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Salut à François Baudot, par Bernard-Henri Lévy
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C’était un personnage de Proust. C’était, comme aurait également dit Sartre, un individu « sans importance collective » dont la mort, j’imagine, ne fera que quelques lignes dans les journaux. Il s’appelait François Baudot. C’était un vieil ami que je ne voyais plus guère, mais dont le suicide, à 60 ans, me bouleverse. Je le revois, colossal et raffiné. Secret et fulgurant. Plus snob qu’un personnage de Thackeray et, plus encore que lui, Thackeray, tenant le snobisme en dédain. Je le revois, -depuis les années Palace, détectant comme personne l’esprit du temps qui vient mais s’en détournant à l’instant très précis où cet esprit va s’imposer. Je l’entends, dans nos dîners d’été, -incollable sur la peinture italienne et l’art contemporain, l’histoire de France et ses permanences, les clés des livres de La Bruyère, Saint Simon, Balzac ou, à nouveau, Proust. Je me souviens de cet « Art d’être pauvre », érudit et délicat, que ce grand dandy, sans œuvre comme il se doit, avait fini par se décider à écrire et dont je fus un peu l’éditeur. Je le revois, la dernière fois où nous nous sommes croisés, avec ce visage trop charnu, comme tuméfié, qui ne lui ressemblait plus et où j’aurais dû voir le signe d’un désaccord -définitif avec ce monde. Peu d’hommes auront à ce point senti leur temps et l’auront si puissamment détesté. Peu de contemporains en auront, comme lui, François Baudot, pressenti les rendez-vous mais sans jamais y trouver vraiment sa place. On a dit de Robert de Montesquiou qu’il est mort de s’être reconnu, trop reconnu, dans « A la recherche du temps perdu ». Se pourrait-il que l’on meure, aussi, de n’avoir pas trouvé sa « Recherche » et d’être resté, jusqu’au bout, un personnage en quête d’emploi ? Une sorte de Charles Haas qui n’aurait pas rencontré son Proust, ne serait jamais devenu Swann et en aurait conçu un irrémédiable chagrin.
Bernard-Henri Lévy
Publié également le 9 Mai 2010
» Firmar la paz es cosa de dos - El Pais du 09/05/2010
Voir l'article du 5 Mai 2010
» ¨Pourquoi j’ai signé l’« appel à la raison » de JCall, par Bernard-Henri Lévy


Le 20 avril 1981...
BHL invité au Petit Journal de Noël, de Yann Barthès, Canal +
BHL sait nous faire comprendre sa tristesse.
Commentaire par Diane — mardi 11 mai 2010 @ 09:57
La pudeur de BHL est en harmonie avec le portrait qu’il fait de son ami.
Commentaire par Eve — mardi 11 mai 2010 @ 08:38
Merci pour ce témoignage…
Des amis de François
Commentaire par Olivier & Olivier — lundi 10 mai 2010 @ 14:58
François était notre ami… Nous étions à Tokyo quand nous avons apris la nouvelle. Ce témoignage nous a réconforté.
Merci
Olivier & Olivier
Commentaire par Olivier & Olivier — lundi 10 mai 2010 @ 14:44
L’émotion retenue de BHL est palpable. BHL a une écriture proustienne pour parler de son ami.
Commentaire par Jukiette — lundi 10 mai 2010 @ 13:10
Très bel hommage de BHL à son ami disparu. Et si BHL était le Proust de Baudot?
Commentaire par Jocelyne — lundi 10 mai 2010 @ 12:14
Poignant hommage de BHL à son ami disparu. je vous soutiens Bernard-Henri dans cette épreuve.
Commentaire par Armelle — lundi 10 mai 2010 @ 09:34
Dans ce billet BHL fait une belle démonstration de l’art d’être un ami.
Commentaire par Karine — lundi 10 mai 2010 @ 08:50