Roman Polanski

Roman Polanski

Cinéaste, acteur, metteur en scène de théâtre et d’opéra.

Les dates-clefs de Roman Polanski

18 août 1933 : Naissance à Paris de Raymond Liebling, fils de Ryszard Liebling, juif polonais, peintre et fabriquant en matières plastiques, et de Bula Liebling, née Katz-Przedborska, d’origine russe.
1937 : De retour en Pologne, les Liebling s’installent à Cracovie, ville natale de Ryszard. Ils prennent le patronyme de Polanski. A quatre ans, Raymond, devenu Roman (ou Romek), découvre le cinéma grâce à sa demi-sœur Annette, qui l’y emmène souvent.
1939 : Suite à l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, Bula, Annette et Roman se cachent dans les environs de Varsovie, tandis que Ryszard, , resté à Cracovie, veille sur les biens de la famille. Varsovie est occupée par les nazis. Les Polanski se regroupent pour la seconde fois à Cracovie. Ils sont contraints d’y vivre dans le ghetto. Roman est placé,lui, dans une famille d’accueil qui habite hors de la ville.
1940 : La mère de Roman est déportée. Elle périra en 1941 à Auschwitz.
1943 : Le 13 mars, jour de la liquidation du ghetto, Roman assiste à l’arrestation de son père, qui lui fait signe de prendre la fuite. On retrouvera une scène analogue dans Le Pianiste , film pourtant tiré, non des souvenirs de Polanski, mais de ceux du pianiste et compositeur Wladislaw Szpilman. Roman est alors le seul de la famille à ne pas avoir été pris par les nazis. Il trouve refuge chez des paysans vivant dans une campagne reculée et à qui il en fait voir de toutes les couleurs.
1945 : A Cracovie, il retrouve son père, libéré du camp de Mathausen. Il apprend que sa mère, sa grand-mère et Annette ont subi le même sort. Il reprend ses études, où il se révèle médiocre. – Il se passionne pour les films étrangers jusque-là interdits, et notamment pour Les Aventures de Robin des Bois de Michael Curtiz, Huit heures de sursis de Carol Reed et Hamlet de Laurence Olivier.
1946 : Il est engagé comme acteur, à la radio, dans La Joyeuse bande, émission destinée au jeune public. Il entre également au théâtre des Jeunes spectateurs, où il obtient le rôle principal un orphelin qui, devenu la mascotte de l’Armée rouge, est capturé par les Allemands dans Le Fils du régiment, mélodrame à la sauce soviétique de Valentin Kataiev. La pièce remporte un triomphe dans les salles et un prix au festival de théâtre de Varsovie. C’est le premier succès notable dans la carrière de Polanski, carrière qui sera fertile en récompenses de toutes sortes.
1949 : Il rate sa « matura » (bac polonais) , mais il est reçu à l’Ecole des Beaux Arts, où il s’initie à la peinture, à la sculpture et aux arts graphiques.
1953: Il est engagé comme acteur dans des films de fin d’études à l’Ecole de cinéma de Lodz. Il noue là une amitié avec l’un des élèves et futur grand cinéaste, Andrezej Wajda.
1954 : Après avoir été recalé pour cause de petite taille ! à l’Ecole d’art dramatique de Cracovie, il est distribué par Wajda dans le premier long métrage de celui-ci : Génération. Il entame ainsi une longue carrière d’acteur de cinéma (36 films à ce jour), sans jamais renoncer à jouer au théâtre où ses principales prestations seront : le rôle de Lucky dans En attendant Godot de Samuel Beckett, celui du malheureux anti-héros de La Métamorphose d’après Kafka et celui de Mozart dans Amadeus de Peter Schaffer.
1955 : Il fait partie des huit candidats à être admis dans la section mise en scène à l’Ecole de Lodz. Il y commence La Bicyclette, court métrage qui évoque l’un de ses souvenirs du ghetto de Cracovie, mais qui restera inachevé, la pellicule n’étant jamais revenue du laboratoire : accident ou censure ?
1956 : Deuxième année d’études à Lodz : il tourne Meurtre (un gros homme tue un jeune garçon) et Rire de toutes ses dents (un voyeur dans un couloir d’immeuble), qui ne dépassent pas chacun la durée d’1 minute 30.
1957 : Il a comme professeur à Lodz Andrezej Munk, qu’il admire, un documentariste passé à la fiction, en 1956, avec Un homme sur la voie, sans doute le film polonais le plus important de la décennie. Il se lie d’amitié avec lui et fait de la figuration, entre autres dans son Eroica, qui raconte la destruction du ghetto de Varsovie. Il signe son troisième court métrage : Cassons le bal (des voyous perturbent un bal d’étudiants).
