Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy
Le 11 Février 2010, par Bernard-Henri Lévy, pour Le Point
Vive Jean-Baptiste Botul ! Pour Lacan et contre l’évaluation. De qui se moque Olivier Besancenot ? Le Point du 11/02/2010

Eh oui. Ce livre de Jean-Baptiste Botul, paru en 2004 aux éditions des Mille et une Nuits et intitulé « La vie sexuelle d’Emmanuel Kant » (titre génial !), je l’ai souvent cité. Je l’ai commenté devant les Normaliens de la rue d’Ulm, le 6 avril dernier. Et je l’évoque donc, à nouveau, dans « De la guerre en philosophie » qui est le fruit de cette conférence. Or il s’avère que c’était un canular. Un très brillant et très crédible canular sorti du cerveau farceur d’un journaliste du Canard Enchaîné, au demeurant bon philosophe, Frédéric Pagès. Et je m’y suis donc laissé prendre comme s’y sont laissé prendre, avant moi, les critiques qui l’ont recensé au moment de sa sortie ; comme se laissés prendre, autrefois, Pascal Pia et Maurice Nadeau au faux Rimbaud inventé par Nicolas Bataille et Akakia-Viala ; et comme se sont laissé prendre tant de lecteurs émérites aux faux Gary signés Ajar ou au faux Marc Ronceraille inventé, de toutes pièces, par Claude Bonnefoy qui alla jusqu’à lui consacrer un volume de la prestigieuse collection « Ecrivains de toujours ». Du coup, une seule chose à dire – et de bon coeur. Salut l’artiste. Chapeau pour ce Kant inventé mais plus vrai que nature et dont le portrait, qu’il soit donc signé Botul, Pagès ou Tartempion, me semble toujours aussi raccord avec mon idée d’un Kant (ou, en la circonstance, d’un Althusser) tourmenté par des démons moins conceptuels qu’il y paraît. Le canular étant, comme vous savez, une tradition normalienne j’avoue même éprouver un certain plaisir à m’être laissé piéger, à mon tour, par une mystification aussi bien ficelée.
Plus important, le 12eme Forum des Psys qui se tenait dimanche à la Mutualité, que Jacques-Alain Miller m’avait demandé de présider et qui s’intitulait « évaluer tue ». Pourquoi est-ce qu’évaluer tue ? Pourquoi est-ce que cette manie de tout évaluer, en particulier dans l’entreprise, a-t-elle des conséquences mortifères comme on l’a vu, par exemple, au moment de ces suicides en série de France Télécom auxquels j’avais, le 15 octobre 2009, consacré un entier bloc-notes. Pour deux raisons, au moins. Qui dit évaluer dit comparer et comparer c’est déclencher, au sein même de l’entreprise, une rivalité mimétique généralisée, une guerre de tous contre tous, une joute, qui auront, entre autres effets, celui de briser les solidarités qui, jadis, tissaient le lien social et faisaient que, quand un ouvrier flanchait, quand un terrassier de « L’Assomoir » n’allait pas bien et n’était pas en état de monter, d’autres le remplaçaient et lui permettaient de souffler. Et puis qui dit évaluer dit chiffrer et qui dit chiffrer dit, par définition, réduire un humain à sa part quantifiable, éliminer de lui tout ce qui est désir, libido, caprice, lapsus, accidents de l’inconscient ou de l’âme, bref, vie – et c’est donc, qu’on le veuille ou non, le transformer quasi mécaniquement en non-vivant, en zéro, en déchet et, à terme, selon la plus ou moins grande résistance de chacun, le pousser peut-être au suicide. Le capitalisme moderne a eu son époque Taylor. Il a eu son moment Bentham, l’inventeur du fameux Panoptique et de son système de surveillance permanente et généralisée. Eh bien peut-être entre-t-il dans l’âge de ces TCC – Thérapies Cognitives et Comportementales – dont il revient aux analystes lacaniens de l’Ecole de la Cause freudienne d’avoir, presque seuls, et de longue date, dénoncé les inévitables méfaits. Nous y voilà.
