Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy
Le 4 Février 2010, par Bernard-Henri Lévy
Réponse à Gérard Depardieu et à quelques autres – Le Point du 4/02/2010

Cette histoire Frêche est tout de même incroyable.
Voilà un responsable socialiste, patron d’une grande région de France, qui explique tranquillement, à propos de son camarade de parti Laurent Fabius, que « voter pour ce mec en Haute-Normandie » lui « poserait un problème » car « il a une tronche pas catholique ».
Et voilà toute une partie de l’opinion, socialiste et pas socialiste, qui vole au secours, non de l’insulté mais de l’insulteur en nous expliquant qu’il n’y a pas péril en la demeure ; qu’il faut arrêter de voir le mal et, en l’espèce, l’antisémitisme partout ; que c’était juste une façon de parler, une blague, un calembour ; voilà Gérard Depardieu lui-même, oui, le grand Gérard Depardieu dont on compte sur les doigts d’une main le nombre des interventions politiques et qui prend la plume pour demander « qu’on foute la paix » à Monsieur Frêche car Monsieur Frêche « a grandement fait pour la région », car Monsieur Frêche est « bien plus vrai et sympathique que Martine Aubry et compagnie », et car Monsieur Frêche n’a rien fait d’autre que dire tout haut ce que, dans sa famille à lui, Depardieu, comme dans toutes les familles où l’on « ne savait ni lire ni écrire » et où le père « buvait », on a toujours entendu dire tout bas.
Le malheur, cher Gérard Depardieu, c’est que Monsieur Frêche sait lire et écrire et qu’on est, quand on sait lire et écrire, comptable de ce qu’on dit.
Le malheur c’est que, quand on est Monsieur Frêche, c’est-à-dire un élu de la République, l’alcool n’est pas une excuse à l’antisémitisme, au racisme, à l’obscénité.
Le malheur, la vérité, c’est qu’il vaut mieux ne rien dire du tout, ne pas se mêler de politique, que d’accepter, comme vous semblez le faire, de la voir ramenée – la politique – à ce degré zéro qu’est l’affirmation du caractère plus ou moins « sympathique », ou « vrai », de tel ou telle : c’est ainsi que l’on parlait, jadis, de Jean-Marie Le Pen ; c’était, aux yeux des naïfs, sa force et son atout ; on disait : « lui au moins parle vrai ; lui au moins parle cru ; on en a marre de cette langue aseptisée, de cette langue de bois, de cette langue châtiée, qu’est la langue de l’establishment et avec laquelle il a, lui, le mérite d’avoir rompu » – on disait cela, oui, et c’était assez pour lui assurer une place « sympathique » sur les tréteaux et dans les cœurs ; faut-il, franchement, en revenir là ? faut-il qu’un homme comme vous tombe dans le piège d’une platitude, d’une beaufitude, aussi grossières ?
Car la vérité, enfin, c’est que si on laisse passer un mot pareil, si on laisse un responsable de ce niveau s’exprimer comme la première brute avinée venue ou comme, dites-vous, le « Stéphane Guillon » qu’il n’est, hélas, pas davantage, bref, si on laisse un édile qui a peut-être, en effet, fait de « grandes choses » pour « sa région » parler de Laurent Fabius comme Maurras parlait de Blum ou de Mandel, alors, cher Depardieu, je ne veux pas dramatiser, ni employer de trop grands mots, ni donner à cette affaire plus d’importance que n’en a l’incontinence verbale d’un vieil homme qui nous rappelle que ni la sottise ni le populisme ne sont l’apanage d’un camp plutôt que d’un autre, alors, oui, on participe d’un abaissement de l’esprit public qui n’avait pas, depuis longtemps, donné tant de signes que ces jours-ci.
Le Parti socialiste aurait déjà dû exclure Monsieur Frêche quand, en 2006, il a interpellé un groupe de harkis de Montpellier en les traitant de « sous-hommes ».
Il aurait dû s’en séparer quand, la même année, en février puis en novembre, il reprit mot pour mot les mots de Jean-Marie Le Pen sur l’équipe de France de football devenue, à ses yeux, un ramassis de « crétins » qui ne « savent pas chanter “La Marseillaise” » car ils sont presque tous « Blacks » – la « normalité, expliqua finement le maire de Montpellier, serait qu’il y en ait trois ou quatre » ! mais là, avec « neuf Blacks sur onze », on a passé le seuil et c’est l’âme de la France qui s’est perdue !
