Pourquoi l’appel au " boycott d’Israël " est une saloperie ( Le Point, le 27 janvier 2011)

PHOTO BLOC NOTE BHLPuisqu’il faut mettre les points sur les i, mettons-les.

Je n’ai évidemment jamais, ni de près ni de loin, fait pression sur quiconque pour que soit annulé, à l’Ecole normale supérieure, autour de Leila Shahid, Stéphane Hessel ou d’autres, un meeting de soutien aux partisans du boycott d’Israël.

C’eût été d’autant plus absurde que, par tempérament autant que par conviction, parce que je crois à la force des idées et, plus encore, de la vérité, je suis toujours, en pareilles circonstances, partisan du débat, du choc des opinions, voire de l’affrontement des convictions et, donc, pas de la censure.

Et le fait est que, dans la circonstance particulière, c’est-à-dire dans cette affaire de campagne BDS («  Boycott, Désinvestissement, Sanctions  ») qui devait être au cœur du meeting de l’Ecole normale, j’aurais été heureux, au contraire, de pouvoir présenter à des interlocuteurs de bonne foi des textes, des faits et, au fond, des évidences qui leur avaient, semble-t-il, échappé : à savoir qu’on est en présence, là, d’une campagne savamment orchestrée mais mensongère, belliqueuse, antidémocratique et, pour tout dire, parfaitement infâme.

Pourquoi ?

D’abord parce qu’on boycotte les régimes totalitaires, pas les démocraties. On peut boycotter le Soudan, coupable d’avoir exterminé une part de la population du Darfour. On peut boycotter la Chine, coupable, au Tibet et ailleurs, de violations massives des droits de l’homme. On peut, on devrait, boycotter l’Iran de Sakineh et de Jafar Panahi, dont les dirigeants sont devenus sourds au langage du bon sens et du compromis. On pourrait même imaginer, comme naguère avec l’Argentine des généraux fascistes ou l’URSS de Brejnev, le boycott de tels régimes arabes où la libre expression des citoyens est interdite et réprimée, s’il le faut, dans le sang. On ne boycotte pas la seule société du Proche-Orient où des Arabes lisent une presse libre, manifestent quand ils le souhaitent, envoient des députés au Parlement, jouissent de leurs droits citoyens. On ne boycotte pas, quoi que l’on pense de la politique de son gouvernement, le seul pays de la région et, au-delà de la région, l’un des pays du monde, hélas pas si nombreux, où les électeurs ont le pouvoir de sanctionner, infléchir, renverser la position dudit gouvernement. En sorte que présenter comme source de sa « principale indignation  » le fonctionnement d’une démocratie qui, comme toutes les démocraties, est, par définition, imparfaite mais perfectible (et ne rien trouver à dire, à l’inverse, des millions de victimes des guerres oubliées d’Afrique, de la chasse aux chrétiens d’Orient ou, hier, du massacre des musulmans de Bosnie) est, au pis, indigne et, au mieux, profondément stupide.

Ensuite parce que cette campagne de boycott n’a, de toute façon et, en réalité, rien à faire des positions du gouvernement de Monsieur X ou de Madame Y. Elle ne sait rien, ni ne veut rien savoir, de ce que pensent les citoyens israéliens eux–mêmes de la reprise, par exemple, des implantations en Cisjordanie. Elle se moque des exigences, paramètres, conditions réelles de la paix entre les citoyens en question et leurs voisins palestiniens. De ces derniers, de leurs aspirations, de leurs intérêts, de leurs possibles espérances et de la manière dont le régime du Hamas les a brisées à Gaza, elle se moque comme d’une guigne et ne dit, non plus, jamais rien. Non. Cette campagne de boycott n’a, quoi qu’en disent ses promoteurs ou ses idiots utiles, qu’un but réel, assumé, ressassé, qui est de déligitimer Israël comme tel. C’est ce que dit, implicitement, la comparaison avec l’Afrique du Sud de l’apartheid. C’est ce que dit, explicitement, la rhétorique antisioniste qui sert de dénominateur commun à tous les mouvements constitutifs de cette mouvance BDS et qui, si les mots ont un sens, signifie que l’on entend saper l’idée même qui, aujourd’hui, que cela plaise ou non, cimente la nation israélienne. Et c’est pourquoi cette campagne contrevient, en effet, aux usages, règles et lois du droit international et, ici, national.

