Suspendre sans délai la participation européenne aux Jeux de Sotchi (La Règle du Jeu, le 18 février 2014)

bhl-ukraine.jpg1La bataille du Maïdan a commencé. Le scénario le plus terrible, celui auquel on n’osait croire et qui est celui d’un Tian’anmen ukrainien, est en train de devenir réalité. 5 morts par balles. 150 blessés. Peut-être davantage.

Poutine n’aura même pas attendu la fin des Jeux Olympiques de Sotchi. Il ne se sera embarrassé d’aucun scrupule ni précaution diplomatique. Logique de la force nue. Barbarie de la soldatesque qui faisait face jusqu’ici, mais avec sang-froid, aux manifestants pacifiques. L’Europe laissera-t-elle faire ? François Hollande, rentré de son voyage à New York plein de ce courage politique que lui a reconnu son allié américain, choisira-t-il de temporiser et d’autoriser « l’ours russe » à « faire le ménage » dans cette partie de l’Europe que trop de commentateurs appellent son « pré carré » ?

Il est encore temps, mais très vite, de menacer Ianoukovitch des sanctions que l’Union Européenne tient prête, mais sans se résoudre à les appliquer. Il est encore temps, si la soldatesque anti émeutes ne recule pas dans l’heure, d’interdire Ianoukovitch et sa famille d’entrée sur le territoire de tous les pays de l’union européenne. Il est encore temps, si l’arrêt de la violence n’est pas immédiatement décrété, de faire savoir haut et fort, en les nommant, aux quelques oligarques qui contrôlent ce régime assassin que leurs avoirs seront gélés sans délai. Et il est encore temps, enfin, de convaincre le Comité Olympique français, Jean-Claude Killy ainsi que tous les sportifs français présents à Sotchi de faire la grève des Jeux tant que le sang coulera sur le Maïdan.

Bernard-Henri Lévy

Photo : Bernard-Henri Lévy à Kiev lors de son discours sur la place Maïdan le dimanche 9 février 2014. (c) Alexis Duclos


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2 commentaires

  • galloo dit :

    Comment faire la fête (olympique) alors que le peuple ukrainien se bat pour sa liberté ?
    Qui va arrêter Poutine ?
    Que pouvons-nous faire en France ?
    Quelle action pouvons-nous mener ?

  • Christophe Engel dit :

    Monsieur Levy,

    je vous remercie pour votre intervention, ce cri d’alarme que vous avez poussé ce matin du 19 février à 8h30 sur France-Inter, au sujet de la situation en Ukraine, alors qu’ivres de cette joie télévisuelle artificielle que nous procurent les jeux de Sotchi à quelques kilomètres de là , nous reléguons le Maïdan dans les oubliettes de notre conscience. Mais n’est-ce pas aussi la même attitude que nous adoptons pour la Tchétchénie et d’autres régions du Caucase ? Les cris de ces peuples nous interpellaient à une certaine époque. Aujourd’hui, ils ne nous atteignent plus, et ne semblent plus franchir la chasse gardée de la politique intérieure russe.

    Pourquoi, à l’heure où l’information est en apparence si facile d’accès (mais la désinformation aussi), sommes-nous plutôt indifférents, désabusés et résignés, et non pas spontanément interpellés, bouleversés et scandalisés ? Ne serait-ce au moins, comme premier pas vers l’éveil de nos consciences, que de nous émouvoir de la détresse des hommes et femmes engagés dans ce combat à Maïdan. Je crains ce combat désespéré. Car en effet, je me sens moi-même résigné face à ce « bla-bla » de nos responsables politiques que vous dénoncez à juste titre dans cette situation d’urgence.

    Et j’entends, comme un lointain écho de Sochi, un rire à peine voilé de M. Poutine, face à la rationalité des discours justifiant l’inertie et la non-action apparente des Européens.

    Merci à vous pour vos prises de parole et votre engagement, pour qu’au moins, nos consciences ne s’assoupissent pas de manière irréversible.

    Ch Engel

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