Il aurait fallu le chasser, cet homme, quand, l’année précédente encore, après avoir expliqué ses revers électoraux par le fait que sa ville était devenue, tantôt « un poste avancé de Tsahal », tantôt un « fief de femmes voilées » liées à Al-Qaeda, il avait dit de ses administrés d’origine maghrébine : « ils ne vont pas vouloir, maintenant, nous imposer leur religion » ; puis : « le problème majeur ce n’est pas la religion, mais le nombre » ; puis, enfin : « il y en a marre de voir la France se culpabiliser sur la colonisation » et tant pis pour les « universitaires trous du cul » qui trouveront à redire à mon idée géniale de créer, dans la région où j’ai accompli tant de grandes choses, un « musée de la France en Algérie ».
On le fait aujourd’hui.
J’allais dire aujourd’hui seulement.
Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire.
Et il faut que les socialistes sachent bien que le moindre atermoiement, le moindre accommodement, la moindre manœuvre ou contorsion face à la décision de Martine Aubry auraient pour effet de disqualifier par avance tout ce qu’ils auraient à nous dire de tel débat sur l’identité nationale ou de tel dérapage de Messieurs Hortefeux ou Besson.
L’affaire Frêche n’est pas l’affaire Frêche. C’est l’un de ces marqueurs, Michel Foucault aurait dit l’une de ces « sécrétions du temps », où il arrive que se joue l’essentiel – et où, en la circonstance, la politique retrouve son honneurou le perd.
Bernard-Henri Lévy
Publié également le 11 Février 2010
» Vive Jean-Baptiste Botul ! Pour Lacan et contre l’évaluation. De qui se moque Olivier Besancenot ? Le Point du 11/02/2010
Voir l'article du 27 Janvier 2010
» Le Pen et Solal. Klugman et la garde à vue. Un rebond pour Obama ? - Le Point du 28/01/2010


Le 20 avril 1981...
BHL invité au Petit Journal de Noël, de Yann Barthès, Canal +
Je ne suis pas d’accord avec vous,
Le malheur, la vérité, c’est que si ce n’était pas Gérard Depardieu, vous n’auriez jamais répondu.
En ce qui concerne G. Frêche vous confondez truculence, paillardise, verdeur, avec vulgarité.
Voilà ce que je pense des vraies raisons de cette curée contre G; Frêche.
Martine Aubry est entrain de se faire manipuler par Laurent Fabius et les amis de Dominique Strauss-khan. Cette histoire avec le Languedoc-Roussillon est faite pour la faire chuter. Fabius sait très bien qu’elle ne pourra pas constituer une liste alternative en quelques jours, et met ainsi à jour l’incompétence et les limites de Martine Aubry. Elle montait trop dans les médias.
L’accusation d’anti-sémitisme faite à G. Frêche, n’est qu’un faux nez. En vérité, ce sont les militants du Languedoc-Roussillon que Martine Aubry et Laurent Fabius, ainsi que Cambadélis et quelques autres voulaient remettre au pas. Les uns (Fabius ) se servant des autres (Aubry) pour faire le travail. Outre les militants qui sont pris pour « des moins que rien, des sous-hommes et des sous-femmes », pourrait dire Frêche, devant obéir au doigt et à l’œil, c’est des électeurs que l’on se moque. Car, prendre le risque que la Région passe à droite, sans que cela fasse lever un sourcil, voire même qu’ils y voient une façon de se débarrasser de G. Frêche, relève d’un cynisme et d’une malhonnêteté incroyable de la part d’un parti qui se dit progressiste, et mieux placé pour la morale que les autres.
Nous comprenons mieux, maintenant, pourquoi Ségolène Royal se tient à l’écart, et en dehors de ce panier de crabe. Elle a compris depuis longtemps que les Français en avaient assez de ces magouilles politiques et aspiraient à réunir toutes les bonnes volontés pour mener une autre politique au service des gens et non au service d’apparatchiks d’un parti ou d’un autre. Cela lui a valu d’être discriminée dès le départ(2007) par son propre camp , lorsque les sondages lui étaient favorables. La tactique d’alors, était plus grossière et moins subtile que celle employée pour Martine Aubry.(interprétation dévoyée de ses propos, procès d’intention, procès en incompétence, moqueries, etc…etc…, on s’en souvient.