1958 : Toujours à Lodz, il réalise Deux hommes et une armoire (deux hommes sortent de la mer, portant une armoire), court métrage de 15’, récompensé aux festivals de San Francisco et Oberhausen.
1959 : Derniers films tournés par Polanski dans le cadre de ses études : La Lampe (7’50), où un magasin de poupées est ravagé par un incendie, et Quand les anges tombent (22’), où une dame-pipi rêve à son passé. Il épouse l’interprète de deux de ses travaux d’école, Barbara Lass , née Lass-Kwiatkowska.
1960 : Il ne rédige pas sa thèse de fin d’études, préférant réaliser pour un producteur français Le Gros et le maigre (16’), où s’affrontent un gros propriétaire et un maigre écrivain.
1961 : Mort accidentelle d’Andrezej Munk pendant le tournage de sa Passagère.
1962 : Il réalise à Cracovie Les Mammifères (10’30), où deux hommes en traîneau se querellent sous la neige et qui remporte à la fois le Grand prix du festival de Tours et le diplôme du mérite à celui d’Oberhausen. Il enchaine avec son premier long métrage, Le Couteau dans l’eau, dialogué par Jerzy Skolimovski et bientôt nominé à l’oscar du meilleur film étranger. Le Couteau dans l’eau, qui ne répond pas aux normes du cinéma soviétique d’alors, inaugure pour Polanski une carrière de réalisateur de longs métrages qui se poursuit encore aujourd’hui.
1963 : Il s’installe à Paris, où il fait la connaissance de Gérard Brach, qui sera, jusqu’en 1992, son scénariste fétiche.
1968 : Le 20 janvier, il épouse l’actrice américaine Sharon Tate, avec laquelle il a tourné, l’année précédente, l’un de ses films les plus célèbres, Le Bal des vampires. En mai, au festival de Cannes, il démissionne du jury, de même qu’Orson Welles, Louis Malle et Monica Vitti, et il participe à la manifestation qui, le 18, aboutira à l’arrêt définitif des projections.
1969 : Le 8 août, Sharon Tate, enceinte, est assassinée ( ainsi que quatre convives venus passer la soirée, en l’absence de Roman Polanski, dans leur villa de Los Angeles) par des membres de la secte de Charles Manson.
1974 : Au festival de Spolète (Italie), il met pour la première fois en scène un opéra : Lulu, d’Alban Berg. Il renouvelle l’expérience, la même année, à l’opéra de Munich, avec le Rigoletto de Verdi.
1976 : Il choisit comme modèle pour l’édition de Noël du magazine Vogue la jeune Nastassja Kinski, rencontrée en 1974 et avec laquelle il tournera, en 1979, Tess d’après le roman de Thomas Hardy.
1977 : L’affaire Samantha Germer (née Gailey) éclate à la suite d’un nouveau reportage photographique pour Vogue. Accusé de viol, Polanski plaide coupable pour relation sexuelle avec une mineure, ce qui lui évite un procès et fait tomber cinq des six chefs d’accusation. Il purge sa peine à la prison de droits communs de Chino. Quand il est libéré, le juge prétend qu’il n’a pas été incarcéré le temps prévu. Polanski prend peur et s’enfuit des USA.
1984 : Il publie en France son autobiographie : Roman par Polanski.
1989 : Troisième mariage avec Emmanuelle Seigner, dont il aura deux enfants.
1992 : Il monte Les Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach à l’Opéra Bastille de Paris.
1996 : Le Double d’après Dostoievski, avec John Travolta et Isabelle Adjani, est abandonné peu avant la date de début de tournage prévue. C’est l’un des nombreux projets que, pour une raison ou pour une autre, et volontairement ou non, Polanski ne mena pas à leur terme. Citons, entre autres: Papillon, Belle de jour, Cendrillon, Les Misérables, La liste de Schindler
1998 : Polanski est élu, à l’Institut de France, membre de l’Académie des Beaux Arts dans la catégorie « Création artistique pour le cinéma et l’audiovisuel », créée en 1985.
2002 : Après avoir longtemps hésité, il accepte d’évoquer dans toute son horreur la fin du ghetto de Varsovie dans Le Pianiste.
2008 : Roman Polanski : Wanted and Desired, documentaire de Maria Zenovich, révèle des vices de forme dans la procédure de l’affaire Gelmer, ce qui choque la justice américaine et relance de plus belle l’affaire en question, bien que la victime ait retiré sa plainte.
2009 : Le 27 septembre, alors qu’il se rend au festival de Zurich où un hommage va lui être consacré, Polanski est arrêté par la police helvétique et placé en détention provisoire en vue de sa prochaine extradition vers les Etats-Unis.
2010 : Le 12 juillet, les autorités suisses refusent l’extradition de Roman Polanski vers les Etats-Unis et le libèrent.