Sans doute plus important encore : Olivier Besancenot demandant à une femme voilée de porter les couleurs de son parti, aux prochaines élections régionales, en Provence Alpes Côte d’Azur. Cette décision est odieuse à trois titres. Parce qu’elle contrevient aux principes de laïcité qui, quelque avis que l’on ait sur le principe de la loi sur la Burqa qui agite l’opinion depuis quelques semaines, prescrit qu’il y a un espace au moins, celui où s’exprime et, plus encore, où s’élabore, se façonne, s’exprime, la citoyenneté où ce type de « signe » n’a certainement pas sa place. Parce qu’elle est une gifle, ensuite, à toutes les femmes qui croyaient avoir compris qu’elles étaient désormais, en tout cas en France, les égales absolues des hommes et que leur visage était donc un visage, un vrai visage, pas un objet de scandale, pas un désordre qu’il faudrait maîtriser, pas un outrage que l’on ne saurait voir et qu’il conviendrait de dissimuler, pas une impureté. Et puis elle est odieuse, enfin, parce qu’elle est un outrage, pour le coup, à toutes les femmes qui, hors de France et, en particulier, dans les pays à majorité musulmane, luttent à visage découvert contre une prescription dont elles savent bien, elles, qu’elle n’est pas religieuse mais politique, de part en part politique et complice, en l’espèce, des plus effroyables tyrannies – comment concilier le souci du monde, voire la solidarité avec les femmes qui, en ce moment même, défilent dans les rues de Téhéran, si l’on consent, ici, à cautionner et même à promouvoir les emblèmes de la politique contre laquelle elles se révoltent ? La laïcité, le féminisme et l’internationalisme furent le cœur de l’extrême gauche du temps où elle avait une âme. C’est à cela, c’est à ces trois principes, donc au meilleur de sa mémoire, que tournent aujourd’hui le dos ses pâles et abusifs héritiers.
Bernard-Henri Lévy
Publié également le 17 Février 2010
» Pourquoi je suis favorable à une loi sur la burqa, par B.-H. Lévy - En avant-première - le Point du 18/02/2010
Voir l'article du 4 Février 2010
» Réponse à Gérard Depardieu et à quelques autres - Le Point du 4/02/2010


Le 20 avril 1981...
BHL invité au Petit Journal de Noël, de Yann Barthès, Canal +
cher monsieur,
visiblement vous vous êtes laissé embobiner par les psys concernant l’évaluation…. L’évaluation dans le médico-social a pour but de vérifier si les divers établissements médico-sociaux sont en conformité avec les lois de janvier 2002 et de février 2005. Il ne s’agit pas d’évaluer les personnes, aucun texte ne parle de cela, mais d’évaluer les établissements et leurs obligations de moyens.
Evaluer c’est vérifier s’il existe une cohérence entre ce que les établissements déclarent au sein de leurs projets d’établissement et la réalité. C’est vérifier si les établissement remplissent leurs missions envers les populations accueillies.
Quant à la psy, évaluer c’est vérifier l’impact de telle ou telle thérapie sur les personnes. Le moins que l’on puisse dire c’est que des psychanalystes ont développé un psychanalysme repoussant qui se voudrait être la réponse à tous, pour tout et sur tout…. Idéologie du XIX° siècle qui prétend vouloir tout expliquer à partir d’un principe unique.
Le terrorisme lacanien à fait stagner la psychiatrie et la psychologie française, avec des effets de nuisance vis à vis des personnes. L’autisme fait partie du territoire malmené par la psychanalyse : thérapie fantaisiste, culpabilisation inutile des parents, étiologie pseudo-scientifiques, etc.
L’Evaluation a également pour but de mettre fin à ce genre de nuisances, que dis-je de maltraitance !
L’Evaluation met fin à la toute puissance des lacaniens, dandys narcissiques qui ne savent que jouir par leurs spéculations bien vaines sur le langage….
