père… Dans le regard de nos soldats j’ai vu qu’ils en avaient besoin. Il y a une seule chose qu’il n’a jamais voulu faire, même pas pour rigoler : c’était de prendre un fusil. Il nous disait que son arme est son stylo, ses pensées et la façon de les dire, de les écrire… On a tous très bien compris cela et on n’a pas insisté.”

Alain Ferrari, co-réalisateur du film dira aussi  : “pour rappeler à ceux qui, loin des champs de bataille, se sont amusés à douter du courage physique et moral d’un intellectuel, Bernard-Henri Lévy, loin de se retirer dans sa tour d’ivoire, a voulu, cette fois-là encore, témoigner de ce qui se passait dans un pays sis au cœur de l’#Europe et que des fascistes épris d’épuration ethnique s’acharnaient à vouloir s’approprier sans que cette même Europe bronchât le moins du monde.”

Le film sera sélectionné au Festival de Cannes et projeté maintes fois auprès de tout ceux qu’il aura fallu convaincre, avec ou sans succès, de se saisir de ce drame humain, moral, politique, européen, “pour ne pas oublier”.

Pour BHL, à la lumière de ce film incroyable, il reste un lien bosniaque  indéfectible, un combat toujours actuel et l’idée d’une Europe défaillante, « qui a commencé de mourir en avril 1992 ».

Il commémore depuis, chaque année,  le début du siège de Sarajevo.

Depuis quelques mois, le film circule de façon « off » sur la plateforme Youtube, via différents comptes plutôt « pirates ». Fait rare pour ce type de documentaire et de format :  il a d’ores et déjà été regardé près de 750 000 fois. Avec finalement la bénédiction de l’auteur.

Aline Le Bail Kremer


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