Mustafa Abdeljalil

Mustafa Abdeljalil

Président du Conseil national de transition de la République libyenne.

Les dates-clefs de Mustafa Abdeljalil

1952 : Naissance à El Beïda (Cyrénaïque).
1975 : Après avoir étudié le droit à l’Université de Benghazi, Mustafa Abdeljalil débute comme assistant du secrétaire du Ministère Public d’El Beïda.
1978 : Il est nommé juge.
2007 : Il devient ministre de la Justice, sous l’impulsion du fils du Guide, Saïf Al-Islam Kadhafi, soucieux d’imposer une image moderne de la Libye. Quand Mustafa Abdeljalil prend ses fonctions, le médecin palestinien et les infirmières bulgares, accusés d’avoir inoculé le virus du sida à plus de quatre-cents enfants libyens, ont été condamnés à mort. Ils font appel une seconde fois.
Le 11 juillet, la Cour suprême de Libye confirme les six peines de mort. L’affaire est désormais entre les mains du Conseil juridique suprême de Libye, qui peut approuver ou rejeter les condamnations, alléger les peines encourues. Ce Conseil est présidé par le ministre de la Justice, Mustafa Abdeljalil. 17 juillet : Abdeljalil, dont certains médias soutiennent qu’il aurait confirmé, fin 2006, à la Cour d’appel de Tripoli, la première condamnation à mort des six accusés, alors que le juge qui avait mené ce procès est Mahmoud Huysa – transmue le verdict en prison à vie.
2010 : Il démissionne en janvier de son poste de ministre de la Justice durant la réunion annuelle du Congrès général du Peuple, retransmise par la télévision d’Etat. Kadhafi refuse sa démission. En août, Abdeljalil critique publiquement les agents de la Sécurité libyenne, qui pratiquent des arrestations arbitraires, maintiennent en détention des personnes sans procès prévu à leur encontre, ou qui ont été acquittées par les tribunaux (témoignage d’une représentante de Human Rights Watch et document d’Amnesty International : Abdeljalil est décrit comme « le ministre le plus indépendant d’esprit du gouvernement et l’un de ceux capables de dénoncer les abus et critiquer les services de la Sécurité libyenne »).
2011 : 13 janvier, premières manifestations en Libye, sous l’influence de la révolution tunisienne. Kadhafi, qui apporte son soutien au président Ben Ali, contient la contestation grâce à des mesures économiques et sociales. Mais l’entrée en scène du peuple égyptien ravive les espoirs du peuple libyen.
15 février : Des manifestations à Benghazi sont durement réprimées par la police qui utilise des armes à feu. Dès cette date, Mustafa Abdeljalil aurait rejoint le mouvement de rébellion contre le régime de Kadhafi.
17 février : « Journée de la colère ». A Benghazi, les insurgés s’arment après qu’un kamikaze ait jeté sa voiture bourrée d’explosifs sur le portail d’une caserne. A El-Beïda, où les forces de police se rallient aux manifestants, une Assemblée des Sages choisit Mustafa Abdeljalil comme chef provisoire du mouvement révolutionnaire. A l’ouest du pays, la ville de Zintan se soulève.
19 février : Benghazi tombe aux mains des insurgés.
20 février : Les troubles atteignent Tripoli.
21 février : Protestant contre la répression armée ordonnée par le Guide, Mustafa Abdeljalil démissionne la deuxième fois du gouvernement Kadhafi.
23 février : Il donne un entretien au quotidien suédois Expressen, affirmant, au sujet de l’attentat de Lockerbie, que son exécutant, Abdelbaset Ali Al-Megrahi a agi sur ordre direct de Kadhafi.
26 février : Mustafa Aldeljalil mène le processus pour créer un gouvernement provisoire intérimaire basé à Benghazi.
27 février : La mise en place du Conseil national de Transition de la République libyenne (CNT), présenté comme « le visage de la révolution », est annoncée par Abdel-Hafiz Ghoga, un avocat spécialisé dans les droits de l’homme.
28 février : Le CNT affronte les premières difficultés, la plupart des Etats refusant de lui transférer les avoirs gelés de la Libye.
5 mars : Après avoir fusionné avec le gouvernement provisoire de Mustafa Abdeljalil, le CNT est officiellement instauré. Proclamé « seul représentant de la Libye », il est composé de 45 membres (33 déclarés nominalement, pour des raisons de sécurité). Mustafa Abdeljalil en est le président, Abdel-Hafiz-Ghoga le vice-président.
Il est dit qu’aucun gouvernement provisoire ne sera formé avant que Tripoli soit sous le contrôle de l’opposition. Mustafa Abdeljalil déclare vouloir faire advenir « un Etat libre, démocratique, fondé sur des institutions gouvernementales sans caractère religieux ».
Kadhafi promet 500.000 dinars (300.000 euros) à qui capturera le président du CNT.
10 mars : Bernard-Henri Lévy ayant établi la liaison entre le président Sarkozy et le CNT, trois de ses membres sont reçus avec lui à l’Elysée. Le CNT est reconnu par la France comme « le représentant légitime du peuple libyen ».
12 mars : Les insurgés se replient devant l’avance des forces de Kadhafi, qui ont repris le port pétrolier de Ras Lanouf . La Ligue arabe, considérant que Kadhafi a « perdu sa légitimité », apporte son soutien à l’idée d’une zone d’exclusion aérienne demandée par les rebelles libyens.
