Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Son actualité

Veni, Vidi, Lévy (Les Echos, article de Thierry Gandillot, 17 novembre 2011)

La Guerre sans l’aimer

les-echosBernard-Henri Lévy peut agacer ; il peut épater, aussi. C’est le cas ici. On le sait, le philosophe est un as de la com. Une fois encore, l’homme avance seul, face à la mitraille, la chemise blanche ouverte, tel un saint Sébastien du droit d’ingérence. Et de s’étalonner à l’ombre de Malraux, Byron, d’Annunzio, Orwell, Lawrence…. Un peu de modestie, une fois de plus, eût sied. Mais passons. Ce que raconte BHL, son journal au jour le jour, mérite d’être lu. Discutable, mais passionnant.

Au début, il y eut un réveil étrange, une phrase de Kadhafi en tête : « Nous n’avons pas attendu Bernard-Henri Lévy pour inventer le monothéisme. » Cette citation, retrouvée dans un vieux numéro des « Nouvelles Littéraires », date de 1979. Et le philosophe de conclure : « Je découvrais, entre cet homme et moi, un obscur et ancien contentieux. »

Saisi une fois encore par « le démon de faire », BHL part pour la Libye le mardi 29 février. Sur ses « deniers personnels ». Le début d’une sidérante aventure au casting prestigieux : Sarkozy, Cameron, Clinton, Obama, pour les premiers rôles. Tous ceux qui ne sont pas d’accord avec la croisade libyenne de Sarko-Lévy – une association de circonstance, BHL n’est pas sarkozyste -sont affublés de noms d’oiseaux. Une histoire d’hommes, aussi : « Tu crois qu’elle aurait fait ce que j’ai fait, Madame Royal ? Et que tu serais là avec madame Royal à discuter de la meilleure manière pour une démocratie de protéger les civils ? »
Arrivée en terres étrangères

Quand il débarque en Libye, la première fois -il y aura cinq voyages par voie d’air, de terre et de mer -, BHL ne sait pas où il met les pieds. Mais, face aux rebelles de Benghazi, il a une illumination : mettre Sarkozy dans le coup. La relation entre les deux hommes est au coeur du livre. A plusieurs reprises, les initiatives de BHL et l’implication totale du président de la République permettront de sortir de situations désespérées. Et de gagner la guerre. « Leur » guerre. Ces scènes, que l’Histoire retiendra et qui seront soumises au travail des historiens, sont le meilleur du livre.

Pourquoi les rebelles libyens ont-ils fait confiance à ce philosophe sorti de nulle part qui va les emmener à l’Elysée ? C’est la question que BHL posera à Mustafa Abdeljalil, le président du Conseil national de transition, à la chute de Tripoli. Réponse : « Vous aviez les yeux d’un honnête homme. [...] Et quelque chose m’a dit que si vous étiez là, c’est que Dieu y était favorable. »

On espère que Dieu a prévu aussi la réponse à la question : que vont faire les Libyens de leur victoire ? Les premières déclarations des vainqueurs, relatives à la charia, laissent augurer le pire. BHL ne cache pas son inquiétude, mais il veut croire aux chances d’un « islam intermédiaire ». Au motif que la charia n’est « consignée dans nul livre », il espère que la Libye deviendra « un pays normal où le dernier mot reviendra à la loi. C’est, à ce jour, l’explication que je retiens. Tout en sachant, hélas, que nous entrons dans une zone où rien n’est totalement impossible. »

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