Une bouteille à la mer (du web) pour les Pussy Riot (article de Maria de França, La Règle du Jeu, le 27 août 2012)

PussyRiotMoscou12Chère Balaclava,
Chère Serafina,

Je ne connais pas vos noms. Je ne connais que vos pseudos. Et je sais que vous étiez là, le 21 février dernier, à la cathédrale du Christ Saint-Sauveur de Moscou, quand Maria Alekhina, Nadezhada Tolokonnikova et Ekaterina Samoussevitch ont été arrêtées par la police de Poutine.

Vous vous êtes enfuies ce jour-là. Face à l’iniquité prévisible du procès qu’allait intenter l’État russe, voyant ce qui était déjà en train d’arriver à vos trois camarades arrêtées et qui comparaissaient devant le tribunal, apprenant qu’elles étaient condamnées au terme d’une mascarade de procès à deux ans de camp pour une simple chanson, vous avez plongé dans la clandestinité, vous avez estimé qu’il était prudent, raisonnable et, au fond, juste de quitter carrément la Russie – et vous avez eu bien raison. Un grand poète français, Charles Baudelaire, proposait d’ajouter à la liste des droits de l’Homme le droit de “s’en aller” – c’est ce que vous avez fait, car vous n’aviez pas le choix et aucune femme, aucun homme, épris de liberté ne peut vous donner tort!

Nul, à l’heure où nous vous adressons ce message ne sait pourtant où vous vous trouvez ni même si vous avez vraiment réussi à quitter le territoire de votre pays. Et ces mots que nous vous envoyons telle une bouteille à la mer ou, plus exactement, sur le web, ces mots de solidarité et d’amitié dont nous espérons que beaucoup les relaieront, nous ignorons s’ils vous parviendront, quand et comment vous en aurez connaissance, ni si vous serez en mesure d’y répondre.

Le voici, tout de même, ce message.

Nous vous disons, d’abord, que vous avez ici, à La Règle du jeu, la revue littéraire dirigée par l’écrivain français Bernard-Henri Lévy, des écrivains, des penseurs, des artistes, qui ont été, depuis le premier jour, parmi vos indéfectibles soutiens. Bernard-Henri Lévy a lui-même lancé, dès les premières heures suivant l’arrestation de vos trois amies, un appel à reprendre, répercuter, buzzer votre “prière punk”. Il a dit : “puisque Poutine s’est senti ridiculisé par ces cinq jeunes chanteuses, eh bien couvrons-le de ridicule, ensevelissons-le sous le ridicule, en faisant de cette prière un best du web”. Il a été entendu.

Nous vous disons deuxièmement que, si vous sortez vraiment de Russie et si cherchez un lieu pour souffler, être à l’abri, réfléchir à votre stratégie ainsi qu’à la défense de vos camarades emprisonnées, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que vous soyez les bienvenues à Paris. Nous nous adresserons aux dirigeants français afin que vous soyez accueillies dans la patrie des Droits de l’Homme. Nous vous mettrons en contact avec des avocats amis de la Revue qui réfléchiront, avec vous, aux moyens légaux permettant, en Russie et hors de Russie, à vos camarades de voir leur peine supprimée. Nous vous aiderons à introduire, par exemple, un recours près la Cour européenne des Droits de l’Homme. Et nous organiserons une collecte permettant à vos amis français, très nombreux, de vous loger, de subvenir à vos besoins et d’assurer votre sécurité ainsi que votre anonymat, pendant les quelques semaines où vous jugerez bon de rester parmi nous.

Et puis, enfin, la Revue mettra ses moyens en œuvre pour vous permettre de vous adresser à vos amis français à la manière qui est la vôtre et qui est, sans doute, la plus efficace: en musique. Un concert des Pussy Riot à Paris! Le concert de la cathédrale du Christ Saint-Sauveur repris, réorchestré, amplifié, à Paris! Quel pied de nez à Poutine! Quel acte de liberté! Venez – nous nous chargerons du reste.


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