15 mars : L’armée loyaliste prend Ajdabiya et se rapproche de Benghazi.
17 mars : A la demande de la France, du Royaume-Uni et du Liban, la Résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l’ONU, soutenue par la Ligue arabe, autorise la création d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye, le gel des avoirs de Kadhafi, ainsi que « les mesures nécessaires à la protection des civils ». Elle exclut toute présence étrangère au sol. Le déclenchement des frappes aériennes interviendra le 19 mars. Les frappes françaises empêcheront le massacre de la population de Benghazi.
18 mars : Kadhafi annonce un cessez-le-feu, qu’il ne respectera pas.
19 mars : Les USA, la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, la Belgique, la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas, le Qatar et le Canada décident, lors du sommet de Paris tenu à l’Elysée, de participer à la coalition internationale.
21 mars : Les raids aériens sont de plus en plus critiqués par la Ligue arabe et l’Union africaine, alors que l’armée de Kadhafi reprend certaines positions précédentes.
23 mars: Le CNT, « corps législatif », établit un « comité exécutif » ayant le pouvoir d’agir en tant que gouvernement de transition et présidé par Mahmoud Jibril.
30 mars : Alors que les insurgés reprennent l’avantage, malgré des avancées et reculs incessants, une quarantaine de pays se réunissent à Londres afin d’envisager l’après-Kadhafi. Le CNT n’a pas été convié à siéger avec ce « groupe de contact ».
12 avril : Mustafa Abdeljalil déclare au Monde : « Nous avons constitué des comités locaux, puis un Conseil National de Transition, pour conduire à son terme notre lutte sans retour, faire naître une première démocratie et administrer notre pays exsangue en attendant le jour où toutes les femmes et tous les hommes de Libye pourraient, débarrassés de Kadhafi et de sa famille, s’exprimer enfin au grand jour à travers des élections générales, transparentes et libres. » Il remercie les Occidentaux pour l’intervention des avions de l’OTAN, qui ont sauvé Benghazi « du bain de sang que lui jurait le dictateur ». Il ajoute, en réponse au plan de paix proposé par l’Union africaine (UA), à la solde de Kadhafi : « La communauté internationale, sauf à se déjuger, doit continuer à nous venir en aide, pas seulement grâce aux avions, mais sous forme aussi d’équipements et d’armements. Qu’on nous octroie les moyens de nous libérer, et nous étonnerons le monde : Kadhafi n’est fort que de notre jeunesse et de notre faiblesse de départ ; c’est un tigre de papier ; attendez, et vous verrez. Il serait injuste, il serait fatal, sous prétexte de cette faiblesse de départ, de vouloir nous sacrifier sur l’autel d’une paix presque sans conditions. »
20 avril : Visite officielle, à Paris, de Mustafa Abdeljalil.
11 mai : Les insurgés reprennent le contrôle de l’aéroport de Misrata, toujours encerclée.
18 juillet : Les insurgés reprennent Brega.
18 août : Le CNT publie sa charte programmatique. On y retrouve le projet d’élections libres, le respect des droits de l’homme, l’engagement de maintenir les libertés publiques, mais aussi : « La charia sera la source principale de la loi ».
21 août : A la suite de la prise de Tripoli par les insurgés, Mustafa Abdeljalil, pour contrer d’éventuels actes de vengeance, menace de démissionner de la tête du CNT.
16 septembre : L’Assemblée générale des Nations-Unies admet que les représentants du CNT occupent le fauteuil libyen.
20 septembre : Lors d’une rencontre convoquée par le secrétaire général de l’ONU Ban-Ki-Moon à New-York, Mustafa Abdeljalil déclare vouloir édifier après la libération définitive du pays « un Etat dirigé par les citoyens eux-mêmes » et où « la réconciliation nationale s’étendra sur toute la société ».
Après s’y être longtemps refusée, l’Union africaine reconnaît le CNT.
10 octobre : Le CNT reconnaît le Conseil national syrien « comme seul gouvernement légitime en Syrie » et ferme l’ambassade syrienne en Libye.
16 octobre : Les forces du CNT entrent dans Beni Walid, l’un des deux bastions pro-Kadhafi qui résistent encore.
20 octobre : Le dernier bastion loyaliste, Syrte, tombe aux mains des insurgés. Kadhafi est tué au cours des combats. Abdel Hafiz Ghoga, porte- parole officiel du CNT, déclare : « Nous annonçons au monde que Kadhafi a été tué ». Mais les conditions de cette mort restent imprécises.
23 octobre : Mustafa Abdeljajil proclame solennellement à Benghazi la libération de la Libye.
24 octobre : A Benghazi, Mustafa Abdeljalil annonce la mise en place, « d’ici deux semaines », d’un gouvernement de transition : un Congrès national sera alors élu et deviendra « le nouveau Parlement à la place du CNT, qui sera dissout ». – Il confirme que la charia sera à la base de la future législation libyenne. Mécontentement parmi les militantes libyennes ; inquiétude de l’Union européenne et des Etats-Unis vis-à-vis du respect des droits de l’homme en Libye. « Pour répondre aux requêtes internationales », Abdeljalil crée une commission d’enquête sur les circonstances de la mort de Kadhafi.

