Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

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Roman Polanski : « Je suis atterré » par Bernard-Henri Lévy – JDD du 24/04/2010

Le Journal du Dimanche, par Bernard-Henri Lévy, pour Le Journal du Dimanche

logo jdd Le philosophe s’insurge contre la décision de la justice américaine qui a rejeté jeudi la demande de jugement par contumace formulée par le cinéaste.

polanski« Je suis atterré par la double décision qui vient d’être rendue publique. Je suis atterré par la brutalité de ces juges californiens qui n’ont pas voulu entendre la supplique de Samantha Geimer les adjurant de tourner la page et d’abandonner les poursuites. Je suis atterré par la sottise d’une justice qui semble n’être là, comme l’a d’ailleurs dit l’avocat de Samantha Geimer lui-même, que pour servir les intérêts politiques d’un juge californien en campagne électorale.

Je suis effondré de voir que la requête de Roman Polanski demandant à être jugé, oui, mais par contumace, n’ait pas été entendue non plus, comme si l’on n’avait d’autre désir que de le voir, fers aux pieds, traîné et humilié devant le grand tribunal de l’Opinion. Je pense à lui. Je pense à ses enfants et à son épouse. Je pense à ce cauchemar éveillé qui s’éternise. Il ne reste qu’un espoir: que la justice helvétique ait la sagesse de rompre avec cette farce morbide et criminelle, en refusant l’extradition qu’on lui demande. Elle a tous les arguments pour cela. La morale et le bon sens seraient avec elle. Ce serait, de surcroît, la voie de l’honneur. »

Bernard-Henri Lévy

Propos recueillis par M.D.

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