Référendum en Turquie : BHL appelle à «soutenir les combattants de la liberté» (Le Parisien, le 18 avril 2017)

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Bernard-Henri Lévy estime que la société civile turque n’a pas dit son dernier mot après le référendum (contesté) qui, à une courte victoire, renforce les pouvoirs du président Erdogan. Entretien.

Le président Recep Erdogan, qui espérait un plébiscite, n’a recueilli, dimanche, que 51,41 % des suffrages à son référendum sur le renforcement de ses pouvoirs. Un résultat contesté par les opposants au régime et par des observateurs internationaux qui a été suivi par l’annonce de deux autres référendums : l’un, annoncé dimanche, sur le rétablissement de la peine de mort et l’autre, proposé lundi, sur la poursuite des négociations d’adhésion à l’Union européenne. Le Conseil national de sécurité turc, présidé par Erdogan, a également indiqué lundi soir que l’état d’urgence, en vigueur depuis le coup d’Etat avorté en juillet dernier, était prolongé pendant trois mois.

Bernard-Henri Lévy estime, lui, que la «société civile n’a pas dit son dernier mot». Le philosophe essayiste a signé, l’an dernier, un film engagé sur les peshmergas dans lequel il soutient les Kurdes — opposants à Erdogan — qui combattent Daech.

 

Les résultats de ce vote vous surprennent-ils ?

Bernard-Henry Lévy. Non. Pas vraiment. Car la campagne et le déchaînement de la propagande ont été d’une violence inouïe. Les relais d’opinion, les journaux, les partis eux-mêmes, tout ce qui pouvait véhiculer la parole anti-Erdogan et le message du non avaient été préalablement brisés. C’est presque un miracle que le oui l’ait emporté d’une si courte tête.

 

Qu’est-ce que ce scrutin dit de la Turquie ?

Qu’une page d’histoire – celle du kémalisme et de l’articulation, en terre ottomane, de l’islam et de la laïcité – est en train de se tourner. Mais la partie n’est pas finie. La Turquie est un grand pays, riche d’une grande civilisation, avec une société civile qui n’a pas dit son dernier mot.

 

Et de l’islam lui-même ?

Il y a deux islams en Islam. Entre l’islam des fondamentalistes et celui des démocrates, entre celui qui voit dans le Coran une école de soumission et celui qui le veut compatible avec les droits de l’homme, la guerre est totale. Et la Turquie était, et demeure, l’un des théâtres principaux de cette guerre. L’islam des Lumières, en Turquie, vient de perdre une bataille importante. Il a reculé face à une variante particulièrement perverse de l’islamisme radical. Pour tous les modérés du monde musulman, pour tous ceux qui, y compris en France, se battent pour la reconnaissance des droits de l’islam laïc, c’est une très mauvaise nouvelle.

 

Est-ce que la France et l’Europe doivent continuer à parler avec Erdogan ?

Oui, bien sûr. Bien obligées. A deux réserves près toutefois. L’accord de l’an dernier aux termes duquel nous payons Erdogan pour qu’il endigue à notre place le flot des réfugiés syriens. Mais il est vrai que, référendum ou pas référendum, ce deal était déjà une honte. Et puis ces discussions absurdes, auxquelles personne ne croyait plus depuis longtemps, sur l’entrée de la Turquie dans l’Europe. Le moins que nous puissions faire aujourd’hui, c’est de mettre un terme officiel à cette mascarade.

 

Et l’opposition ? Faut-il la soutenir ?

Plus que jamais. Et tout le crédit que nous retirons à Erdogan, c’est sur ses opposants que nous devons le reporter. Voilà un pays où les parlementaires libres sont en prison ; où les avocats sont empêchés de plaider ; où les professeurs d’université sont contraints à l’exil ; où les journalistes, les vrais, risquent leur liberté et parfois leur vie parce qu’ils refusent les «fake news» (NDLR : la désinformation) diffusées par le régime. Ce sont autant de fronts sur lesquels nous devrions nous porter. Ces combattants de la liberté turcs, nous devrions organiser autour d’eux une chaîne de soutien dans le genre de ce que nous faisions dans les années 1970 et 1980 avec les dissidents d’Europe centrale et orientale. Quel est le candidat à la présidentielle qui serait d’accord avec ça ? On n’en sait rien. Car cette question, pas plus que les autres questions de politique dite étrangère, ne leur a évidemment pas été posée au cours de cette campagne lamentable.

Photo : Une femme vote à la bibliothèque Ataturk, à Istanbul. Reuters

 

 

 

Ce qu’en disent les candidats à l’élection présidentielle : 

L’Elysée a estimé qu’«il appartient aux Turcs et à eux seuls de décider de leur organisation politique. Mais les chiffres publiés montrent que […] la société turque est divisée sur les profondes réformes envisagées». A l’exception de François Fillon et de Jean-Luc Mélenchon, les candidats à la présidence ont également pris position, directement ou indirectement, depuis dimanche sur le référendum et la Turquie.

 

Benoît Hamon (PS) est favorable à «une désescalade» dans les relations entre la Turquie et l’Union européenne, jugeant toutefois le président Erdogan «trop peu coopératif» pour envisager une adhésion de son pays à l’UE. «La Turquie reste un partenaire avec lequel il faut travailler, ne serait-ce que sur la question des réfugiés, et la solution politique en Syrie», a-t-il déclaré sur Europe 1.

Pour Emmanuel Macron (En Marche !), qui s’exprimait sur RMC et BFMTV, il n’y aura «pas d’avancée» dans les discussions d’intégration de la Turquie à l’UE s’il est élu, mais il souhaite aider «les démocrates» de ce pays, a-t-il déclaré.

http://www.leparisien.fr/international/referendum-en-turquie-bhl-appelle-a-soutenir-les-combattants-de-la-liberte-turcs-18-04-2017-6862986.php

 


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