Mustafa Abdeljalil et Bernard-Henri Lévy

La guerre en Libye a permis à Bernard-Henri Lévy, comme il l’écrit dans La Guerre sans l’aimer, Journal d’un écrivain au cœur du printemps libyen, de voir « pour la première fois, dans l’histoire de l’Occident, le droit d’ingérence proclamé, mis en œuvre, mené à bien ; pour les hommes et les femmes de ma génération, pour les fils de ce terrible XXème siècle qui fut marqué par le sacrifice de l’Espagne, l’abandon des Juifs à la barbarie nazie, la résignation au kidnapping de l’autre moitié de l’Europe, le lâchage de Sarajevo, du Darfour ou du Tibet, la dernière utopie moderne enfin réalisée ». Il raconte, dans ce livre comment, le 5 mars 2011, le jour même où le CNT a été officiellement instauré, il fut reçu par celui qu’il soupçonnait déjà d’être « le patron secret de l’insurrection, son chef d’orchestre clandestin ». L’improbable rencontre a lieu à Benghazi. Mustafa Abdeljalil est entouré de six de ses collaborateurs. Il s’étonne de l’obstination de son visiteur, qu’il ne connaît pas, à obtenir cette rencontre. Mais il le juge sincère d’emblée, n’hésitant pas à lui confier la situation incertaine de l’insurrection. Bernard-Henri Lévy
propose de passer un message du président du CNT au président français Nicolas Sarkozy. Ce qui, comme on le sait, entraînera la venue de représentants du CNT à l’Elysée et la reconnaissance par la France, suivie du Royaume-Uni, de la légitimité du CNT. La deuxième rencontre avec Mustafa Abdeljalil a lieu le 9 avril, toujours à Benghazi, alors que, nonobstant les frappes de l’Otan, la ville rebelle est de nouveau menacée par l’avancée des troupes de Kadhafi, et tandis que la communauté occidentale parle d’un « enlisement » de la guerre. Il pèse sur les insurgés l’éventualité d’un « Dayton arabe ». A la suite de l’entretien, une déclaration de Mustafa Abdeljalil , qui énonce « les principes sur lesquels les Libyens libres ne transigeront pas », est transmise au Groupe de contact sur la Libye à Doha. Cette déclaration sera publiée dans Le Monde du 12 avril (cf. supra la chronologie).
Quelle que soit la confiance que Mustafa Abdeljalil a inspirée à Bernard-Henri Lévy, il n’a pas été exempt de questionnements à son égard. On en trouvera trace dans les citations qui suivent.

