Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

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SOS Syrie : le serment de Paris (Le JDD, 10 juillet 2011)

Le Journal du Dimanche

250px-Logo_JDDDepuis le mois de mars 2011, le peuple syrien a rejoint le Printemps arabe. Bravant avec un courage éblouissant la sauvagerie de l’appareil répressif aux ordres du clan Assad, des centaines de milliers d’hommes et de femmes sont descendus dans les rues pour exiger la fin de la dictature et la liberté.

Nous ne sommes pas parmi les spectateurs attentistes et frileux de la révolution syrienne. Nous ne sommes pas non plus les soutiens aveugles et angéliques d’un mouvement dont l’issue est, évidemment, incertaine. Nous savons que l’Histoire n’est jamais écrite d’avance. Et il est clair que le destin de la révolution syrienne en marche dépendra aussi de l’aide que le monde démocratique saura, ou non, lui fournir.

C’est pourquoi nous exigeons de la communauté internationale qu’elle assume sa responsabilité d’aider le peuple syrien face à ses bourreaux :

– le Conseil de sécurité de l’ONU doit prendre des sanctions sévères contre les responsables des assassinats, tortures, arrestations, séquestrations qui frappent, de semaine en semaine, les manifestants à travers le pays ;

– Assad et son clan devront répondre de leurs actes devant la Cour pénale internationale ;

– les réfugiés et déplacés doivent bénéficier de l’aide que peuvent fournir les ONG humanitaires.

Et c’est pourquoi nous nous engageons, clairement, fermement, résolument, avec autant de discernement que de détermination, aux côtés de ceux des opposants syriens qui veulent bâtir un État démocratique, pluraliste, laïque, respectueux, en droit et en actes, de sa mosaïque ethnique et religieuse.

Nous nous engageons à appuyer aussi longtemps que nécessaire ce formidable combat qui porte la riche possibilité d’un Moyen-Orient débarrassé de ses tyrans, débarrassé de l’extrémisme et de l’obscurantisme, la possibilité d’un Moyen-Orient pacifié, la possibilité d’une Syrie vivant en paix avec ses voisins.

Nous disons à nos amis syriens : parce que la démocratie est un bien universel, parce qu’elle est un droit absolu pour toute l’humanité, nous faisons le serment de vous accompagner jusqu’à ce qu’elle triomphe dans votre grand pays.

Signataires français :
Bernard Henri-Lévy, Fadela Amara, Martine Aubry, Xavier Beauvois, Jane Birkin, Jean-François Copé, Laurent Fabius, André Glucksmann, François Hollande, Bernard Kouchner et Axel Poniatowski.

Signataires syriens :
Amr Al-Azm, Molham Aldrobii, Ahed Alhindi, Lama Atassi, Radwan Badini, Mohammed Karkouti, Abdel Ilah Milhem, Ammar Qurabi, Sondos Sulaiman, Khawla Yusuf, Salim Monem, Georgette Alam, Alexandre Goldfarb, Adib Shishakly.

* Ce serment de Paris a été élaboré à la suite du meeting SOS Syrie du 4 juillet, organisé au cinéma Le Saint-Germain-des-Prés par Bernard-Henri Lévy et sa revue La Règle du jeu, France-Syrie démocratie et Change Syria for democracy.

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