« Message à mes amis serbes », la réaction de Bernard-Henri Lévy suite à l’incident de Belgrade

SERBIE

Je veux revenir sur l’incident, ici même, d’hier soir.

Cet incident, en lui-même, ne mériterait pas qu’on en parle tant il discrédite ses minables auteurs.
Mais il est hélas – et tous mes amis serbes me l’ont répété – à l’image de ce qu’eux-mêmes et les démocrates de ce pays subissent au quotidien : pressions, injures, intimidations, propagande et Medias au service du pouvoir – jusqu’aux groupuscules qui, comme celui d’hier, sont tolérés, voire manipulés, par les autorités.

Vous vivez, amis Serbes, sous un régime qui s’appelle d’un nom nouveau : une «démocrature», c’est-à-dire une dictature utilisant le suffrage universel et les apparences de la démocratie pour mettre au pas la société civile et étouffer ses aspirations à la liberté.

Vous jouissez encore de vraies libertés, bien sûr. Mais, bien souvent, c’est toujours Milosevic qui est au pouvoir. Un Milosevic bis. Un Milosevic 2.0 et sans la guerre. Un héritier de Milosevic hostile à la culture, étranger à la liberté de l’esprit et à la vérité de l’Histoire. Un ancien ministre de Milosevic qui contribue à entraver le devoir de mémoire et le travail du deuil sur les horreurs de la guerre en Bosnie, de l’épuration ethnique au Kosovo et du matraquage des citoyens en Serbie même.

Dans le même temps, votre Président se dit Européen et prétend vouloir faire entrer la Serbie en Europe.
Les Européens – y compris mon pays – se prêtent au jeu et prennent pour argent comptant ces belles déclarations.

Car c’est toujours, depuis un siècle, la même perception des Balkans qui prévaut : des peuples turbulents et fauteurs de troubles, inaptes à la démocratie, qui mériteraient un maître, un bon policier qui les dompte – en la circonstance un mixte de Viktor Orban et Recep Erdogan qui veut l’Europe sans ses valeurs mais est supposé faire barrage au flot des migrants qui fuient la guerre.
Face à cela, je suis venu, amis Serbes, vous dire ma solidarité.
Vous êtes, cher Goran Markovic, cher Philip David, chers compagnons de Vreme et de Danas, vous êtes, comme quand je vous rencontrai, tout près d’ici, à Belgrade, il y a un quart de siècle, à l’aube des guerres en Yougoslavie, en état de résistance.

Vous étiez en première ligne, comme Danilo Kis et tant d’autres, contre le suicide de votre nation par les nationalistes. Vous l’êtes toujours et je vous admire. Les vrais Européens, c’est vous. C’est vous que l’Europe doit aider. Et c’est vous que je suis venu, cette fois encore, saluer.

Photo : Une conférence de BHL à Belgrade, ce 11 mai 2017.

 


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