Citations de Bernard-Henri Lévy sur Mustafa Abdeljalil

« Samedi 5 mars (Voir naître le Conseil national de transition). – (…) Petit ; sourire modeste ; regard de faucon ébloui ; calvitie ; cheveux très courts ; la petite meurtrissure, au front, qui signale la fréquence de la prosternation et l’intensité de la piété ; un manteau gris souris, de bonne coupe, qu’il n’ôtera, malgré la chaleur, qu’au milieu de l’entretien ; cet air de solitude extrême que j’ai toujours trouvé à ceux qui, à mains nues, affrontent la tyrannie (…).

(…) Il commence, pendant une bonne vingtaine de minutes, à répondre à mes questions et à m’expliquer, surtout, ce qu’est, à l’heure où nous parlons, la situation de l’insurrection ; qui il est ; d’où il vient ;
cette affaire des infirmières bulgares dont Kadhafi voulait se servir, contre son avis, pour faire chanter l’Occident ; la réunion de Beïda, sa ville, où l’Assemblée des Sages a décidé de le porter à sa tête ;
la journée d’aujourd’hui, cruciale, qui va consacrer cette décision et doter le mouvement d’un « Conseil de transition » structuré et appelé à durer ; les succès militaires des insurgés ; les victoires des derniers jours, attestant de leur supériorité morale, de la justesse de leur cause, de leur foi ; mais le fait que, selon ce qu’il sait des réflexes de ce « Guide » qu’il a tout de même longtemps servi, celui-ci va forcément réagir, répliquer de manière brutale, tenter de laver dans le sang l’affront qui lui a été fait – et que, sauf miracle, aucune des villes libérées, Ben Jawad, Ras Lanouf, Brega, Ajdabiya, Benghazi même, ne tiendra très longtemps face à ses colonnes blindées.

(…) Je lui propose ce que j’avais proposé à Izetbegovic après qu’il m’eut expliqué, en des mots qui, à mon retour en France, allaient choquer Simone Veil, Claude Lanzmann, quelques autres, que Sarajevo c’était Varsovie et qu’il suppliait l’Occident de ne pas, une deuxième fois, laisser tomber le ghetto de Varsovie. A Izetbegovic j’avais proposé de faire de ce SOS qu’il m’adressait un message en bonne et due forme que j’irais porter, de sa part, à François Mitterrand. A lui, à l’inconnu qui se tient devant moi et qui, par bien des traits, me rappelle celui que nous avions très vite, comme les Bosniaques, pris l’habitude d’appeler « le Vieux Bonhomme », j’offre de transmettre ce qu’il vient de me dire, tel quel, à Nicolas Sarkozy – et, peut-être, s’il le souhaite, d’amener à celui-ci, en France, une délégation de citoyens ou de responsables de Benghazi.
Je n’ai, à cet instant, aucune espèce d’idée de la façon dont la chose pourrait se faire. Je n’ai, c’est le moins que l’on puisse dire, aucune certitude quant à la façon dont, à supposer même que je parvienne à entrer en contact avec lui, le chef d’Etat occidental qui a tout de même, il y a quatre ans, reçu en grande pompe Kadhafi à Paris, réagira à mon idée. Je n’ai pas voté pour lui. Je ne lui ai pas parlé depuis des années. Si, une fois, ou plutôt deux, au moment où il s’agissait de sauver la tête de Sakineh, la mère de famille iranienne menacée de lapidation. Il l’avait d’ailleurs fait, c’est sans doute à lui qu’elle doit d’être toujours en vie – mais il n’y a plus eu de contact depuis. Et la vérité, c’est que, comme à Sarajevo, exactement comme à Sarajevo, cette idée m’est venue comme ça, sans réfléchir ni préméditer : juste un mouvement de révolte intérieure, juste l’effroi face à ce qui m’est annoncé et que je sens en effet venir – juste le « il faut faire quelque chose » de la sagesse populaire quand un crime se prépare, que vous en êtes averti et que vous ne vous résignez pas à la fatalité. » (La Guerre sans l’aimer – Journal d’un écrivain au cœur du printemps libyen, pp 71-75)
« Mardi 23 août (Dernière conversation avec le président Abdeljalil). – (…) Est-ce juste la fatigue ? L’ascèse du ramadan ? Ces délégations tunisiennes, marocaines, turques, qui se pressent maintenant dans sa ville, font antichambre et à qui il faut donner de son temps ? Est-ce le poids du pouvoir, des responsabilités qui pèsent sur ses épaules, des obstacles qui demeurent et qui seraient trop lourds à lever ? Est-ce sa modestie habituelle, sa tempérance comme disaient les Anciens, cette mélancolie qui m’a frappé dès notre première rencontre et dont il ne parviendrait pas, même à l’heure de la victoire, à se départir tout à fait ? Est-ce un truc au contraire ? Une ruse d’homme de pouvoir ? Est-ce son passé qui lui pèse, lui fait peur – sorte de fil à la patte mental qui le retiendrait d’habiter complètement son rôle ? Toujours est-il qu’il arrive à pas prudents, un peu lents, tout petit dans un costume trop grand et dans lequel il flotte un peu. Je parle de son vrai costume, bien sûr. Mais je ne peux m’empêcher de penser aussi à l’autre, le métaphorique, celui du rôle qui est désormais le sien et dans lequel il flotte également.

