Syrie. "Assad a perpétré des crimes : il faut des sanctions !". Une interview de Lama Atassi (Le Nouvel Observateur du 4/07/2001)

freedom syriaPour l’opposante syrienne Lama Atassi, coorganisatrice du meeting SOS-Syrie avec Bernard-Henri Lévy, « jusqu’à présent, aux yeux du monde, Bachar al-Assad est légitime, il faut faire changer cela ! » . Par Céline Lussato, pour le Nouvel Observateur.

Le Nouvel Observateur : Comment en êtes-vous arrivé à participer à l’organisation du meeting « SOS Syrie » ?

Lama Atassi :  Je suis issue d’une famille très politique et ancrée dans l’Histoire de la Syrie depuis plusieurs générations. Toute ma famille a baigné dans la politique, a souffert de la politique. Mon père, à l’origine communiste, était une des figures de l’opposition les plus connues. Je n’ai jamais voulu faire de politique car je ne voyais pas l’issue de cette voie. Je ne voulais pas être privée de mon pays et je voulais garder un lien. Je me disais que je pourrais servir mon pays autrement. Mais quand les gens ont bougé dans la rue, c’est devenu inévitable. C’est eux qui ont fait la révolution et c’est eux qui en garderont tout le mérite. Mais nous avons un rôle de relais. Les Syriens du monde entier doivent les aider. C’est pourquoi j’ai décidé de m’engager.

Pourquoi organiser un tel meeting avec Bernard-Henri Lévy ?

– Je me suis fait connaître dans les milieux de l’opposition, dans les manifestations, les débats et j’ai été invitée à la conférence de l’opposition à Antalya. J’ai été mise à l’honneur car on m’a donné « le mot de la femme » [elle est la seule femme à avoir pu s’exprimer publiquement lors de cette conférence, NDLR]. C’était une occasion extraordinaire, car jamais je n’avais pensé que des personnalités de bords aussi différents puissent discuter ensemble. Et je leur ai proposé de relayer en France le soutien à la mise en place de la démocratie en Syrie et de les mettre en relation avec BHL car celui-ci avait émis le vœu de donner son appui moral et politique important à la cause syrienne. Il n’a jamais été question, dans l’état d’esprit de BHL ni des Syriens, de reproduire la Libye. Une opération militaire est quelque chose de tout à fait exclu et il me l’a dit très clairement dès notre première rencontre.

Mais, pour l’instant, le Conseil de sécurité ne peut se prononcer car deux pays, la Chine et la Russie, posent problème. Nous voudrions donc faire une pression médiatique pour faire changer cela. Jusqu’à présent, aux yeux du monde, Assad est légitime. Jusqu’à présent, aux yeux du monde, Assad n’est pas un criminel de guerre. Or il a perpétré des crimes, tué des gens, massacré des familles entières : il faut des sanctions.

De là est née l’idée du meeting. Au travers de BHL, grâce à son soutien, nous avons pu mettre en lien des Syriens, des Français, des politiques, des citoyens dans ce but.

Qui sont les opposants qui seront présents lundi soir ? Seulement l’opposition d’Antalya ou d’autres tendances de l’opposition ?

– Seront présents des intervenants de toutes tendances, surtout d’Antalya, et des invités dont la liste n’est pas arrêtée qui viendront apporter leur soutien. Nous aurons avec nous plusieurs personnalités, notamment Ammar Qorabi qui représente l’Organisation nationale des droits de l’homme syrienne et sera bien là malgré toutes les rumeurs, Mohammed Droubi représentant des Frères musulmans qui est quelqu’un de très ouvert -j’avais des a priori mais c’est vraiment quelqu’un de très très évolué- il y a des Chrétiens, des Alaouites, de toutes les tendances, de droite, de gauche… Des Syriens qui n’étaient pas à Antalya ont également tenu à être là.

Les personnalités d’Antalya ne nient pas, il faut le préciser, d’autres opposants légitimes.

Avez-vous un message à envoyer à la France et à Nicolas Sarkozy ?

– Nous appelons de nos vœux à des actions, même symboliques. Pourquoi ne pas changer l’ambassadeur pour mettre une personne favorable à la révolution ? La France doit tourner la page de l’époque où la France cautionnait complètement le régime Assad. La France doit ouvrir une nouvelle page des relations avec le peuple syrien.

Interview de l’opposante Lama Atassi, présidente de « France-Syrie démocratie », co-organisatrice du meeting « SOS-Syrie » avec Bernard-Henri Lévy, par Céline Lussato, pour le Nouvel Observateur.


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