Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Son actualité

Ne désarmons pas face à l’abjection ! (ELLE, 10/12/2010)

Elle

Capture-sakineh-1-389x280A l’annonce de la possible libération de Sakineh hier soir, vous étiez très prudent. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre cette nouvelle avec précaution?

Nos amis iraniens à l’intérieur de l’Iran. Le réseau de blogueurs avec qui La Règle du Jeu est constamment connecté. Tous nous invitaient à la plus extrême prudence. Tous nous disaient qu’on était vraisemblablement là en présence d’une gigantesque et monstrueuse arnaque. Ils avaient raison.

Press TV parle d’une « propagande occidentale cherchant à saper l’autorité du régime iranien » au sujet de l’annonce de la libération de Sakineh hier. Que répondez-vous?

Que ces gens sont grotesques. Immondes et grotesques. Mais, pour l’heure, pardonnez-moi. J’ai surtout envie de penser à Sakineh, Sajjad (Ndlr : son fils) et Houtan Kian (Ndlr : son avocat), seuls et désespérés dans leurs cachots respectifs. J’ai surtout envie de penser à Sakineh ramenée chez elle pour participer, de force, à la reconstitution d’un meurtre qu’elle n’a pas commis. Et j’ai envie de dire à celles et ceux qui nous ont suivi dans cette campagne, aux lectrices et lecteurs de ELLE, Libération, la Règle du Jeu, qu’il ne faut pas nous désarmer, pas relâcher la pression, surtout pas s’avouer vaincus.

Est-ce qu’au fond, derrière tout cela, il n’y a pas une difficulté à obtenir des informations fiables provenant d’Iran?

Non. Au fond de cela, comme vous dites, il y a deux choses. D’abord notre crédulité face aux pouvoirs totalitaires; notre extrême difficulté à admettre qu’on est en présence d’adversaires redoutables, qui ne reculent et ne reculeront jamais devant rien pour nous abuser, nous endormir ou nous ridiculiser. Et puis, ensuite, l’ignominie très particulière de ces totalitaires-ci; l’abjection, je dois dire sidérante de leurs méthodes; leur cruauté…

La chaîne de télévision iranienne Press TV a eu l’autorisation de conduire Sakineh quelques heures dans sa maison et de procéder à une reconstitution du meurtre de son mari. Quel effet pourrait avoir une telle émission ? Pourrait-elle influencer la population iranienne en accréditant la thèse du meurtre?

C’est, évidemment, le but. Ce qui nous est tout de suite apparu, avec Armin Arefi (Ndlr : journaliste franco-iranien) et les autres rédacteurs de la Règle du Jeu, c’est que le message était double. Je veux dire le message adressé, via cette mascarade honteuse, à la population iranienne. Primo: voyez comme les media qui soutiennent Sakineh sont peu sérieux, voyez comme ils disent et écrivent n’importe quoi. Secundo : cette femme n’est pas une victime mais une criminelle et c’est à ce titre que nous entendons la châtier.

Ne redoutez-vous pas une sorte de sordide émission de téléréalité visant à la discréditer? Quel est votre sentiment?

C’est exactement cela. Une manip gore. Une mise en scène diabolique. Les nazis organisaient des simulacres d’exécution (Malraux raconte cela très bien dans les Antimémoires). Les Iraniens viennent d’organiser un simulacre de libération (et c’est à peine moins immonde).

Bernard-Henri Lévy

Propos recueillis par Claire Hache.

Photo : Sakineh Mohammadi Ashtiani.

Un commentaire »

  1. Oui nous pensons très fort à Sakineh et son fils ainsi que son avacot, c’est honteux, oui ils sont comme les nazis hélàs la cruauté dans ce monde est bien là… J’ai mal de penser qu’aujourd’hui nous en sommes toujours là, vivre au temps de cette horreux. Ma prière est vraiment pour eux qui souffrent, oui nous avons les yeux ouverts et nous sommes attentifs et nous nous soutiendrons toujours …. Ma prière n’est d’amour pour SAKINEH et SAJJAD et leur avocat HOUTAN KIAN
    Claire Chalimand Abderrahmine

    Commentaire par Chalimand Abderrahmine Claire — samedi 11 décembre 2010 @ 08:39

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