Et puis, enfin, il y a, au cœur et, parfois, à l’origine de cette campagne des gens dont le moins que l’on puisse dire est que l’inspiration n’est celle ni des héros de la France libre ni des rédacteurs de la Charte universelle des droits de l’homme ni des partisans d’une paix juste entre les deux peuples israélien et palestinien. Je tiens à la disposition de qui voudra les déclarations d’Omar Barghouti, l’un des initiateurs du mouvement, affirmant que son but n’est pas deux Etats mais deux Palestine. Celles d’Ali Abunimah, cofondateur de Electronic Intifada et adversaire, lui aussi, de la solution des deux Etats, qui n’hésite pas à comparer Israël à l’Allemagne nazie et tel de ses philosophes aux éditorialistes de Der Stürmer. Celles des dirigeants de Sabeel, ce groupe de Palestiniens chrétiens, très présent en Amérique du Nord et qui, soucieux de donner un fondement «  théologique  » à l’idée d’ » investissement responsable  », ne craint pas de réactiver, subtilement mais sûrement, les stéréotypes du juif tueur de Christ. Sans parler de bien douteuses initiatives visant à marquer les marchandises juives, pardon israéliennes, d’autocollants supposés infamants et propres à les signaler au consommateur français vigilant.

Tout cela est accablant et, encore une fois, incontestable. Présenter comme des victimes les promoteurs de ce discours de haine ne dit que trop dans quel état de confusion intellectuelle, morale se trouve une Europe que l’on voulait croire guérie de son pire passé criminel.

Bernard-Henri Lévy


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14 commentaires

  • ethan dit :

    Qui mieux que vous pour résumer ce que nous pensons. Les mots sont justes et l’argument percutant. mais le problème c’est que vous prêchez un convaincu. Comment convaincre les islamo-fascistes de l’extrême droite et de l’extrême gauche. Comment convaincre le fascisme vert des écologistes ?
    La gauche française nous pousse dans les bras de Sarkozy et je pense qu’une partie de l’électorat juif s’intéresse à Marine.
    Les juifs si présents et si forts en communication ont il définitivement perdu la bataille contre cet ennemi qui n’a en commun que la haine du juif et d’Israel ?

  • ellio lumbroso dit :

    Cher Monsieur L.évy ,

    Quel plaisir que de vous lire et trouver en vous l’eternel défenseur de la nation israelienne , grand peuple de par son histoire , petit peuple de par son nombre .

  • BRUNO dit :

    MERCI !!!!! enfin quelqu’un qui « ose » dire la verité!

  • yolande levy dit :

    enfin la raison face aux evidences

  • Olivier Renard dit :

    Il est certain qu’Israel reste la seule et dernière démocratie au moyen orient. Comme il est vrai que l’on ne sait pas ou va le Liban. La position pro Saoudienne, la position pro occidentale et chrétienne, la position Hezbollah et finalement pro Iranienne. Il a suffit que l’on incrimine des responsables iraniens au sein du Hezbollah, dans l’assassinat de Raffic Hariri, pour qu’il quitte le gouvernement et produise une crise qui laisse le pays sans gouvernement.
    Mais une démocratie moderne au sein de l’Europe. Et Israël finit par se définir comme le 28 me état européen. Une démocratie moderne reste en paix quand elle n’ a que de bonnes relations commerciales avec ses voisins. Vu de France, les régimes totalitaires semblent de l’autre côté de la méditerrané. Vu d’Israël, ils sont limitrophes !

    Et cela parce que la démocratie dans les pays arabes n’évolue pas, c’est le moins qu’on puisse dire. Elle essaie d’arriver au pouvoir comme en Tunisie parfois. Le plus souvent, elle retombe comme en Afrique dans les modèles d’oligarchie de parti unique. Si l’ensemble du Maghreb était constitué de démocraties, l’intérêt d’un marché commun Maghrébin commencerait à exister. Dans cette utopie politique qui est encore cela, le projet de Sarkozy d’Union pour la Méditerranée deviendrait alors un avenir possible. Les politiques budgétaires et économiques tendraient vers des parités fixes entre les monnaies. Tendraient vers l’assainissement des dépenses publiques. Au lieu de cela, elles tendent vers l’accaparement des richesses nationales par des pouvoirs nepotistes !
    Dans une telle utopie, on verrait un jour s’établir une monnaie unique Nord Africaine qui pourrait créer symboliquement l’unité du monde arabe et musulman, ce qui pousserait le moyen orient à s’aligner. Utiliser un Dirham continental en fait ! Avec une monnaie forte entre utopiques « démocraties arabes », même si Israël s’aligne sur l’Euro pour des raisons traditionnelles, Elle construirait des autoroutes à la Palestine qui lui vendrait du pétrole.
    Mais tout cela est irréaliste, impossible dans le monde musulman, par tradition des royaumes, des califats, par idéal des Raïs. Par des politiques nationales qui privilégies des aristocraties familiales de dictateurs, plutôt que le débat public et l’irruption de la démocratie !

