Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

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Un texte de BHL invitant à frapper l’Iran au portefeuille.

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ahmadinejadLe texte suivant est paru en « Une » de Libération ce 23 décembre, le journal de Laurent Joffrin et de François Sergent, les deux compagnons de Bhl dans ce combat. C’est un texte fort qui appelle à agir après la triple provocation qu’ont été l’aggravation des conditions de détention de Sakineh, la condamnation du blogueur Blogfather et, maintenant, celle de Jafar Panahi. Je crois savoir que Bhl a déjà mobilisé Arte ainsi que la Règle du Jeu. Dans ce texte il appelle les Etats à prendre leurs responsabilités. Il invente aussi, à ma connaissance, le mot de « mollarques ». Je rappelle qu’il est paru dès hier en première page du Corriere della Sera . Et je pense qu’il aura un retentissement mondial. Mon Dieu ! Prions pour que la communauté internationale comprenne la nécessité d’agir avant qu’il ne soit trop tard. Et bravo à Bhl pour son obstination.
Liliane Lazar

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En incarcérant Jafar Panahi, les dirigeants iraniens ont déclaré la guerre à leurs artistes.
Ils ont mis hors-la-loi leur cinéma qui était, et est encore, l’un des grands cinémas du monde.
Ils ont mis hors-la-loi leur peuple ou, tout au moins, cette immense partie de leur peuple (celle qui,
voici 18 mois, votait, en majorité, pour Moussavi) à laquelle Panahi était soupçonné de vouloir consacrer un film.

Ils ont inventé un crime – l’intention d’un film – que même les Staliniens n’avaient pas osé imaginer.
Ils ont inventé un châtiment – vingt ans de bâillon, au terme des six ans d’emprisonnement – qui semblait n’avoir cours que sous les dictatures imaginaires d’Alfred Jarry ou de Georges Orwell.
Ils se sont mis au ban des Nations.
Ils ont signifié aux Nations qu’au bout de la course folle dans laquelle ils se sont engagés, notre avis, notre jugement, notre éventuelle condamnation, ne comptaient plus vraiment pour eux.
Ils ont perdu la tête.
Ils ont perdu l’amour de leur pays, de ses valeurs, de sa culture.
Ils sont capables de tout, à partir de là.
Ils sont dans une spirale de paranoïa et de démence qui peut déboucher sur une crise, une dissension, une implosion – mais aussi, hélas, sur le pire.
Laisserons-nous ce pire advenir?
Assisterons-nous, impuissants, aux prochaines provocations de cet État devenu autiste?
Et qui, après Sakineh, qui après Panahi, qui après Blogfather, le blogueur condamné à 19 ans et demi de prison pour avoir défendu et illustré les vertus d’internet devant la jeunesse de son pays, qui, après Nasrin Sotoudeh, l’héroïque avocate elle aussi emprisonnée et que le régime tente également de briser, qui, après tous ceux-là, sera-t-il la prochaine victime de ces fanatiques auto-couronnés?
L’énormité de la provocation – il faudrait dire: de ces provocations en série… – appelle une riposte à sa mesure.
Sur le plan des principes, tout d’abord: les Iraniens fabriquent des symboles ; ils produisent à la chaine des coupables, sortes d’élus à rebours, sur qui va pouvoir peser tout le poids des machines répressives; eh bien, nous ne devons pas céder sur ces cas apparemment singuliers; nous devons, nous aussi, comme si l’avenir de l’Iran et du monde en dépendait, nous battre pour la libération, ici d’un cinéaste, là d’un blogueur embastillé, là d’une institutrice azérie condamnée à la lapidation; nous devons, puisque ces furieux l’ont déclarée, gagner cette bataille des symboles.
Sur le plan politique, ensuite: les démocraties, les Nations-Unies, le monde, viennent, une fois n’est pas coutume, et face à la crise ivoirienne, de montrer ce qu’il était possible de faire, et quelles sanctions pouvaient être prises, face à un État hors-la-loi; eh bien Ahmadinejad vaut bien Laurent Gbagbo; emprisonner Jafar Panahi, ou Mohammad Rasoulof, n’est pas moins exorbitant à la loi internationale et au droit que de truquer une élection (d’autant qu’Ahmadinejad a fait les deux et qu’il a commencé, lui aussi, en juin 2009, avant d’emprisonner Panahi, par voler leur vote aux Iraniens); alors traitons l’un comme nous traitons l’autre; gelons les avoirs du régime iranien comme nous gelons les avoirs du régime ivoirien; déclarons Ahmadinejad, Khamenei, leurs familles, leurs ministres, persona non grata à l’extérieur de l’Iran; et, last but not least, mettons en œuvre le système de sanctions dont chacun sait ce qu’il devrait être et dont nul n’ignore que le régime n’y survivrait pas six mois.
Il dépend de l’essence qu’il importe: couper le robinet et les pompes contribuerait, sans aucun doute, au soulèvement qui gronde dans les rues de Téhéran, Ispahan, Tabriz ou Qom.
Il vit du pétrole que le monde et, en particulier, les États-Unis lui achètent: les États-Unis, la chose est peu sue, ont reconstitué leurs réserves à un niveau tel qu’ils peuvent passer des années à boycotter le pétrole des mollarques.
Nous n’avons, de toutes façons, plus le choix.
C’est, aujourd’hui, la fermeté – ou, demain, la tragédie.

Bernard-Henri Lévy

Un commentaire »

  1. Il se passe exactement la mëme chose à Cuba. Le dissident Orlando Zapata Tamayo torturé et assassiné, la blogueuse Yoani Sanchez interdite de soritie du pays, agressée, las Damas de Blanco terrorisées, les artistes et intellectuels réprimés, etc et etc. Un demi siécle, plus de 50 ans d’un regime castriste totalitaire, et pas un mot, ou pratiquement aucun sur cette ïle martyr, cette ïle prison. Pourquoi cet oubli? Alors que l’on sait que ce régime est une des plus grandes dictatures de la planéte, allié de toutes ces autres dictatures comme l’iranienne. Nous avons besoin d’aide, nous les cubains avons besoin d’aide, nous sommes un peuple détruit, épuisé, tenu en esclavage par deux fréres et toute une mafia castriste. Nous vous supplions de nous aider, de soutenir notre lutte pour la liberté de Cuba, de porter la voix aussi du peuple de Lezama Lima, de Reynaldo Arenas. Aidez-nous a crier notre désir de vivre libres et en paix. Merci.
    Recevez notre admiration pour tous vos combats.
    Jose Luis Sito

    Commentaire par jose luis sito — lundi 27 décembre 2010 @ 10:20

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