Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

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Syrie : Bernard-Henri Lévy déçu par François Hollande (Le Parisien du 3 août 2012)

Le Parisien Aujourd’hui

BHL - le ParisienAlors que les combats font rage dans le pays, Bernard-Henri Lévy demande au chef de l’Etat d’être plus ferme. Comme son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, l’avait été en Libye l’an dernier.

Les rebelles syriens ne cessent d’appeler la communauté internationale au secours. Que peut faire la France face aux veto russe et chinois ?
Bernard-Henri Lévy :
Passer outre. C’est ce que Nicolas Sarkozy avait envisagé de faire pour la Libye. Je le revois, le 10 mars 2011 à l’Elysée, face aux Libyens lui demandant ce qui se passerait si Russes et Chinois opposaient leur veto à la résolution française. Il y a eu un long silence. Il a dit : « On fera comme au Kosovo. Avec les Britanniques, la Ligue arabe et certains Etats africains, on passera outre. »

Ça voudrait dire quoi, aujourd’hui ?
Ça voudrait dire acter l’échec lamentable des Nations unies. Et forger une alliance ad hoc avec la Ligue arabe et cette fois les Turcs. Les plans d’attaque sont prêts. Il ne faut plus grand-chose, chacun le sait, pour donner le coup de grâce au régime. Il manque juste un pilote dans l’avion. Et, même si les avions sont turcs, le pilote peut et doit être français.

François Hollande est critiqué pour sa passivité. Trouvez-vous qu’il a fait pour l’instant ce qu’il fallait ?
Ce dont je suis sûr, c’est qu’il n’a pas fait ce qu’il avait promis le 29 mai sur France 2. Il parlait ce soir-là de « chasser » Bachar al-Assad. Et il n’excluait pour cela aucun moyen, même militaire. Nous sommes loin du compte.

Vous êtes déçu ?
Bien sûr, je suis déçu par Hollande. J’ai voté pour lui. J’ai trouvé courageuses et justes les décisions prises en matière économique et face à la crise de l’Europe. Mais là, devant ce qui restera peut-être comme la grande épreuve historique, politique, morale, du quinquennat, cet attentisme, ce flot de bonnes paroles sans effet, ce n’est plus possible.

Et Fabius ?
La France a pris hier (NDLR : mercredi) la présidence du Conseil de sécurité. On va voir ce que Fabius en fera. L’histoire n’est jamais complètement écrite, vous savez. Et il n’est pas rare qu’une parole, une simple parole, si elle est inspirée et forte, crée un électrochoc mondial et touche la conscience universelle. Y compris, pourquoi pas, la conscience chinoise ou russe. Attendons. Espérons.

Faut-il livrer des armes aux insurgés ?
C’est toujours la même histoire. Ou bien on les aide ou bien on les laisse s’aider eux-mêmes. Personnellement, je préférerais que la communauté internationale prenne ses responsabilités. Et assume, comme en Libye, celle de protéger. Mais si elle persiste dans l’atermoiement, alors, oui, il faudra livrer plus d’armes.

Il y a aussi des exécutions côté rebelles, des règlements de comptes, les chrétiens se sentent menacés…
Plus on attend, et plus il y aura d’exactions. C’est une autre raison qui rend si urgente l’intervention. Quant aux chrétiens, bien sûr que leur situation est terrible. L’intervention, quand elle aura lieu, devra être assortie d’un avertissement clair aux Syriens libres : « Ne touchez pas aux chrétiens. »

Assad peut-il tenir ? N’est-il pas moins isolé que ne l’était Kadhafi ?
C’est un autre mythe, propagé par ceux qui ne veulent rien faire. Assad est plus isolé que ne l’était Kadhafi dans le monde arabe. Plus isolé en Afrique. Et quant à ce fameux soutien russe et chinois qui arrange finalement tant de gens, Kadhafi en a bénéficié tout autant… et bien après le début de l’intervention ! La différence, c’est que la coalition en Libye n’a pas cédé au chantage.

Propos recueillis par Frédéric Gershel.

Photo (LP/Matthieu de Martignac)

Un commentaire »

  1. Voilà au moins un intellectuel français qui tire la sonnette d’alarme en interpellant l’actuel président français à agir et à répondre à l’appelle de l’histoire car quoiqu’on dise l’histoire en fera le témoignage. Et au grand jour des décomptes on n’oubliera pas de dire que pour ce qui est de l’action que son prédécesseur N.Sarkozy a eu de la réactivité et de la détermination face à l’histoire qui s’écrivait en Libye.

    Commentaire par OUATTARA Tanga Youssouf — vendredi 3 août 2012 @ 10:04

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