Pour éliminer Martine Aubry, c’est plus subtil et plus « vicieux ». On commence par l’aider à gagner le parti, dans les circonstances que l’on connaît , et Fabius n’était pas le dernier. Souvenez-vous lorsque Martine Aubry a dit : »je n’ai pas triché, Fabius, lui, peut-être ! » dans une réunion avec F. Rebsamen.Et maintenant , on la pousse à la faute en Languedoc-Roussillon. ET Fabius, là encore, puisqu’il ressort la phrase prononcée par G. Frêche 1 mois et demi après, au moment opportun, alors que rien n’est plus possible pour les listes. PAS TRES CATHOLIQUE tout ça ! et après, nous verrons peut-être les deux ennemis héréditaires DSK et FABIUS s’entendre pour 2012.
C’est la politique par la preuve des éléphants, la politique du piétinement du PS. LOIN, TRES LOIN, des JAURES, BLUM, et autres illustres personnages ayant le sens de l’honneur et l’amour du service rendu au peuple. Aujourd’hui, plus d’honneur, plus d’amour du service rendu au peuple. Plus d’amour du tout.
Et lorsqu’une voix dissonante s’élève un tant soit peu , voulant revenir vers cela, ON MOQUE, on DISCREDITE, on TUE dans l’œuf , toute velléité de changement. Dans progressiste, il y a la notion de transformation vers un mieux, un plus, et aujourdh’ui c’est plutôt le retour à l’homme des cavernes.
La politique de la vulgarité, ce n’est pas celle de G. Frêche, qui est plutôt de la « truculence » C’est plutôt celle de ceux qui n’ont plus d’honneur et qui revendiquent la morale..avec leurs mots lisses et leur posture bien pensante, se servant de l »anti-sémitisme et du racisme à des fins stratégiques de querelles internes.
« Quand on a l’amour, on est les rois du Monde « a dit Frêche récemment dans une interview, phrase qui n’a pas encore eu preneurs pour une Une Editoriale de seconde catégorie.. Et bien, oui, il a raison, quand on a l’amour, on a tout, et quand on a tout, on peut dire qu’on est des rois a-t-il voulu dire. Il parlait de ses électeurs qui l’aimaient bien.
Pour finir, ma réaction est celle d’une Ségoléniste, c’est vrai, mais les Ségolénistes ne sont pas des naïfs faisant parti d’une secte comme on voudrait le faire croire. Nous connaissons bien toutes les arcanes de la basse politique et nous n’en voulons plus.
Oui, Ségolène Royal est une femme autoritaire et de pouvoir ! qui veut très certainement être présidente en 2012 ! et pourquoi le lui reprocher , Les moyens qu’elle emploie pour y arriver sont infiniment plus corrects que ceux de ses adversaires. Qu’on me cite une seule phrase désobligeante et au ras du caniveau de sa part, comme on en entend souvent de la part de la droite ou de son propre camp le PS ?
Quant à la stature qu’on lui dénie souvent, je pense que celle-ci ne se mesure pas aux cheveux grisonnants ou rares et à la carrure des épaules, ou encore à une soi-disant « autorité reconnue » par les mêmes qui s’auto-reconnaissent .
La stature , c’est d’avoir fait 47 % en 2007 malgré toutes les embûches venant de son camp et face à un animal et une machine politique comme l’était N. Sarkozy.
La stature, c’est d’avoir reconnu quelques failles dans l’organisation de la campagne et la difficulté d’imposer ses idées , souvent contrecarrées par le premier secrétaire d’alors, et non d’invoquer l’éparpillement des voix, comme Mr Jospin.
La stature, c’est d’avoir tout repris et retravailler au lieu de partir en laissant les militants et les français qui ont voté à gauche à leur amertume., et c’est de leur avoir proposé l’espoir d’autres victoires.
Commentaire par Annie — dimanche 7 février 2010 @ 10:46