Quant à votre critiques des TCC , je suis surpris que vous fassiez un commentaire d’un mouvement dont visiblement vous n’avez lu aucun auteur…. Je suis désolé que vous puissiez prendre pour argent comptant les discours réactionnaires des psychanalystes lacaniens sans avoir mis le nez dans un traité de psychothérapie cognitivo-comportementlaiste. Prenez le temps de lire les sources plutôt que de vous attardez sur la critique : je vous conseille comme introduction de lire « Guide Clinique de Thérapie comportementale et cognitive » sous la direction des professeurs Ovide et Philippe Fontaine aux editions Retz, cela vous évitera de répeter des connaissances par ouïe dire. Et également intéressez vous aux dernieres découvertes en matière de neuro-psychologie qui relègue la psychanalyse aux rayons des vieilleries pas plus sérieuses que le mesmerisme.
Liberez vous, comme le disait Descartes des mauvais maîtres et des vieilles nourrices…
Veuillez mon ton un peu vif, mais c’est parce que je vous apprécie par ailleurs que je me permets cette liberté de ton.
Très cordialement à vous
Bernard Botturi
Commentaire par botturi — lundi 22 février 2010 @ 09:11
Je ne crois pas du tout ce que l’on raconte sur BHL…
est-ce politique ? ou jalousie ?
Parfois on se le demande…
Si vous pouvez éclairer ma lanterne j’en serais très heureuse !!!
Commentaire par BAGNOLI FRANCOISE — dimanche 14 février 2010 @ 07:17
Bravo à BHL, phénix de la pensée mondiale, qui renaîtra des cendres du communisme afin d’apporter la lumière de la vérité!
Commentaire par Augustin — dimanche 14 février 2010 @ 00:01
Le livre « La vie sexuelle d’Emmanuel Kant » est juste sorti en 1999, soit cinq ans auparavant, mais bon, on n’est plus à une erreur près, à ce stade, n’est ce pas… ?
Commentaire par Gaël Champigny — samedi 13 février 2010 @ 13:29
A Claudia
On peut aussi se demander si l’importance donnée au voile et le nouveau mensonge de M. Lévy (il ne semble pas que « Besancenot » ait demandé à la candidate qui fait polémique de « porter les couleurs de son parti », elle a été choisie – en quatrième position sur une liste- par des militants après un vote local, ça ne se voit pas tellement dans les propos de M. Lévy) n’a pas pour objectif de détourner les gens des contre-vérités proférées par M.Levy.
Commentaire par Un peu las — jeudi 11 février 2010 @ 16:47
BHL réagit avec Panache au canular Botul. Ses enemis se comportent en vautours. Merci BHL votre sens de l’understatement.
Commentaire par Hélène — jeudi 11 février 2010 @ 15:23
Ce sont des temps de résister. Résistez à tomber dans la cage d’évaluation, car il a accepté d’être pressé par le discours de la «réalité» que les médias cherchent à incarner.
Nous défendons notre droit de l’homme à la fiction. Le droit àa la subjectivité, le droit du être perdue dans les mots, sans la nécessité de céder aux impératifs d’un monde plus police et moins poète
Particulièrement au Paraguay (je vis à proximité de l’Argentine) Il ya tellement de gens qui n’existe pas vraiment for nobody!! Alors ¿Pourquoi ne pouvait à ce pays frère honoré de la présence du Botul et notre Pampas ont assisté à ses cours?
Lacan a dit: « Les non-dupes errent »
Commentaire par Celeste Viñal — jeudi 11 février 2010 @ 13:39
Son tiempos de resistir. Resistir a caer en la jaula de la evaluación tanto como de aceptar ser presionados por el discurso de la « realidad » que los medios de comunicación pretenden encarnar.
Defendemos nuestro derecho humano a la ficción. A la subjetividad, a perderse en las palabras sin que tengamos que ceder a los imperativos detectivescos de un mundo más policía que poeta.
Sobre todo en Paraguay (vivo cerca, en Argentina) existe concretamente tanta gente que no existe para nadie!!! ¿Por qué entonces no podría honrarse este país hermano con la existencia de Botul y nuestras Pampas haber asistido a sus conferencias?
Ya lo dijo Lacan « Los no-incautos yerran » « Les non-dupes errent »
Commentaire par Celeste Viñal — jeudi 11 février 2010 @ 13:31
On peut se demander si l’importance donnée par certains au canular Botul n’a pas pour objectif de détourner les gens des vraies questions que pose BHL et notamment celles sur le voile.
Commentaire par Claudia — jeudi 11 février 2010 @ 13:27