Sakineh, Ahmadinejad et les “insolents”, par Bernard-Henri Lévy

Sakineh per la vitaAinsi donc l’Iran recule. La République islamique le fait à sa manière, tortueuse, mais elle recule. Et c’est ce qui ressort de deux prises de position rendues publiques ce matin, après le nouveau sursis accordé à Sakineh sous la pression des opinions et des chancelleries.

La première émane du ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, déclarant à son homologue français Bernard Kouchner que « le verdict final dans l’affaire concernant Sakineh Ashtiani n’avait pas été prononcé par la justice» – manière pour le moins pudique de faire (provisoirement) oublier la lettre adressée par la Cour suprême de Téhéran à la branche d’application des peines de la prison de Tabriz, afin que la jeune femme soit exécutée au plus vite.

Et la seconde, émanant de M. Mehmanparast, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, et rapportée par l’agence Isna, regrette que les Occidentaux aient « l’insolence » de transformer « le cas de Sakineh Mohammadi Ashtiani, qui a commis des crimes et qui a trahi, en une affaire de droits de l’Homme » – quelle insolence, oui, insiste M. Mehmanparast, d’avoir fait de « son cas un symbole de la liberté de la femme » et d’«utiliser un simple dossier (de droit commun) comme un moyen de pression contre l’Iran ».

Ah comme ces choses sont joliment dites… Et comme la colère du gouvernement iranien est élégamment tournée… Heureuse « insolence », en tout cas ! Bienheureuse mobilisation qui a permis, en effet, de faire du visage de Sakineh une icône mondiale, un symbole et de différer ainsi, pour le moment, la date de sa mort annoncée ! Pour nous, bien sûr, le combat continue. Il continue même plus que jamais. Car un sursis n’est pas une grâce. Et l’exécution de la sentence peut survenir, hélas, et encore, à tout instant. La pression doit se poursuivre. Les citoyennes et les citoyens doivent être de plus en plus nombreux – en signant, par exemple, la pétition de la Règle du Jeu – à dire leur solidarité avec la jeune femme injustement condamnée et, bien sûr, avec son fils, Sajjad.

Ne désarmons pas.

Restons « insolents ».

Bernard-Henri Lévy


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Un commentaire

  • Roussel Xavier dit :

    J’aimerais savoir, monsieur BHL, si le cas de Asia Bibi au Pakistan, mérite une défense aussi acharnée que celle destinée à Sakineh en Iran.
    Pour résumer la situation, Asia est une chrétienne de 38 ans, mère de famille, condamnée à mort par la justice pakistanaise pour blasphème.
    Merci.

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