"Pleins feux sur le Prix Saint Germain – La Règle du Jeu"

logo-PSG-plaque3Dénigrer Paris est devenu l’un des passe-temps favoris des Européens.

Là, on déplore la cherté croissante de la Ville-Lumières – fini l’équivalent à petits prix de Londres -, ici la décision du président Hollande de taxer à 75 % les plus hauts revenus, entraînant leur exode à Bruxelles, Genève et ailleurs. Et chacun de prédire aux Français un destin de plus en plus morose, vu la hausse du chômage, leur crispation sur les 35 heures hebdomadaires de travail et l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans.

S’inscrivant en faux contre tout cela, il est revenu à Bernard-Henri Lévy, le philosophe français habitué de la liste des best-sellers du New York Times, d’administrer la preuve qu’un esprit de rébellion créatrice fleurit toujours sur les bords de la Seine. Animé du rejet de tout compromis, de tout conformisme et se refusant à tout envoyer par-dessus bord, cet esprit a fait souffler un air rafraîchissant dans l’atmosphère ambiante.

L’occasion en aura été le Prix Saint-Germain -un prix de cinéma organisé par La Règle du Jeu, la revue littéraire de BHL, et le cinéma Saint-Germain des Près, un cinéma d’art et d’essai de la Rive Gauche. Concentré du laisser-aller Rive gauche, on était loin des Golden Globes en matière de glamour, tant les choses étaient imprévisibles et, du début à la fin, divertissantes. Qu’on aime ou qu’on déteste BHL, cet homme a une énergie sans limite et le charisme, l’allure et l’humour requis pour affronter le public des blasés parisiens. Vêtu de sa chemise blanche bien connue, alliée à une veste noire de velours et un pantalon gris anthracite, il monte sur scène comme s’il était le président du Jury, ce qu’il n’est pas. Mais l’idée du prix, « échapper à l’académisme des critiques », est sienne tout comme de composer le jury exclusivement d’écrivains. Christine Angot -la présidente en titre- succède à BHL. Le ton grave, elle révèle d’emblée que Catherine Millet et Frédéric Beigbeder -tous deux membres du jury- sont absents. Millet est souffrante et Beigbeder -en raison de ratés dans les communications- a manqué toutes les réunions du Prix. Ce qui provoque de petits rires étouffés et un léger dépit, dans la salle. Beigbeder est le vilain petit canard du milieu littéraire et porte une barbe fleurie. Mais le couronnement sera pour Patricia Mazuy, la metteure en scène de Sport de filles. Recevant son prix, son allure est un sommet de désinvolture – imaginez une frange crépue et un tailleur-pantalon négligé- de même que son discours de récipiendaire qui tint en ceci : « Les amis, je n’ai lu aucun de vos livres, mais merci pour le Prix. »  La chose a créé une certaine surprise. La flagornerie est la dominante des cérémonies du Septième Art. Pour autant, Fernando Arrabal -le dramaturge existentialiste espagnol et membre du jury – ne s’est pas laissé dépasser par plus malin que lui. Avant de délivrer un long monologue  à la troisième personne sur Batman et l’influence des catacombes (Batman ne figurait nullement parmi les films en compétition !), il jeta une de ses pièces en direction de la lauréate, en lui intimant de la lire. La même spontanéité resta de mise jusqu’à ce que le distributeur français de Nicolas Arcel, l’auteur de Royal Affair, élu meilleur film étranger, fasse un discours de réception dans des formes plus convenues. Sa voix sonnait quelque peu étranglée et comme embarrassée, au cœur de cette soirée autrement décoiffante.

Natasha Fraser-Cavassoni

Traduit de l’anglais par Gilles Hertzog

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logo forbesSpotlight On Bernard Henri-Lévy’s Le Prix Saint-Germain, Paris (Forbes, 16/01/2013)

Paris bashing has become a favorite pastime in Europe. Whether it’s complaining about the growing expense of the ‘City of Lights’ – it’s no longer the cheap equivalent of London – or President François Holland’s decision to impose a 75% tax on high earners – causing an exodus to Brussels, Geneva and other capitals. Nor is the general prediction of doom and gloom helped by the rising employment, the insistence of the 35-hour week and the retirement age, which was recently lowered to 60.

Yet leave it to Bernard Henri-Lévy (aka BHL) – the French philosopher and New York Times bestselling author – to prove that a rebellious creative spirit thrives in Paris. Armed by a refusal to compromise, conform and sell out, it defines refreshing in today’s corporate climate.

The occasion was Le Prix Saint-Germain – a film prize organized by La Règle du Jeu, BHL’s literary review and the Cinéma Saint-Germain-des-Près, the Left Bank movie art theater.  Summing up Rive Gauche grungy in style, it was hardly the Golden Globes yet made up for the lack of glamour by being unpredictable and thoroughly entertaining. Love or loathe BHL, he has boundless energy and the needed charisma, looks and humor to cope with the cynicism of a Parisian audience. Dressed in his signature white shirt teamed with black velvet jacket and charcoal gray pants, he appeared on stage as if he was the President of the jury.  He wasn’t. However, the film prize was BHL’s idea – “in order to escape the academism of the critics,” he said – as was his decision to only use writers for the jury.  Christine Angot – the official president – then replaced BHL.

Grave in tone, she immediately revealed that Catherine Millet and Frédéric Beigbeder – two jury members – were absent. Millet was sick whereas Beigbeder – due to a series of miscommunications – had missed all the Prix’s meetings. This led to suppressed titters and mild disappointment. Beigbeder is the literary world’s bad boy and bearded heartthrob. Still, the finest hour belonged to Patricia Mazuy, the film director of ‘Sport de Filles.’ When collecting her prize, her look summed up casual – think frizzy bangs and an unkempt pants suit – as did her acceptance speech which was on the lines of “guys, I haven’t read any of your books but thanks for this.” There was mild surprise. Sycophantic behavior tends to rule Seventh Art ceremonies. Nevertheless, Fernando Arrabal – the existential Spanish dramatist and one of the jury members – refused to be outwitted.

Before giving a lengthy third person monologue on Batman and the influence of the catacombs (and Batman was not one of the chosen films!) he turned and threw one of his plays in Mazuy’s direction, telling her to read it. And so the spontaneity continued until the French distributor of Nikolaj Arcel’s ‘A Royal Affair’ gave a classic acceptance speech for the Best Foreign Film award. His tone sounded strangulated and awkward in an otherwise wild night.

Natasha Fraser-Cavassoni



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