(…) J’insiste (…) sur le fait que (la) bataille (qui) commence demain (sera) au moins aussi décisive, peut-être plus, que la première, car ce sera celle de la paix. Le beau geste qu’il a fait, ce 21 août, en ces heures cruciales où chaque mot que l’on prononce est gravé dans le marbre de l’Histoire, en annonçant aux éléments de son armée qui pourraient se livrer à « des actes de vengeance » que ce « pourrait être la raison ou la cause » de sa « démission ». Mes réserves, en revanche, quand je le vois, trois jours après, offrir une récompense de 1,7 millions de dollars, financée par des hommes d’affaires libyens, à qui ramènera, mort ou vif, le colonel Kadhafi – ne craignez-vous pas, Monsieur le Président, de retourner contre Kadhafi, ce faisant, les armes que Kadhafi lui-même a utilisées contre vous et définitivement déshonorées ? Et puis cette histoire de charia que je ne suis pas sûr de bien comprendre : qu’est-ce que cela veut dire ? comment cela s’ajuste-t-il aux promesses antérieures d’installer en Libye une authentique démocratie ?

Sur le premier point, il me confirme qu’il a compris, mieux que personne, sur quels gestes symboliques sera jugé le nouveau régime.

Sur le second, il me rappelle que la Libye ne sera pas un lieu sûr, ni pour les Libyens, ni pour tout le monde, tant que le tyran sera en état de nuire – nous avons des informations, martèle-t-il, impérieux tout à coup et comme se réveillant, nous avons des informations qui nous font craindre une « catastrophe » tant qu’il continuera de se déplacer, plus ou moins impunément, dans ce pays qui n’est plus le sien car il y est hors-la-loi. Et quant à l’affaire de charia, il se lance dans un long développement ( ; et) de ce que je comprends, ressort, en gros, que, si la charia est là, si elle est expressément mentionnée comme « source principale » (et non, par parenthèse, « source unique ») de la loi, s’il est solennellement rappelé, en d’autres termes, que la Libye est un vieux pays musulman qui n’entend pas tirer un trait sur sa mémoire, l’évènement du texte est ailleurs : il est dans le projet d’un Etat garantissant la liberté d’opinion et d’expression, le droit de se déplacer et de manifester, l’existence des partis, la transparence des élections, l’indépendance de la justice, le respect de la présomption d’innocence, la liberté de culte pour les autres religions, bref, les principes de la démocratie telle que nous l’entendons en Occident. » (Idem, pp 579-583)


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