Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Son actualité

Mireille Dumas confesse Bernard-Henri Lévy

Autres Archives, par Isabelle Nataf, pour Le Figaro

Mireille Dumas confesse Bernard-Henri LevyOn n’a pas l’habitude d’entendre Bernard-Henri Lévy se raconter et se confier.

Et puis, il y a eu la parution du livre coécrit avec Michel Houellebecq* en octobre dernier où, comme le philosophe le dit lui-même, il a fait « sauter quelques verrous ». Ce qui n’a pas échappé à Mireille Dumas. A près la lecture de cet ouvrage, elle a voulu, dans le cadre de ses entretiens de « Vie privée, vie publique » recevoir Bernard-Henri Lévy. « Ma demande a coïncidé à un moment où il avait envie de parler, et il m’a donc donné son accord facilement », raconte la présentatrice. « Je ne l’aurais pas accepté si je n’avais pas écrit cette correspondance avec Houellebecq », confie BHL à cette dernière, « depuis trente ans, je m’étais installé dans un système de secrets ».

L’écrivain répond aux questions de son interlocutrice en « jouant le jeu ». Il parle de ses parents – sa mère, « charmante, drôle, espiègle, source de mon grain de folie » et son père, tant aimé, « une énigme vivante » qui a acquis sa fortune en partant de rien – et de son adolescence, une période qu’il évite davantage, celle-ci n’ayant selon lui, « aucun intérêt ». BHL évoque sa passion pour la littérature et l’amour, et le lien entre ses deux passions : il écrit avec sa « libido ».

Il confie, sans craindre d’ap-porter du grain à moudre à ses détracteurs – de toute façon il vit la « détestation » de certains comme un « stimulant » -, qu’il veut « toujours être le premier » par « goût de la performance » : « être le premier à arriver à Sarajevo » lui procure une « jouissance obscure ». Tout en reconnaissant, paradoxe assumé, avoir une « dette » envers la société, tant il a reçu de la vie. Et si au début de l’entretien on devine Bernard-Henri Lévy plutôt tendu, à la recherche de mots exacts, il se laisse aller petit à petit. « D’habitude, je tourne pendant une heure », explique Mireille Dumas. « Cette fois ce fut le double et l’essentiel est là ».

Comme le dit BHL en conclusion, « on peut sortir plus fort d’avoir dit un peu la vérité ».

*« Ennemis intimes », Flammarion-Grasset, 20 €.

Pas de commentaire »

Flux RSS des commentaires de cet article. Adresse web de rétrolien

Laisser un commentaire