    Et les Etats Unis finalement utilisent toujours Israël, plus comme une avancée de la démocratie en terre d’Islam. Comme une force militaire qui leur assure une présence sur place. Israël ne peut arriver à produire un modèle dans la région. L’Alliance Saoudienne avec les USA, elle même reste tout aussi hypocrite que celle du Pakistan. L’Arabie Saoudite reste une hyerpuissance religieuse qui inspire les totalitarismes religieux dans le monde arabe.

    Finalement, forcer Moubarak a ouvrir la frontière avec Gaza, ferait sortir de Gaza les palestiniens qui ne veulent pas du Hamas ! Mais cela forcerait Moubarak a avoir une politique claire et précise vis à vis des frères musulmans. Là encore sans démocratie, on ne réglera jamais le problème !

  • Idiot utile dit :

    «D’abord parce qu’on boycotte les régimes totalitaires, pas les démocraties»

    Tiens donc !

    Ainsi, quand les électeurs d’un pays portent au pouvoir, par le jeu de la majorité, un gouvernement qui mène une politique expansionniste, raciale et colonisatrice, on n’a pas le droit de boycotter ce pays ?

    C’est donc la loi du nombre qui leur donne la garantie que nous ne pouvons les boycotter ?

    C’est sans doute aussi parce que Jorg Haïder a été porté au pouvoir de manière légale dans une démocratie que nous n’aurions pu, en ce temps-là, boycotter son pays ?

    « […] l’on entend saper l’idée même qui, aujourd’hui, que cela plaise ou non, cimente la nation israélienne»

    C’est-à-dire ? Le fait qu’il s’agit d’un état dont, pour obtenir la citoyenneté, il faut appartenir à une «race» ?

  • tout simplement : MERCI ! dit :

    Merci encore et encore pour tout ce texte si bien dit et avec la pure vérité !!!! Merci !

  • boger lucie dit :

    toujours le meme plaisir de vous lire Cher B.H.L
    QUE LA VERITE!!!
    MERCI

  • Daniel dit :

    Quel plaisir de lire la presse sans encore que soit incriminer l’Etat Juif

    Thx BHL !

  • Diane dit :

    Oui, Monsieur LEVY, vous avez parfaitement, minutieusement et intelligemment écrit, énoncé et dénoncé cette saloperie de boycott . Faut-il mettre en veilleuse notre intelligence face à de telles incongruités dont les auteurs sont « bornés » ?
    Je pense que le dialogue , la confrontation ne sont pas à la portée de ces gens « misérables » comme dirait Malraux .Alors ne soyons pas toujours intelligents et raisonnables face à des adversaires dont la sève nourrissante et nourricière n’est autre que la haine du juif. Ils ne pensent pas, ils s’alimentent d’aberrations, parfois d’infamies ou les deux ensembles.
    Cordialement à vous

  • lef dit :

    « j’aurais été heureux, au contraire, de pouvoir présenter à des interlocuteurs de bonne foi des textes, des faits » écrivez-vous, que n’avez-vous profité de cette tribune pour présenter les textes et faits qui auraient pu nous convaincre ? Une prochaine fois ? Vous serez plus convaincant lorsqu’enfin vous aurez dénoncé le mur, les maisons, les terres volées, les oliviers arrachés, le racisme quotidien, les barrages, les oliviers arrachés, l’eau détournée, etc.

  • KRIEF dit :

    « Au nom de tous les Miens », MERCI .

  • Nadine dit :

    En tant qu’Israelienne de gauche, je vous dis Bravo !
    Oui on est une democratie, et on aimerait bien faire la paix, mais ce n’est pas facile.
    Dommage que la haine domine dans tous les debats.
    Shalom

  • Camille Cohen dit :

    Monsieur Levy,
    Que ferions nous sans votre lucidité façe aux errements politico-médiatiques concernant notre patrie Israelienne ?
    Merci de nous guider vers la lumière dans le marécage français antisémtite ambiant.

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