Les œuvres-clefs de Roman Polanski

Nous ne citons ici que les longs métrages, les principaux autres travaux de Roman Polanski étant évoqués dans les dates-clefs.
Le Couteau dans l’eau (1962)
Répulsion (1965)
Cul-de-sac (1966)
Le Bal des vampires (1967)
Rosemary’s Baby (1968)
Macbeth (1971)
Quoi ? (1972)
Chinatown (1974)
Le Locataire (1976)
Tess (1979)
Pirates (1986)
Frantic (1988)
Lunes de fiel (1992)
La Jeune fille et la mort (1994)
La Neuvième porte (1999)
Le Pianiste (2002)
Oliver Twist (2005)
The Ghost Writer (2010)
Carnage (2011)

Roman Polanski et Bernard-Henri Lévy

Quand l’affaire Gelmer rattrape Roman Polanski à Zurich, une mobilisation internationale se déclenche, où s’affrontent ceux qui se félicitent de l’arrestation du cinéaste et ceux qui s’en indignent. Parmi ces derniers, des intellectuels européens tels que Bernard-Henri Lévy, Milan Kundera, Alain Finkielkraut, Yann Moix. Bernard-Henri Lévy, pour sa part, ouvre le site de sa revue La Règle du jeu à Polanski lui-même et à tous ceux qui veulent entrer dans le débat, qui est vif. C’est sur ce site que, le 27 décembre 2009, Polanski remercie chaleureusement Lévy de son soutien, ainsi que tous les anonymes qui, dans l’ombre, lui ont apporté le leur. Le 2 mai 2010, Bernard-Henri Lévy met sur le site une lettre ouverte du cinéaste intitulée : « Je ne peux plus me taire ! ». Mais c’est à peine si la libération de Polanski, le 12 juillet suivant, calme les esprits surchauffés des « justiciers » qui se veulent à tout prix les vengeurs d’une victime qui, de son côté, a depuis longtemps renoncé à toute poursuite.

Citation de Roman Polanski sur Bernard-Henri Lévy

A notre connaissance, Roman Polanski n’a pas écrit sur Bernard-Henri Lévy ; mais, le jour du vingtième anniversaire de La Règle du jeu, il a proclamé : « BHL est devenu un véritable ami. »

Citation de Bernard-Henri Lévy sur Roman Polanski

« Il est honteux de continuer à répéter, comme font les uns et les autres, que la justice doit être « égale pour tous » alors que, s’il y a bien une « inégalité », s’il y a un « deux poids deux mesures », c’est au détriment, pas en faveur, de Polanski. J’ai fait un test. Le 2 octobre dernier, sur NPR, dans l’émission de radio « On Point » où j’affrontais une Géraldine Ferraro répétant en boucle, jusqu’à la nausée : « Polanski a eu une lovely life; maintenant, il faut qu’il paie », j’ai lancé un appel aux auditeurs : « Qu’on me signale un cas, un seul, d’un anonyme, coupable de la même faute, et que l’on serait venu chercher trente après les faits. » On ne m’en a, à ce jour, pas trouvé un. Et on ne m’en a pas trouvé parce qu’il fallait être Polanski justement, il fallait être un artiste de renommée mondiale, pour qu’un juge élu, bientôt en campagne électorale, assoiffé de publicité, fasse remonter le cas des oubliettes où la sagesse des peuples range, même aux Etats-Unis, les très anciens dossiers des délinquants qui n’ont pas récidivé.
Il est étrange, honteux et étrange de voir comment les mêmes qui, drogués au soupçon et voyant des complots partout, passent leur temps à s’interroger sur les agendas secrets des Etats, ne semblent pas le moins du monde gênés par ce timing, pourtant extrêmement bizarre : un homme qui a une maison en Suisse ; qui y passe, depuis des années, toutes les vacances scolaires en famille ; et qui, soudain, sans élément nouveau, renoue avec le cauchemar qui a été le lot de sa vie.
Car il est honteux, enfin, que l’on puisse, quand on parle de cette vie, évoquer l’enfance au ghetto, la mort de la mère à Auschwitz, le meurtre de la jeune épouse éventrée avec l’enfant qu’elle portait, sans que hurlent au chantage (?) les braillards de la nouvelle justice populaire ; du plus abominable serial killer, la « culture de l’excuse » ambiante veut bien scruter l’enfance difficile, la famille à problèmes, les traumatismes mais Roman Polanski serait le seul justiciable au monde à n’avoir droit à aucune circonstance atténuante… »
C’est l’ensemble de l’affaire, en réalité, qui est honteux.
C’est le débat qui est nauséabond et où il faudrait pouvoir ne pas entrer du tout.
Je ne connais guère Roman Polanski. Mais je sais que tous ceux qui, de près ou de loin, trempent dans ce lynchage se réveilleront bientôt, horrifiés par ce qu’ils ont fait, honteux. » (Pour Roman Polanski , The Huffington Post, 28 octobre 2009, repris dans : Pièces d’identité, p.1145.


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